La danse lancinante et transgénérationnelle de Jefta van Dinther

Dans un univers post-apocalyptique, le chorégraphe néerlando-suédois Jefta van Dinther invite sixdanseuses d’âges et de corpulences différentes à mimer les gestes du quotidien, les répéter pour mieux les transmettre. Jouant sur les clairs-obscurs, suspendant le temps, il signe un ballet transcendantal, captivant bien qu’un peu trop monochrome. 

Le monde semble avoir été dévasté. Ne reste sur scène qu’une structure métallique rappelant la carcasse d’une maison. Dans la pénombre, d’étranges fantômes hantent les lieux. Ils errent comme des âmes en peine. Mouvements saccadés, robotiques, presque zombieques, ces six ombres cherchent à retrouver un semblant de vie. Se raccrochant à des gestes familiers, elles finissent par se rassembler, puis à réitérer inlassablement les mêmes actions. L’une imitant l’autre. 

Plongé dans une semi-obscurité, nimbé d’une lumière très diffuse, le plateau prend vie avec une douceur, une lenteur hypnotisantes. Une voix s’élève contant, en anglais ,un mantra qui souligne l’importance de la répétition, de l’apprentissage, de la transmission. Plus un mouvement est renouvelé, plus il devient réel. Il s’ancre dans le quotidien pour l’éternité. Femmes, déesses, prêtresses d’un monde à réinventer, les six danseuses, vêtues de beiges, invitent le public à entrer dans une transe presque indolente. 

Rien ne dépasse, tout est lissé, tout se ressemble. Forçant le trait de la monotonie, Jefta Van Dinther donne une profondeur poétique à la banalité de vie, à ces petits riens, ces petites choses que l’on fait sans y penser mais qui donne une consistance à l’existence, une valeur, une richesse. Si certains tableaux pourraient faire penser à une Guerre du feu version féministe, l’ensemble, magnifiquement souligné par le jeu des lumières, les clairs-obscurs, il livre sa vision d’une société quelque peu aseptisée qui tient sa force dans la transmission intergénérationnelle d’un savoir-faire.

Malgré leurs différences, toutes les interprètes – Linda Adami, Alexandra Campbell, Lisa Drake, Cecilia Roos, Agnieszka Dlugoszewska et Kristine Slettevol – semblent se lover dans un même un moule. A coup de prières, d’incantations, de rengaines, de sempiternelles ritournelles, elles ne font plus qu’un. Communion d’idées, de pensées, elles abandonnent leur identité pour en construire une nouvelle riche de leur diversité. 

Empruntant autant aux rituels qu’aux danses traditionnelles, Jefta van Dinther donne aux gestes coutumiers des airs d’éternité. Avec The Quiet, il convie à un moment par de là l’espace qui manque de couleurs, de saveurs, mais pas de densité, ni de beauté. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – envoyé Spécial à Montpellier


The Quiet de Jefta van Dinther
Festival Montpellier Danse
Théâtre de la Vignette
Université Paul-Valéry Montpellier 3, Avenue du Val de Montferrand
Jusqu’au 29 juin 2019
Durée 1h00


Chorégraphie et direction de Jefta van Dinther
Créé et interprété par Linda Adami, Alexandra Campbell, Lisa Drake, Cecilia Roos, Agnieszka Dlugoszewska, Kristine Slettevold
Lumières de Minna Tiikkainen
Décor et costumes de Cristina Nyffeler
Son de David Kiers et Slowdive (pour Falling Ashes) 
Voix de Lisa Drake
Texte de Jefta van Dinther, Alexandra Campbell, Lisa Drake, Cecilia Roos et Mandoline Whittlesey
Assistant chorégraphie Thiago Granato 
Conseil artistique de Gabriel Smeets
Coordination technique de Bennert Vancotttem 
Technicien son Stephan Woehrmann

Crédit Photo © Ninja Hanna

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