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Les jumeaux vénitiens, double rôle épique pour le virtuose Maxime d’Aboville

Ça cavalcade, ça caracole dans tous les sens. Les portes claquent, les décors se meuvent dans un tourbillon effréné de frou-frous, de répliques piquantes et de quiproquos ubuesques. En adaptant une pièce de jeunesse de Goldoni, expurgée de quelques longueurs et gags itératifs, Jean-Louis Benoit signe un spectacle divertissant où l’étoile facétieuse d’Aboville étincelle en mille éclats désopilants.

À peine le rideau a-t-il disparu dans les cintres, qu’une tempête furieuse se lève et s’abat sur la maison véronaise de l’avocat Balanzoni (Philippe Bérodot). Il faut dire que c’est jour de mariage. Sa fille, la jolie et volage Rosaura (Victoire Bélézy) doit rencontrer son futur mari, le très riche Zanetto (époustouflant Maxime d’Aboville). Excitée à cette idée, incapable de rester en place elle fait vivre un enfer à sa suivante, l’inénarrable et gouailleuse Colombine (épatante Agnès Pontier). C’est dans ce brouhaha de tous les diables, que le futur promis, un jeune homme, un peu gauche et « bas de plafond », tout droit descendu de ses montagnes, pointe le bout de son nez. Si les deux amants semblent bien s’accorder, très vite, la rustrerie de l’un et le tempérament de feu de l’autre vont faire dérayer la belle mécanique de la parade nuptiale.

les_jumeaux_vénitiens_Hebertot_©Bernard_Richebé_@loeildoliv

Tout pourrait s’arranger dans les plus brefs délais, si le raffiné et fin bretteur Tonino (fascinant Maxime d’Aboville), jumeau dont Zanetto a été séparé à la naissance, ne débarquait en ville pour retrouver la belle Béatrice (éblouissante Margaux Van Den Plas), une praticienne vénitienne dont il est tombé amoureux. Chacun ignorant la présence de l’autre, les deux frères, si différents malgré leur ressemblance physique, vont semer la zizanie dans la trop calme Vérone dans un ballet furieux de malentendus et de quiproquos où la comédie légère cédera sa place au drame dans un twist final funeste.

S’emparant d’une pièce de jeunesse de Carlo Goldoni, l’allégeant de plus d’une heure de lourdes redondances et de saynètes jouant des mêmes ressorts gaguesques, Jean-Louis Benoit signe un spectacle des plus divertissants à la mécanique comique implacable qui s’enlise malgré tout quelque peu dans la rythmique itérative des méprises entre les deux jumeaux. Bien que l’ensemble repose sur l’impressionnante et extraordinaire performance scénique de Maxime d’Aboville, sa mise en scène vive, dynamique, en souligne toute l’intensité et la puissance drolatique. S’appuyant sur le décor néoclassique et mobile imaginé par Jean Haas, il met en marche une infernale machine qui allie habilement burlesque et humour potache. Ne nous trompons pas, si Les Jumeaux vénitiens, s’inspire largement de la Commedia dell’arte, la farce du cousin transalpin de Molière est une tragicomédie où derrière les rires, la mort rode assoiffée du sang des crédules et des méchantes âmes.

Véritable galerie de caractères bien trempés, où les femmes sont des rentes pécunières, des têtes folles toutes confites d’amour et de mièvreries, et les hommes, des spéculateurs avides de pouvoir et d’argent, des bêtes en rut prêts à tout pour la bagatelle, la pièce de Goldoni, ainsi troussée, séduit par sa fraîcheur et son dynamisme. Mais, c’est bien le jeu des comédiens qui nous ravit, nous enchante. Aux côtés d’Adrien Gamba-Gontard, parfait en enamouré bravache, de Benjamin Jungers, épatant en serviteur zélé et d’Agnès Pontier, en soubrette railleuse, Olivier Sitruk est bluffant dans le rôle de ce Tartuffe à l’italienne, mielleux et sombre manipulateur. Enfin, et c’est tout l’intérêt de cette comédie noire, la double interprétation de Maxime d’Aboville qui passe avec aisance et virtuosité d’un jumeau à l’autre, d’un benêt à un homme cultivé, d’un couard à un duelliste enragé. Au-delà de sa présence scénique éblouissante, il montre une nouvelle fois toute l’étendue de sa palette d’acteur. Bravo !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

affiche_Jumeaux_Hebertot_@loeildoliv

Les jumeaux vénitiens de Carlo Goldoni
Théâtre Hébertot
78 bis, boulevard des Batignolles
75017 Paris
à partir du 14 septembre 2017
Du mardi au samedi à 21h, séance supplémentaire le Samedi à 16h30 et le dimanche à 16h00
Durée 1h50

Adaptation et mise scène de Jean-Louis Benoît
Avec Maxime d’Aboville, Olivier Sitruk, Victoire Bélézy, Philippe Berodot, Adrien Gamba-Gontard, Benjamin Jungers, Thibault Lacroix, Agnès Pontier, Luc Tremblais & Margaux Van Den Plas
Décors de Jean Haas
Lumières de Joël Hourbeigt
Costumes de Frédéric Olivier
Collaboration artistique Laurent Delvert

Crédit photo © Richard Richebé

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