Grito Pelao, portrait en clair-obscur d’une mère en devenir

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Au Festival d’Avignon, Rocío Molina se raconte

Les talons frappent le sol, claquent dans la nuit. Les gestes sont précis, doux ou tranchants. Enceinte de trois mois, Rocío Molina s’interroge sur sa vie, sur son passé, son futur, son rapport à sa mère et signe un ballet kaléidoscopique, véritable invitation à un voyage introspectif, une plongée au cœur de ses pensées, de ses désirs, de ses errances. Une ronde frénétique dont les fulgurances se perdent dans un égotisme un brin narcissique.

Célibataire, lesbienne, Rocío Molina en a eu marre d’attendre une moitié qui se refuse à venir. Il y a quelques mois, elle a décidé de franchir le pas et d’avoir recours à la procréation médicale assistée. Depuis la fin du mois de mars, un « petit-pois », comme elle l’appelle, grandit en son sein. Ce chamboulement, cet événement, pousse la flamenca à questionner la vie, la sienne, celle de ceux qui l’entourent, ses rapports à sa mère, à sa famille. Sans filtre, sans pudeur, elle invite à feuilleter les pages de son journal intime.

 Grito-Pelao_rocio-molina_©Christophe-Raynaud-de-Lage_@loeildoliv

Grito Peleo de et avec Rocío Molina © Christophe Raynaud de Lage

Sur une scène blanche, immaculée, presque vide, ses passions, ses violences, ses amours, et ses doutes s’affichent avec une animalité crue, une beauté radicale. Rocío Molina ne cache rien, s’autorise tout jusqu’à l’overdose. S’accompagnant de musiciens live, de l’artiste à la voix envoûtante, aux talents multiples, Silvia Perez Cruz, et de sa mère, la danseuse de flamenca s’amuse des genres, se joue des préjugés et signe un ballet foisonnant, bouillonnant à l’excès. Les couleurs et les sons saturent l’espace. Le trop-plein de ses émotions, de ses ressentis tournent malheureusement au nombrilisme. Mais peu importe, c’est dans l’épure qu’elle est divine, enchanteresse. Gestes déliés, pieds frappant avec une rythmique effrénée, port de tête altier, la virtuose du Flamenco ensorcèle par sa présence magnétique. Et c’est bien là l’essentiel !

Par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore

Grito Pelao de Rocío Molina
Festival d’Avignon
Cour du Lycée Saint Joseph
62, rue des Lices
84000 Avignon
Jusqu’au 10 juillet 2018
Durée 2h

Chorégraphie de Rocío Molina assisté de Elena Córdoba
avec Lola Cruz, Rocío Molina Cruz, Sílvia Pérez Cruz et Eduardo Trassierra (guitare), Carlos Montfort (violon), José Manuel Ramos “Oruco” (compás), Carlos Gárate (musique électronique)
Direction artistique : Carlos Marquerie, Rocío Molina et Sílvia Pérez Cruz
Dramaturgie et lumière : Carlos Marquerie
Concept musical, composition et paroles : Sílvia Pérez Cruz
Composition musicale (flamenco) : Eduardo Trassierra
Son de Carlos Gárate
Scénographie de Carlos Marquerie, Antonio Serrano, David Benito
Costumes de Cecilia Molano

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