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Roland est mort, Adieu solitude !…

Le style est épuré, lapidaire. Les phrases sont courtes, rythmées. L’écriture est naïve, simple, sensible. Au fil des pages, avec une douce ironie et un bienveillant cynisme, Nicolas Robin explore la banalité du quotidien, sa tristesse, sa monotonie, afin de lui insuffler couleur et drôlerie. D’un monde de solitude, gris, individualiste et taciturne, il esquisse une réalité lumineuse, burlesque, pleine de tendresse et d’émotion, qui touche et enchante. Roland est mort, mais la vie continue, plus forte, plus belle, plus vibrante. En bousculant son taciturne narrateur, le poussant dans ses retranchements, il livre un roman original, humain, un roman qui fait du bien.

Roland_est_Mort_Nicolas_Robin_Anne__promo_Carriere_©thierry_rateau_@loeildoliv

Roland est mort en silence d’une crise cardiaque. Roland est mort seul chez lui, la tête dans la gamelle du chien. Roland est mort, laissant Mireille, sa vieille caniche, orpheline. Roland est mort et pourtant si présent. Roland est mort, être invisible, discret de son vivant, il devient le compagnon de fortune, voire d’infortune, du narrateur, un être désabusé, partageant sans vraiment le savoir le même palier, la même solitude et le même quotidien monotone. Roland est mort, mais s’immisce sournoisement entre les films « porno » et les verres de Campari, dans la terne existence de son trentenaire de voisin. Roland est mort après une vie sans relief. Roland est mort et va, malgré lui, donner à sa disparition tragique une vitalité étonnante et communicative.

Roland est mort est une itération, un effet de style qui ponctue chaque nouveau chapitre, un comique de répétition dont use et abuse avec malice Nicolas Robin. Roland est mort est une sentence récurrente qui rythme l’écriture simple et épurée de l’auteur. Roland est mort est un rappel à l’ordre, un leitmotiv qui cadence le quotidien du narrateur. Roland est mort est une répétition nécessaire pour empêcher que cet homme retourne dans les limbes, oublié de tous. Roland est mort est une phrase insidieuse qui marque le lecteur, l’emporte dans un monde singulier, farfelu, un peu kitsch. Roland est mort est une ritournelle qui séduit et nous entraîne au cœur de l’âme humaine. Roland est mort est comme une rengaine qui défie le morne ordinaire, qui nargue l’impossible solitude, qui combat l’intolérable nombrilisme de notre société. Roland est mort, c’est une graine qui donne vie à un monde en couleurs où sentiments et émotions affleurent sous la peau, et nous chavirent. Roland est mort, mais la terre continue de tourner, riche de ses différences, de ses absurdités, de ses cocasseries et de ses platitudes.

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Roland est mort est un constat sans appel, un reflet sans fard d’un monde gris en perte d’humanité. Roland est mort est un miroir déformant les certitudes, les habitudes sous le regard amusé, doucement, tendrement cynique de Nicolas Robin. Roland est mort est roman unique, plein de délicatesse, un hymne à la vie, une sucrerie réconfortante qui par ces tristes temps fait un bien fou… Roland est mort est un Ovni littéraire à déguster sans modération.

Editions Anne Carrière
paru le 17 mars 2016
prix recommandé 17 euros

Crédit portrait © Thierry Rateau

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