Mc Gregor décode son ADN à Avignon

Gestes sidérants, corps légers, mouvements à l’esthétisme chirurgical, Wayne McGregor, passionné de biologie, d’High tech, puise dans son histoire, dans ses gènes pour codifier son écriture chorégraphique. S’amusant à confier sa plume à un algorithme, il signe une pièce intense, portée par 10 artistes virtuoses. Magique ! 

Plafond de métal qui menace de ses pointes acérées le plateau, éclairage diffus, rasant, ou rayons de lumière scannant l’espace, et les danseurs chromosomes, Wayne McGregor se met à nu et livre une partie de son ADN au Festival d’Avignon pour le grand plaisir d’un public médusé par la beauté du geste, la technicité virtuose des interprètes. 

Partant de son génome, de son analyse, de son séquençage fait par un laboratoire de biologie génétique, le chorégraphe britannique de 49 ans a imaginé une pièce qui se décline en autant de parties que de chromosomes humains soit 23. Donnant à chacune d’elle, une couleur, une émotion un souvenir, il nous invite dans le tréfonds de son être, dans les arcanes de son passé, dans l’histoire de ses ancêtres. 

Sur scène, un premier danseur, torse nu, cheveux peroxydés, apparait. Gestes déliés, il semble glisser dans l’air, voler, virevolter. Les volutes, les arabesques de ses bras, ensorcèlent, hypnotisent. Le réel n’est plus, le public à plonger dans une autre dimension, celle du subatomique, du biologique et du technologique. 

Comment ne pas être saisi par la virtuosité des dix interprètes ? En solo, en duo, en groupe, leurs corps légers, souples enchaînent à une vitesse sidérante les mouvements. Esthétisme épuré, écriture ciselée, Wayne McGregor, s’inspirant du travail de Merce Cuningham sur la logique aléatoire, fait confiance au hasard. S’appuyant sur la musique techno de la musicienne américaine Jlin, il laisse un algorithme décidé de l’ordre des séquences, ainsi chaque représentation sera différente. 

Féru de biologie, technologie, le chorégraphe britannique transmue sur scène son ADN, tant dans sa souplesse, sa fragilité que son déterminisme. Jouant sur l’orthographe propre à la génétique, sur son réassemblage permanent, il esquisse une danse qui mêle l’inné, l’acquis, le terrestre et l’aérien. Au-delà d’un simple spectacle, il convie à une vraie expérience sensorielle où les corps de ses danseurs sont soumis au choix d’un logiciel imaginé en collaboration avec le performeur, compositeur et architecte logiciel Nick Rothwell.

Autobiography estun moment suspendu à la beauté sidérante à l’esthétisme rare qui doit beaucoup à la qualité extraordinaire des danseurs, à leur présence charnelle. Une performance où il faut accepter de se laisser porter, s’abandonner. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé Spécial à Avignon


Autobiography de Wayne McGregor
Festival d’Avignon
Cour du Lycée saint-Joseph
Rue des lices
84000 Avignon
Jusqu’au 23 juillet 2019 
Durée 1h20

Conception deWayne McGregor
Chorégraphie deWayne McGregor en collaboration avec les danseurs de la compagnie 

Avec Joshua Barwick, Rebecca Bassett-Graham, Camille Bracher, Jordan James Bridge, Izzac Carroll, Maria Daniela, Chien-Shun Liao, Jacob O’Connell, Daniela Neugebauer, Po-Lin Tung
Musique de Jlin
Scénographie, projection de Ben Cullen Williams
Lumière deLucy Carter
Costume d’Aitor Throup
Dramaturgie d’Uzma Hameed
Algorithme de Nick Rothwell

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