Une bulle de grâce signée Forsythe

Après avoir envoûté Londres où elle a été créée, puis Venise, A quiet evening of dance, dernière création en date de William Forsythe, offre aux festivaliers de Montpellier Danse, un moment de grâce. Mêlant à son écriture ciselée, quelques inspirations hip hop, le chorégraphe américain signe un ballet d’une rare beauté entre aridité virtuose et rondeur poétique. 

Sur une scène totalement nue, trois couples, l’un après l’autre, invitent à une danse où seule la précision du mouvement, la justesse du geste importe. Parade amoureuse de deux oiseaux, amant mimant les gestes de sa dulcinée, ou « battle » entre deux interprètes, chacun peut lire dans l’écriture de William Forsythe, un peu ce qu’il le veut, ce qui le transporte vers un ailleurs, un monde irréel où tout semble possible. 

Épurant sa ligne chorégraphique, ôtant tout effet superflu, le maître américain ne cherche pas à séduire à tout prix, à aller à la rencontre du public, bien au contraire. Il veut l’amener à lui en lui imposant une orthographe très technique, très austère. Évoquant le printemps par quelques chants d’oiseaux, il propose un ballet réduit à sa plus simple expression. Bien sûr, on peut rester en dehors, ne pas se laisser porter par la virtuosité des danseurs, estimer que tout cela manque un peu de chair. Mais passé, l’âpreté du propos, la haute technicité qui se déploie devant nos yeux fait sens et ensorcèle par sa poésie, son lyrisme. 

Après un court entracte, c’est une autre histoire qui guide la chorégraphie de Forsythe. S’appuyant sur la musique enlevée de Rameau, il propose d’incarner les notes du compositeur français par des mouvements ronds, ondulants. Jouant sur la forme, s’amusant à fondre quelques pas de hip hop dans un ensemble plus néoclassique, il transcende magnifiquement les codes, transgresse les règles avec une grâce infinie. 

Pour donner à l’écriture du chorégraphe américain toute sa puissance, il faut des interprètes de haut vol. Brigel Gjoka, Jill Johnson, Christopher Roman, Parvaneh Scharafali, Riley Watts et Ander Zabala sont faits de ce bois précieux, de cette matière incandescente qui offre aux œuvres qu’ils habitent un éclat singulier. Qu’en à Rauf “RubberLegz“ Yasit, le danseur de hip hop invité par Forsythe à rejoindre la troupe, il est tout simplement prodigieux. Chacune de ses apparitions fait battre un plus fort les cœurs, touche les âmes. 

Avec A quiet evening of dance, Montpellier Danse propose à ses festivaliers un bijou précieux, d’un bel onirisme, d’une pureté unique. Magnifique ! 

Olivier Fregaville-Gratian d’Amore – envoyé spécial Montpellier


A quiet evening of dance de William Forsythe
Une production Sadler’s Wells London
Festival Montpellier Danse
Opéra-Comédie de Montpellier
11 Boulevard Victor Hugo
34000 Montpellier
Jusqu’au 5 juillet 2019 à 20H 
Durée 1h40


Chorégraphie de William Forsythe
Avec Brigel Gjoka, Jill Johnson, Christopher Roman, Parvaneh Scharafali, Riley Watts, Rauf “RubberLegz“ Yasit, Ander Zabala
Musique de Morton Feldman, Nature Pieces from Piano No.1. From, First Recordings (1950s) – The Turfan Ensemble, Philipp Vandré © Mode(for Epilogue) / Jean‐Philippe Rameau, Hippolyte et Aricie: Ritournelle, from Une Symphonie Imaginaire, Marc Minkowski & Les Musiciens du Louvre © 2005 Deutsche Grammophon GmbH, Berlin (for Seventeen/Twenty One)
Conception éclairage de Tanja Rühl and William Forsythe
Conception costume de Dorothee Merg and William Forsythe
Conception sonore de Niels Lanz

Crédit Photo © Bill Cooper

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