Gaëlle Hermant © DR

Gaëlle Hermant, une metteuse en scène vive et déterminée

Au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis, jusqu’au 22 octobre 2021, Gaëlle Hermant présente Danser Dehli d’Ivan Viripaev. Avec délicatesse et fraîcheur, elle s’empare de l’univers surréaliste de l’auteur russe et signe un spectacle qui questionne le rapport aux autres, à la maladie, à la mort. Rencontre.

Danse Delhi d’Ivan Virapaev. Mise en scène de Gaëlle Hermant © Simon Gosselin

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ?
La première fois où je suis entrée en scène à 6 ans pour jouer « À vous dirais-je maman » au violon. C’était au Théâtre de Villepreux dans les Yvelines (qui a malheureusement fermé depuis). Je me souviens du silence qu’il y avait avant de commencer… Découvrir un public tendu vers une même chose, la force de cette écoute commune, qui me bouleverse toujours autant.
Le théâtre de Villepreux était à l’époque très vivant. Tout le monde se croisait et j’ai eu la chance de pouvoir commencer le théâtre et la musique là-bas sur un vrai plateau, c’était des moments magiques !

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ?
J’ai cru pendant longtemps qu’on ne pouvait pas vivre du Théâtre et qu’il fallait avoir « un métier à côté de ce loisir ». Et pendant ma Terminal S, je n’avais aucune envie de poursuivre des études dites « normales ». L’idée de faire quelque chose qui faisait peur à ma famille de médecins et après mes deux grands frères qui avaient fait des études d’ingénieurs, m’a excité. Je me suis dit, imagine si ça te plaît vraiment et que tu fais de ta passion ton métier, qu’est ce que tu y perds ? Allez si je suis prise à l’école Claude Mathieu, ce sera un signe. Et j’ai été prise.

Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi d’être metteuse en scène ?
À l’école, j’adorais faire répéter les autres. C’est là que j’ai commencé à me former en tant que metteuse en scène à la direction d’acteurs, sans le savoir. Puis j’ai monté, lors de la dernière année, mon premier spectacle et j’ai adoré ça !
Je me suis rendue compte que mettre en scène me rendait active en tant qu’être humain et que cela me permettait de questionner le monde qui m’entoure… J’adore la complexité de l’être humain. Et le théâtre me permet d’explorer les relations humaines et cette intimité entre les êtres pour essayer de mieux les comprendre. J’aime cette sensation d’une recherche infinie, au cœur de tout et de me sentir bousculée en permanence.

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ? 
Je me souviens d’avoir monté au collège un opéra autour de la figure de Faust, on chantait, dansait et jouait. Il y avait de tous les âges du collège, nous étions très nombreux. Quelle puissance de la troupe et de la représentation ! 

Danse Delhi d’Ivan Virapaev. Mise en scène de Gaëlle Hermant © Simon Gosselin

Votre plus grand coup de cœur scénique – une pièce, une équipe, une personne, plusieurs personnes ?
Il y en a tellement… Dernièrement Grande – de Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel – Ils sont époustouflants ! Je suis allée les voir 4 fois.
La première fois que j’ai vu le TG Stan aussi ! Et évidemment tous les spectacles de Peter Brook !

Quelles sont vos plus belles rencontres ? 
Jean Bellorini qui a été mon professeur à l’école et m’a toujours suivi et soutenu. 
Tout comme Macha Makeïeff que j’accompagne depuis plusieurs créations. Ça fait un bien fou d’avoir une femme comme référente dans notre métier.
Christian Benedetti qui m’a énormément appris sur la dramaturgie d’un texte, comment lire ce qui est écrit et le comprendre.
Dans mon équipe bien sûr : Viviane Hélary, la musicienne avec qui nous nous suivons depuis mon premier spectacle, tout comme le comédien Jules Garreau. Ils sont mes deux piliers artistiques.

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ?
C’est mon équilibre. Je ne conçois pas ma vie sans l’art. J’aime plus que tout être en création et ne faire que ça. Et en même temps, j’adore quand ça s’arrête. J’adore ce rythme où nous pouvons être accaparés corps et âmes pendant plusieurs mois puis plus rien. Le passage du tout au rien est souvent difficile au début, mais c’est là que nous avons le temps et la chance de pouvoir nous rouvrir au monde. Et rêver à comment le représenter.

Qu’est-ce qui vous inspire ? 
La mer. La montagne. Les perspectives. Quand on peut voir au loin. J’aime pouvoir voir loin, cela m’apaise et j’ai l’impression de faire partie d’un tout dans lequel j’ai envie de raconter des choses.
La musique aussi plus que tout. Dès que je me perds, je m’enferme avec mon casque sur les oreilles, je joue de la musique et j’arrive à mettre de l’ordre dans mes idées et dans mes émotions. 

De quel ordre est votre rapport à la scène ? 
Je crois de plus en plus que j’aime le plateau, cet endroit incroyable du direct, parce que ça ne ment pas. C’est là que nous avons les réponses sur ce qui fonctionne ou pas et en même temps c’est au plateau que la réalité se transcende. J’aime cet endroit entre rêves et réalités. Mon rapport est prioritairement sensitif et instinctif, au texte, à la lumière et au son. 

À quel endroit de votre chair, de votre corps, situez-vous votre désir de faire votre métier ?
Je crois que ce qui me caractérise, c’est que je suis assez entière. Donc j’aurais un peu tendance à répondre TOUT mon corps, sinon rien. Si je ne m’engage pas à 1000 % sur un texte, un projet ou une envie, c’est que ce n’est pas ça et qu’il faut continuer de chercher.

Danse Delhi d’Ivan Virapaev. Mise en scène de Gaëlle Hermant © Simon Gosselin

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?
Plein de comédiennes et comédiens évidemment ! Mais ce serait impossible d’en faire la liste ici, surtout si je venais à en oublier un ou une, ce serait trop dur !
Aujourd’hui, je rêve à mon prochain spectacle et j’aimerais travailler avec une autrice ou un auteur contemporain à la co-écriture de ce projet. 
Après, je rêverais de travailler avec Yom ou le groupe Ez3kiel, rencontrer le cinéaste Roy Anderson et Ken Loach. Dernièrement, j’ai vu un spectacle d’Alexander Zeldin, j’ai beaucoup aimé aussi son travail, très juste et très sensible !

À quel projet fou aimeriez-vous participer ?
Monter un spectacle avec une équipe à l’international dans plusieurs langues ! Et énormément de comédiens au plateau ! J’en ai un peu marre de penser en terme budgétaire le nombre au plateau… C’est tellement puissant les grandes troupes ! 
Et je suis aussi en train d’écrire mon premier film, projet fou, mais que c’est excitant !

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ?
Atom Heart Mother de Pink Floyd.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Danse Delhi d’Ivan Virapaev
Résidence au TGP en novembre 2020

Création du 16 au 22 octobre 2021
59, boulevard Jules-Guesde
93 207 Saint-Denis Cedex
Durée 1h45 environ 

Mise en scène de Gaëlle Hermant – Cie Det Kaizen
avec Christine Brücher, Manon Clavel, Jules Garreau, Kyra Krasniansky en alternance avec Lina Alsayed, Louise Rebillaud, Laurence Roy 
et la musicienne Viviane Hélary 
Traduction de Tania Moguilevskaia et Gilles Morel 
Dramaturgie d’Olivia Barron 
Scénographie de Margot Clavières 
Lumière et régie générale de Benoît Laurent 
Son de Léo Rossi-Roth 
Costumes de Noé Quilichini
Le texte est publié aux Éditions Les Solitaires Intempestifs.

Crédit photos © DR et © Simon Gosselin

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