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Charmer, s’égarer et mourir de Christine Orban… Dans la tête de Marie-Antoinette

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Christine Orban publie aux éditions Albin michel son analyse de la personnalité de Marie-Antoinette sous le titre Aimer, s’égarer et mourir

Etudiée, analysée, disséquée, la vie de la dernière Reine de France suscite tous les voyeurismes, toutes les indiscrétions, toutes les curiosités. Que leur regard soit compatissant ou féroce, tous ceux qui se sont intéressés à Marie-Antoinette ont fini par succomber au charme et au magnétisme de celle qui fut autant adulée que haïe. Christine Orban n’échappe pas à la règle. Vingt ans après un premier coup de foudre initié sous la plume de Stefan Zweig, l’auteure, réticente, succombe une nouvelle fois à cette femme hors du commun et livre à travers sa propre expérience un portrait sensible, touchant et émouvant de celle qui n’a pas réussi à vivre mais sut mourir.

L’argument. « C’est Marie-Antoinette que je voulais écouter, explique Christine Orban. L’écouter comme si j’avais été sa confidente. Sa voix résonne dans sa correspondance, dans ses silences, dans les mots effacés et retrouvés. Je l’ai entendue. Les lignes tracées de sa main sont comme des notes sur une partition de musique. Je perçois l’incertitude de son timbre, sa sensualité, je perçois des sons graves et légers comme l’eau d’une rivière, une rivière de larmes. »

La critique. Une nouvelle fois, un livre est consacré à Marie-Antoinette. Il y en a eu tellement. Et pourtant à chaque fois, c’est avec fièvre et fébrilité, que je tourne les premiers pages, que je me plonge à nouveau dans la vie de la dernière Reine de France.

220 ans après sa mort, elle fascine toujours autant les foules. Après les biographies de Stefan Zweig, Simone Bertière, André Castellot ou Evelyne Lever, après les films de Jean Delannoy ou de Sofia Coppola, y avait-il encore des secrets non dévoilés à déterrer, des terres encore inconnues à explorer ? Là n’est pas l’objectif de Christine Orban. L’écrivaine, passionnée de psychanalyse, n’a pas souhaité raconter une énième version de le vie de celle qui devient sous sa plume ciselée, précise, M.A. Au contraire, ce n’est pas la Reine en tant que telle qui l’intéresse mais bien la femme et sa psyché.

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Christine Orban, romancière et critique littéraire française, auteure d’une vingtaine d’ouvrages © Carole Bellaiche / H&K pour Albin Michel

L’histoire de France en filigrane, l’auteure dépeint ici sa rencontre intime avec la souveraine, son émoi devant un soulier relique, son trouble en poussant la porte dérobée qui ouvre sur la chambre qu’on imagine être celle de Fersen, les répercussions sur sa propre existence de cette amitié naissante avec un fantôme si prégnant, si envoûtant.

Absorbée, subjuguée par son sujet, Christine Orban se laisse porter par cette très jeune fille arrachée trop tôt à sa famille, par cette femme-enfant que son mari n’arrive pas à combler sexuellement, à cette Reine prisonnière de l’étiquette, à cette mère aimante partagée entre ses enfants et son amant, à cette victime d’un monde machiste, qui montrera une dignité parfaite face à la mort. L’auteure se plonge à corps perdu dans l’histoire de cette souveraine aimée, désirée, admirée avant d’être honnie par tout un peuple. Elle s’immisce au plus prêt, elle lui colle à la peau. Elle l’imagine à tous les moments de sa vie, tous ceux qui ont déterminé son destin de martyre, tous ceux qui l’ont transformée, révélée à elle même en pleine lumière.

Page à page, ligne après ligne, l’écriture rythmée de Christine Orban nous dévoile les « vrais » visages de M.A., une femme incapable de vivre, inapte au bonheur mais parfaite dans le malheur. Son chemin de croix – arrestation, prison, jugement, échafaud, etc.- est sa rédemption. Chaque facette de sa personnalité fait oublier la souveraine d’antan, belle et gracieuse, pour laisser apparaître une femme résolument moderne. Plus, l’auteure se rapproche de son sujet d’étude, plus les situations, les émotions, ont un écho dans son quotidien, plus elle découvre que ce n’est pas la Reine qu’on a voulu assassiner mais bien ce qu’elle représentait : la Femme du XVIIIe siècle.

Inévitablement, le charme de Marie-Antoinette a encore frappé. Prise dans les rets de ses royaux filets, Christine Orban signe un roman intense et émouvant qui séduira les amoureux de la Reine autant que ses détracteurs.

Charmer, s’égarer et mourir de Christine Orban
Paru en avril 2016 au Editions Albin Michel
304 pages
Prix : 19.50 €

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