Chants d’espoir au Lucernaire

Théâtraliser un film culte n’est jamais une mince affaire. Avec sa version de La vie est belle, la compagnie Caravane nous propose un spectacle de toute beauté au Lucernaire. 

La pièce de l’américain Philip Grecian, traduite adroitement par Stéphane Daurat et Catherine Hausseux, reste assez fidèle au scénario du chef d’œuvre de Franck Capra. Une tragédie optimiste qui raconte la vie de George Bailley, un altruiste qui s’est toujours mis au service des autres, n’hésitant pas à sacrifier ses rêves. Un soir de Noël, une catastrophe le pousse à baisser les bras et à songer au suicide. Il pense rapporter plus, aux siens, mort que vivant. Alertés par les prières de sa famille, de ses amis, des habitants de sa petite ville de province, les anges envoient l’un des leurs, un novice, pour le sauver. S’il y arrive, il gagnera ses ailes. La grande force de l’histoire est de nous raconter qui est George puis comment aurait été la vie de son entourage s’il n’avait pas existé.

De belles images

Reconnaissons-le tout de suite, c’est surtout la mise en scène qui nous a emballés. Capra savait faire de belles images, Stéphane Daurat aussi. Les deux manient parfaitement le rythme, donnent à l’histoire un souffle, une force émotionnelle. Il déroule l’histoire dans un tourbillon qui donne un réjouissant vertige. Visuellement c’est beau et efficace. Plateau nu, des accessoires qui surgissent et disparaissent, des lumières en pénombre qui donnent parfois l’aspect suranné du noir et blanc. Tout est limpide, on ne se perd jamais dans les espaces et le temps. 

Une distribution épatante

Daurat a su faire vivre cette œuvre chorale dans laquelle les comédiens vont se mouvoir tout à leur aise. Sandra HonoréEmma DarmonJérôme RagonAlexandre Letondeur et Hervé Jouval incarnent avec talent une pluralité de personnages, anges compris. Cela va vite. Si dans le film, l’ange Clarence était un vieil alcoolique ici c’est un gamin à la Huckleberry Finn. Le choix n’est pas gratuit et fonctionne bien. Le soir de notre venue, l’exquise Meaghan Dendraël faisait ses premiers pas dans ce rôle qu’elle partage avec Catherine Hausseux. La comédienne met tant de malice, de spontanéité pour recevoir ses ailes d’ange qu’elle nous a conquise. Prendre la suite de James Stewart, si grandiose dans la version cinématographique, n’est pas une mince affaire. Thierry Jahn s’est glissé avec bonheur dans ses pas et incarne ce bon George avec énormément de talent et beaucoup de charme. 

De jolis moments

Si les bons sentiments, très à l’américaine, intrinsèques au film sont toujours là, n’oublions pas qu’il est égalementune critique du système capitaliste écrasant les petites gens. Et puis, il y a la magnifique scène finale qui nous émeut toujours. Et il est vrai, on récolte toujours ce que l’on sème et que quoiqu’il arrive n’oublions jamais que La vie est belle.

Marie-Céline Rivière


La vie est belle de Philip Grecian
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre Dame des Champs 
75006 Paris
Jusqu’au 29 mars 2020 
Du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 18h
Durée 1h20 

Traduction de Catherine Hauseux et Stéphane Daurat 
Mise en scène de Stéphane Daurat 
Avec Stéphane Daurat en alternance avec Thierry Jahn, Jérôme Ragon, Catherine Hauseux  en alternance avec Meaghan Dendraël, Alexandre Letondeur, Benjamin Alazraki, Hervé Jouval, Richard Leroussel, Gwenaël Ravaux, Emma Darmon et Sandra Honoré 
Lumières de Jean Luc Chanonat et James Groguelin 

La Vie est belle est représentée Dans les pays de langue française par Dominique Christophe/L’agence Paris, en accord avec Dramatic Publishing Company, Woodstock, Il. 

Crédit photos © Arnaud Perrel

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