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La Fossette bleue, mise en scène par Catherine Schaub … Comédie douce-amère, drôle et sensible

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Au théâtre des Béliers, laissez vous tenter par La Fossette Bleue , une comédie douce-amère drôle et touchante

Est ce que nos souvenirs sont constitutifs de notre être ? Participent-ils à notre état d’esprit ? C’est à ces questions bien complexes que répond avec humour et fantaisie Raphaële Moussafir. En racontant la vie extraordinaire et totalement décalée de Clémence, jeune femme « à côté de ses pompes », elle signe une pièce fine, délicate, qui égratigne avec légèreté notre société ultra-normée. La mise en scène sobre et rafraichissante de Catherine Schaub rythme parfaitement l’ensemble et souligne délicatement l’étonnante et touchante performance des trois comédiens… jubilatoire !…

L’argument. Certains se souviennent de l’odeur de leur premier jour d’école ou de l’imprimé écossais de leur dessus de lit à la crèche. D’autres ne connaissent pas l’âge de leurs parents et sont persuadés qu’en sixième on a six ans. Et si ces extra-terrestres avaient tout à apprendre les uns des autres ?

La critique. Dans un décor des plus sommaires, trois silhouettes font face à la salle. Deux hommes, une femme apparaissent chacun dans un halo de lumières. L’un après l’autre, ils prennent la parole, racontent leur premier souvenir, celui qui a marqué leur enfance, construit leur identité d’adulte. La jeune femme (éclatante Raphaële Moussafir) est la plus précoce. Elle se rappelle d’un étrange boulier chinois qu’elle ne pouvait atteindre et qui a prédéterminé ses frustrations d’adulte. Son cousin à sa gauche, (le dégingandé et comique Bruno Gouery), ne se souvient que de sa mère le larguant sans un mot, sans un geste tendre, devant l’école. Ce sentiment d’enfant mal aimé, un peu trop naïf, lui restera adulte et il aura bien du mal à se libérer de ce carcan. Enfin à sa droite, son futur patron (fabuleux Alban Aumard), a fait l’impasse sur son enfance. Il ne se pense qu’aux humiliations et aux moments douloureux dont cette période a été émaillée.

Petit à petit, se dessinent leurs personnalités hors norme. Elle semble bien incapable de se valoriser. Toujours épaules rentrées, à s’excuser de tout, elle n’arrive pas à trouver un travail. Son cousin, lui, à fait taire son sens des mots, sa part créatrice, pour s’enfermer dans un triste métier qui n’a rien d’attrayant : expert comptable. Enfin, le troisième vit dans un sentiment d’injustice et se transforme en patron tyrannique. Entre ces trois là, la rencontre est explosive. Au fil de la pièce, chacun libérera les autres du poids de leur enfance et leur offrira le moyen d’aller enfin de l’avant, d’aimer et d’être tout simplement vivant.

Avec joliesse et autodérision, Raphaële Moussafir s’amuse des mots et des situations. Sa plume, légère et ciselée, esquisse le portrait d’une société faite de conventions et de normes qu’elle érafle avec beaucoup d’humour ravageur. Totalement au diapason, la mise en scène très enlevée de Catherine Schaub accentue le décalage de cette comédie douce amère qui fait rire aux éclats et touche le cœur par la belle émotion qui s‘en dégage.

Enchaînant les mimiques et les pantomimes avec virtuosité, Raphaële Moussafir porte magistralement son texte. Jouant des contrastes de son personnage, elle amuse la galerie autant qu’elle émeut. Ses coups de gueules sont à hurler de rire. Lumineuse, elle éclaire le spectacle de couleurs chaudes et de tonalités douces et ouateuses. De son humour pince-sans-rire, Bruno Gouery la seconde et donne une dimension profonde et du second degré à l’ensemble. Quant à Alban Aumard, il est hilarant. Se mouvant avec dextérité, il est odieux en patron despotique, sensible et touchant, en homme amoureux.

A ne pas douter, cette comédie fine, plaisante et terriblement drôle devrez sans aucun doute vous séduire. C’est mon premier coup cœur de ce 50eme festival OFF d’Avignon… Alors courrez-y !…

La fossette Bleue de Raphaële Moussafir
Festival OFF d’Avignon
Théâtre des Beliers Avignon
53, rue du Portail Magnanen
84000 Avignon
Du 07/07/2016 au 30/07/2016 à 12h20
Durée 1h20

Texte de Raphaële Moussafir
Mise en scène de Catherine Schaub
avec Raphaële Moussafir, Alban Aumard et Bruno Gouery
Musique de Florent Marchet
Lumières de Thibault Vincent
Scénographe de Marius Strasser

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