L’Odyssée atypique et initiatique d’un jeune migrant

La route est longue des vallées encaissées de l’Afghanistan jusqu’aux cieux plus cléments de l’Italie. Avec naïveté, candeur, un jeune garçon affronte tous les périples, tous les risques pour une place au soleil. S’emparant du texte épique de Fabio Geda, Cendre Chassanne et Carole Guittat signent un conte moderne bouleversant illuminé par la présence scénique du très vivant Rémi Fortin. 

Enaiatollah (extraordinaire Rémi Fortin), dit Enaiat, a dix ou onze ans. Il est l’ainé d’une grande fratrie. Depuis que le père n’est plus, tous vivent avec leur mère dans un village reculé de l’Afghanistan. Appartenant au peuple Hazaras, ils sont juste tolérés sur la terre de leurs ancêtres, les Pachtounes et les Talibans les considérant guère plus que des esclaves. Face à la haine, la dureté de la vie, la famille lève le camp pour tenter sa chance au Pakistan. 

Devant l’adversité, l’incapacité de subvenir aux besoins de tous, dans un dernier geste d’amour, sa mère abandonne Enaiat, en espérant que seul, sa vie sera meilleure. Commence alors pour le jeune adolescent une errance, une existence au jour le jour. De rencontre en rencontre, balloté d’un pays à l’autre, exploité, de passeurs en passeurs, il contourne la méditerranée, traverse la mer, atterri en Grèce puis en Italie. 

Avec fougue, malgré les galères, les violences subies, Enaiat jamais ne désespère. Sans regrets, sans remords, il avance, suit sa route. Reprenant le récit de ce jeune garçon, Fabio Geda écrit une magnifique épopée, un conte moderne fait d’embûches mais aussi de petits bonheurs. Refusant de s’appesantir sur le drame des migrants, il rêve d’une autre histoire, celle où tout serait possible, le pire bien sûr, mais aussi le meilleur, d’un autre monde où un jeune garçon courageux, invincible dompte les crocodiles prêts à le dévorer.

Adaptant à la scène ce récit de vie accéléré, Cendre Chassanne et Carole Guittat proposent de suivre au plus près le voyage initiatique et choatique d’Enaiat, son parcours unique de l’Afghanistan à l’Italie, en passant par le Pakistan, l’Iran, la Grèce. Bien que le sujet soit la migration, grâce à la vidéo, elles ouvrent une fenêtre sur le monde, sur une jeunesse fougueuse, optimiste qui refuse la désespérance. 

Cheveux courts bouclés, visage juvénile, regard ingénu, Rémi Fortin prête ses traits à Enaiat. Il lui insuffle la vie. Fougueux, vibrant, il se démène comme un beau diable. Par sa faconde, son jeu tout en furieuse subtilité, il entraîne le public bien loin d’Avignon, vers d’autres contrées, d’autres cités. Il est l’essence de ce spectacle, sa force vive, son moteur. Avec Crocodiles, le jeune comédien se révèle, intense, bouleversant. Et fait de ce moment de théâtre singulier, un instant unique. Bravo ! 

Olivier Fregaville-Gratian d’Amore – Envoyé Spécial à Avignon


Crocodiles d’après Dans la mer il y a des crocodiles de Fabio Geda
Festival d’Avignon le OFF
11. Gilgamesh Belleville
11, boulevard Raspail
84000 Avignon
Jusqu’au 26 juillet 2019 à 13h25
Durée 55 min

Adaptation et mise en scène de Cendre Chassanne et Carole Guittat
Avec Rémi Fortin
Images de Mat Jacob et Tendance floue
Montage de José Chidlovsky
Création sonore d’Edouard Alanio
Création lumière de Sébastien Choriol
Régie lumière, son et vidéo d’Edouard Alanio en alternance avec Sébastien Choriol
Régie générale de Sébastien Choriol
Construction du dispositif scénique de Sébastien Choriol, Edouard Alanio & Jean-Baptiste Gillet

Crédit photos © Mat Jacob

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut