On ne voyait que le bonheur, reconstruction mentale entre rédemption et résilience

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Au théâtre actuel, Grégori Baquet adapte le roman de Grégoire Delacourt, On ne voyait que le bonheur

Peut-on pardonner l’indicible ? Peut-on survivre après avoir commis l’irréparable ? C’est à ces questions existentielles que tente de répondre le texte poignant, à deux voix, de Grégoire Delacourt. Si l’histoire émeut, si le jeu tout en délicatesse du duo de comédiens touche, malheureusement la mise en scène rythmée, mais trop clinique et éparpillée, de Grégori Baquet nous tient à distance. Dommage !

Que cache l’immense bâche ivoirine placée devant la scène, gonflée par un vent artificiel ? Un décor neutre, très aseptisé, fait de banquettes et de tentures blanches. Dans cet espace très froid, deux êtres, un homme (sympathique Grégori Baquet) et une femme (bouleversante Murielle Huet Des Aunay), exécutent quelques pas de deux sur une musique qui semble imaginaire, irréelle. Tout semble les unir dans un étrange rêve d’idéal. Très vite, ce tableau idyllique se fissure pour fait place à un cauchemar digne d’un fait divers sordide.

Visage couvert de bandage, une jeune fille fait une fugace apparition. Elle ânonne quelques mots difficilement compréhensibles. La mâchoire fracassée, elle a bien du mal à se faire comprendre. Que lui est-il arrivé ? Nous le serons un peu plus tard. C’est un homme qui apparaît maintenant. Visage fermé, tenue terne, il semble survivre plutôt que vivre. Agent d’assurances, il raconte sa morne existence. Existe-t-il un lien entre ses deux âmes blessées ? Nous le serons bien assez tôt. Ainsi, de suite, l’un après l’autre, nos deux protagonistes vont livrer leurs souffrances, leurs doutes, et nous conter par bribe leur tragique et funeste histoire commune.

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Grégori Baquet et Murielle Huet Des Aunay nous entraîne sur le chemin de la reconstruction en amorçant un pas de deux © Evelyne Desaux


Construit comme un patchwork d’instants de vie, le texte noir, cru, douloureux de Grégoire Delacourt nous plonge dans les méandres chaotiques et sombres de l’âme humaine. Il nous questionne sur les éléments déclencheurs qui poussent un père esseulé, abandonné, délaissé par la vie, la société à commettre l’irréparable. Il nous force à dépasser nos préjugés, nos certitudes, à lutter contre nos propres démons, en nous entraînant sur le chemin délicat et fragile qui mène à la résilience, au pardon.

Toutefois, plein de bons sentiments, le récit croisé de ces deux êtres en souffrance, perd en force tant il peut sembler trop simpliste, trop naïf. Faiblesse qui est malheureusement soulignée par la mise en scène trop riche de Grégori Baquet. Comédien sublime, que l’on peut notamment admirer dans le même théâtre dans Adieu, monsieur Haffmann de Jean-Philippe Daguerre, il achoppe à nous entraîner sur le chemin menant à la reconstruction de ces vies fracassées en saturant l’espace d’effets scéniques superfétatoires et inutiles. Si l’on se laisse séduire par le jeu tout en nuances de la lumineuse Murielle Huet Des Aunay
 et par l’interprétation tout en retrait et pudeur de Grégori Baquet, on reste totalement extérieur à l’horrible tragédie qui se déroute devant nos yeux. Quel gâchis !

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Après un acte impardonnable, la rédemption est-elle possible ? © Evelyne Desaux

On ne voyait que le bonheur de Grégoire Delacourt
Festival d’Avignon le OFF 
Théâtre actuel
80, rue Guillaume Puy
84000 Avignon
jusqu’au 30 juillet 2017
Tous les jours à 10h15 relâches les 19 & 26 juillet 2107, séances supplémentaires à 11h50 les 18 & 25 juillet 2017
Durée 1h20

mise en scène de Grégori Baquet assisté de Philippine Bataille
avec Grégori Baquet, Murielle Huet Des Aunay
Collaboratrice artistique : Victoire Berger-Perrin
Créateur Lumières : Laurent Béal
Création musicale et sonore : Frédéric Jaillard
Chorégraphe : Béatrice Warrand
Costumière : Sarah Colas

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