Pale Blue Dot, un autre regard sur l’affaire Wikileaks

Pale Blue Dot, un autre regard sur l’affaire Wikileaks

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En ouverture de la 72e édition du Festival d’Avignon , Thomas Jolly électrise Thyeste de Sénèque

Que cache vraiment l’affaire Wikileaks ? En plongeant dans les denses données journalistiques, médiatiques et judiciaires des années 2010 et 2011, Étienne Gaudillère signe une pièce documentaire foisonnante autant que captivante. Si le trop-plein d’effets et d’informations finit par donner le tournis, l’implacable rythmique d’une mise en scène menée tambour battant et le jeu vif des comédiens l’emportent.

Sur un écran placé en fond de scène, des pans entiers de banquise s’effondrent dans l’océan. A l’avant un jeu de dominos géants attend le coup qui fera tomber en cascade chacune des pièces. Une voix mélodieuse s’élève, annonçant les catastrophes à venir. C’est un lanceur d’alertes qui aimerait pouvoir sauver le monde de ses dérives autant politiques, sociales, qu’écologiques. Ce n’est que le prologue, et bien que général, il sert d’avertissement pour la suite.

Alors que Julian Assange, sous le coup d’une demande d’extradition aux Etats-Unis suite à des poursuites judiciaires dont il fait l’objet, est toujours réfugié depuis 2012 à l’ambassade d’Equateur de Londres, Etienne Gaudillère s’intéresse au parcours de cet homme singulier qui avec l’aide de journalistes du monde entier a révélé via le site de l’organisation non-gouvernementale, Wikileaks, le rôle du gouvernement américain dans la guerre d’Irak et d’Afghanistan. Sans prendre parti, il dresse le portrait d’un être trouble, fascinant et imbu de lui-même, pourfendeur du droit à l’information sans filtre quelle qu’en soit la nature, mais incapable de mesurer la portée de ses révélations dans leur état brut.

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Julian Assange (Nicolas Zlatoff) révélant des informations confidentielles devant la presse © Christophe Raynaud de Lage

Riche d’un travail documentaire, particulièrement important, Pale Blue Dot est une immersion dans les pensées d’un groupe d’activistes « accro » à la transparence, de lanceurs d’alertes, de journalistes. En retraçant les tenants et aboutissants qui ont conduit au scandale Wikileaks, à l’arrestation de Chelsea Manning, source primaire des révélations, trahie par le Hackeur Adrian Lamo, Etienne Gaudillère entraîne le public dans un tourbillon pléthorique d’informations que soulignent à gros traits musiques et lumières. C’est d’ailleurs le principal défaut de ce spectacle, la surabondance d’effets et de données, qui au long cours perd le spectateur. Toutefois, la qualité des interprètes, leur présence scénique, la rythmique enlevée de la mise en scène captivent et passionnent. Le temps devrait permettre d’affiner l’ensemble, de lui donner une densité, une profondeur et faire de cette pièce, un documentaire théâtral à découvrir assurément.

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Pale Blue Dot, une histoire de Wikileaks d’Étienne Gaudillère
Festival d’Avignon
Gymnase Mistral
Jusqu’au 24 juillet 2018
Tous les jours à 22h00
Durée 2h10

mise en scène d’Étienne Gaudillère assisté d’Arthur Vandepoel
Scénographie de Bertrand Nodet
avec Marion Aeschlimann, Anne de Boissy, Gilles Chabrier, Benoit Charron, Étienne Gaudillère, Stéphane Naigeon, Claudius Pan, Rémi Rauzier, Loïc Rescanière, Arthur Vandepoel, Nicolas Zlatoff
Lumière de Romain de Lagarde
Vidéo de Clément Fessy
Musique de Benoit Charron
Son de Chloé Levoy & Clément Vercelletto
Costumes de Marion Aeschlimann & Bertrand Nodet
Maquillage de Julie Laborde

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