Dans l’enfer d’une cave

En s’emparant du drame insidieux de Dennis Kelly, After the End, Antonin Chalon met en exergue avec virtuosité la noirceur de l’âme humaine. Porté par deux jeunes comédiens d’exception, ce spectacle âpre secoue et prend aux tripes. Épatant ! 

Le noir, un bruit, le feu. Une bombe a éclaté aux abords d’une boite de nuit. Louise (extraordinaire Marie Petiot) est tombée, inconsciente. Mark (épatant Xavier Guelfi), un ami bizarre, l’a sauvée, l’a emportée dans l’abri atomique enterré dans le jardin de son petit pavillon de banlieue. Coupé de l’extérieur, ce duo improbable tente de survivre en attendant des nouvelles de la surface. 

L’inquiétude gagne leur cœur. Que sont devenus leurs amis, leurs proches ? Ont-il survécu ? Louise s’interroge, pleure. Aucune nouvelle ne vient la rassurer. La radio ne capte aucune onde. Le monde de dehors est-il encore debout ? Les rapports se troublent. Mark est un garçon bien étrange. Ses réponses sont évasives, biaisées. Le doute s’immisce dans l’esprit de Louise. Y-a-t-il une once de vérité dans les paroles de celui qui au fil du temps se transforme imperceptiblement en tortionnaire. Victime(s) ou bourreau(x), telle est la question ? 

Avec justesse, limpidité, Antonin Chalon plonge dans l’écriture sibylline, trouble de Denis Kelly. S’attachant à rendre avec une précision clinique, le regard acéré que porte l’auteur anglais sur le monde, la nature humaine, il invite le spectateur au plus près du point de rupture entre altruisme et monstruosité. Il se délecte à rendre toute la puissance perverse de ce texte brûlant, rugueux. Le public se laisse prendre au jeu de ce huis-clos psychologique de plus en plus malsain, de plus en plus mortifère. 

Le plateau réaménagé en cave par Salma Bordes se referme comme un piège métallique autour de nos deux protagonistes. Modulable, il permet d’être au plus près de leurs émotions, de leurs sentiments entre possession et haine. Avec une certaine délectation, Marie Petiot, que l’on a vu récemment au côté du metteur en scène dans la Logiqueimpertubableunfou de Zabou Breitman au rond-point, joue la jeune fille en fleur, pas farouche pour un sou, véritable guerrière quand il s’agit de sa survie. Face à elle, Xavier Guelfi campe un jeune homme perturbé à souhait, qui passe en un tour de main de séducteur, manipulateur à un horrible et violent personnage.

Saisi par l’œuvre de Denis Kelly qui amène le public toujours vers un ailleurs glauque et brutal, After the End ciselé par Antonin Chalon fait partie des incontournables de ce festival d’Avignon OFF 2019. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – envoyé spécial à Avignon


After the end de Dennis Kelly
Festival d’Avignon le OFF
La Manufacture (intra-muros)
2 bis, rue des écoles
84000 – Avignon
Jusqu’au 25 juillet 2019 à 13h40 (relâches les 11 et 18 juillet 2019)
Durée 1h15


Mise en scène d’Antonin Chalon
Avec Marie Petiot, Xavier Guelfi
Scènographie de Salma Bordes
Lumière d’ Antonin Chalon, Quentin Maudet
Son de Rémy Billardon, Antoine Henri De Villeneuve

Crédit photos © Christophe Raynaud de Lage

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