La différence est une force au Théâtre 14

C’est parti ! Pour le bonheur des petits et des grands, le théâtre 14 programme dès mardi et ce jusqu’au 28 juin 2020, la pièce qui met à mal les stéréotypes  de genre de Magali Mougel, Elle pas princesse, Lui pas héros. Adaptant ,en à peine 1 semaine, sa mise en scène, Johanny Bert signe un spectacle drôle et touchant. Un bel hymne à la tolérance et à l’amitié ! 

A Paris, le théâtre 14 est la première salle de spectacle à rouvrir ses portes. Suivant à la lettre, les directives gouvernementales concernant les rassemblements de 10 personnes, dés le 2 juin, sept spectateurs sont conviés, à raison de trois représentations par jour, à découvrir les aventures de Leili, véritable garçon manqué habituée  à se débrouiller seule,  et Nils, l’enfant chétif couvé par sa mécanicienne de grand-mère.

Règles strictes

C’est donc en toute intimité par le jardin, situé à l’arrière du bâtiment,  qu’on accède à ce théâtre municipal, qui a rouvert en janvier, totalement « relooké » par ses deux nouveaux directeurs, Edouard Chapot et Mathieu Touzé. Tout est fait pour observer les règles sanitaires, marquage au sol rappelant le logo du lieu pour respecter la distanciation physique,   gel hydro-alcoolique à disposition, masques fournis au couleur de l’établissement, etc. On ne rigole pas, même si tout se fait dans la bonne humeur. Les sourires sont cachés derrière un bout de tissu, mais les regards joyeux, pétillants de l’équipe ne trompent pas. Le plaisir de pouvoir, après plus deux mois de fermeture à nouveau accueillir du public fait de l’instant un moment magique. 

Protocole cadré

Un par un, les spectateurs de tous âges, surtout des enfants, pénètrent dans la salle, guidés par la comédienne Estelle N’Tsendé. Inversant les conventions, c’est sur scène, que chacun choisit son siège, séparé de plusieurs mètres, les uns des autres. Tout est fait pour rendre aisé et amusant ce protocole strict et immuable. Une fois, tout le monde, installé, la pause pipi gérée, la salle peut plonger dans la pénombre, le spectacle peut commencer. 

Elle pas princesse

Loin des conventions sociales, dans un petite bourgade qu’on imagine reculée, Leili (Estelle N’Tsendé) ne va pas  à l’école. Elle doit se débrouiller seule, apprendre la vie par elle-même. Sauvage, véritable garçon manqué, c’est une aventurière. Elle n’a pas peur du méchant Dahu avec sa coupe courte en brosse et son short a bandes fluos. Normal, le méchant monstre des légendes urbaines n’attaque que les fillettes à cheveux longs et robe?  de Princesse. Mais tout change quand sa mère décroche un nouveau travail en ville. Elle découvre les cités, les HLM, et, pour la première fois de son existence, est obligée  d’aller en cours. Le rose  « so girly »remplace ses tenues kaki. Elle se distingue des autres, ni fille, ni garçon  et doit affronter un monde hostile. 

Lui pas héros

Malingre, Nils (Mathieu Touzé) n’est pas tout à fait le petit homme que son père, un grand sportif en goguette, aimerait avoir. Il est trop littéraire pas du tout baraqué. Mal à l’aise à l’école, rejeté par ses camarades de classe car pas dans la norme virile et « testostéronée », c’est avec sa grand-mère, une fumeuse mécanicienne, qu’il revit. Elle est son oxygène, sa force. Délicat, portant les cheveux longs, il est la risée des autres garçons. En l’inscrivant à un stage d’été en camp d’aventures, ses parents espèrent l’endurcir. C’est un échec. Solution de dernier recours, pour le protéger, lui éviter d’être à nouveau la tête de turc du bahut, ils le changent de collège. Rien ne change sauf la rencontre avec Leili. 

Eux des amis 

Ils sont à part, tous les deux en contraste flagrant avec les stéréotypes de leur sexe. Ils sont différents, l’opposé l’un de l’autre. Mais dans l’adversité, ils vont apprendre à se comprendre, à s’apprécier et même peut être à s’aimer. Avec beaucoup d’humour, Magali Mougel croque toute une galerie de portraits liés à l’enfance entre singularité et universalité. Surfant sur les clichés, elle plonge dans ce monde cruel, bête, parfois méchant. Elle questionne le genre bien sûr, la place que l’on octroie à chacun de nous, les espoirs des parents, les rôles à tenir dans une société qui reste ,malgré de nombreuses d’avancées ,toujours aussi normée. 

Une mise en scène Covid

Contraint par les règles sanitaires, Johanny Bert a réadapté en une semaine chrono pour le théâtre 14, cette pièce montée en 2017. Le résultat est une belle réussite. Portée par une double distribution maison, Olga Mouak et Yuming Hey ou Estelle N’Tsendé  et Mathieu Touzé, la pièce se joue dans la salle et transforment  les sièges rouges vifs des spectateurs en mer agitée, en forêt, en village on en barres d’immeuble. Stimulant nos imaginaires, l’artiste auvergnat s’amuse à donner à cette fable contemporaine une dimension épique. 

Emportés par les récits romanesques et pourtant si réalistes, de nos deux jeunes protagonistes, parfaitement incarnés par des comédiens talentueux,  qui n’essaient jamais de contrefaire l’enfance, petits et grands en oublient le temps du spectacle la pandémie qui certes semble décliner, mais est toujours tapie dehors. La joie d’être au théâtre, après en en avoir été privé plus de deux mois, est indicible. Elle se lit, éclatant sur le visage des artistes mais aussi du public. Cela n’a pas de prix, ce n’est que pur bonheur ! 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Elle pas princesse, Lui pas héros de Magali Mougel
Théâtre 14
14, rue Marc Sangnier
75014 Paris
Du 2 juin au 28 juin 2020
Du mardi au dimanche à 11h, 14h et 17h
A partir de 8 ans 
Durée 50 minutes environ

Texte de Magali Mougel 
Mise en scène de Johanny Bert
Avec les artistes associés au Théâtre 14 (en alternance) : Yuming Hey, Olga Mouak, Estelle N’Tsendé, Mathieu Touzé 

Crédit photos © Christophe Raynaud de Lage et © OFGDA

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