Une petite douleur aux conséquences désastreuses

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A la comédie Nation, Caroline Melerski adapte une petite douleur de Pinter

A la comédie Nation, Caroline Melerski adapte Une petite douleur de Pinter

Scrutant les petits maux qui rongent sournoisement ses congénères, Harold Pinter creuse et dissèque jusqu’à la moelle la banalité, la vacuité de nos existences. De sa plume vive, ravageuse, il malmène ses personnages jusqu’à réveiller leurs peurs sourdes, leurs mauvais souvenirs enfouis. Assez finement, malgré quelques petites faiblesses, Caroline Melerski s’empare de cette pièce pour en souligner l’absurdité. 

C’est le premier jour de l’été. Le soleil darde de ses rayons le très fleurissant jardin d’Edward (tourmenté Julien Massetti) et Flora (touchante Caroline Melerski), couple aisé vivant dans un joli manoir de la campagne anglaise. Alors que tout est un beau fixe, que la jeune femme s’esbaudie de la nature luxuriante de son environnement, une petite douleur dans les yeux vient ruiner la journée de son mari. Désagréable, condescendant, il montre un visage des plus irascibles. Le moindre élément perturbateur va se transformer en problème quasi-insoluble. Au-delà des maux, c’est la présence d’un vieux vendeur d’allumettes, posté à l’orée de leur propriété, qui va venir chambouler totalement leur existence en réveillant de douloureux souvenirs, de vieux secrets. Enfermé dans son silence, il va forcer le couple à libérer sa parole, à révéler les non dits, à reveiller sa nature profonde.

Une petite Douleur_comedie nation_©DR_@loeildoliv

Suspicieux Edward (Julien Massetti) observe, sous le regard inquiet de sa femme (Caroline Melerski) une pauvre hère qui campe devant son jardin © DR

Adaptant cette courte pièce un brin alambiquée d’Harold Pinter, Caroline Melerski livre un spectacle sobre et ciselé qui met en avant l’incongruité de certaines situations du quotidien. À trop s’attacher à souligner l’absurdité du texte du dramaturge anglais, elle prend le risque de perdre le spectateur dans un final où se mêlent rêves fiévreux et réalité.

Bien que le jeu des deux comédiens soit un brin fébrile ,en ce soir de première et mériterait d’être resserré, affirmé, il se dégage de chacun d’entre eux une présence scénique fort intéressante. Caroline Melerski campe avec justesse cette femme au foyer ,primesautière que le comportement inquiétant de son mari perturbe. Julien Massetti donne à son personnage une belle fragilité et l’emmène avec dextérité jusqu’à la folie.

Une petite douleur
Comédie Nation
77 rue de Montreuil
75011 Paris
le dimanche 15 avril à 19h00, samedi 21 avril, mercredi 25 avril et samedi 28 avril à 21h00
Durée 1h15

L’art studio dans le cadre de leur festival de Printemps
120bis, rue Haxo
75019 Paris
le 10 et 11 avril 2018

Traduction d’Eric Kahane
Mise en scène de Caroline Melerski
avec Julien Massetti et Caroline Melerski
Compagnie Ciel’

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