CouvKean05_theatre 14_©Photo Lot_@loeildoliv

Kean, au théâtre ce soir

Au Théâtre 14, Alain Sachs met en scène de manière très conventionnelle la pièce d’Alexandre Dumas adaptée en 5 actes par Jean-Paul Sartre. Ce Kean a bien du mal à entraîner le spectateur sur la carte de Tendre, à défaut le déplacement vaut pour la troupe de comédiens virevoltants et épatants.

Grand séducteur devant l’éternel Kean (Alexis Desseaux), acteur vedette de l’Angleterre du XIXe siècle, fait des ravages dans la bonne société londonienne. Toutes les grandes dames se pâment sur son passage. Une seule, Elena (Sophie Bouilloux), la sage et belle ambassadrice du Danemark, retient son attention. Pris au piège des élans fantasques de son cœur, le cabotin Dom Juan des théâtres voit sa machine s’enrayait. L’amour, aura-t-il raison de son métier de comédien ?

S’emparant de la version concoctée en 1953 par Jean-Paul Sartre pour le comédien Pierre Brasseur, Alain Sachs mise sur le burlesque de la pièce, son apparente légèreté pour entraîner les spectateurs dans les improbables amours du personnage. Mais voilà, à trop vouloir garder l’ensemble dans son jus très XIXe siècle, la rythmique prend rapidement du plomb dans l’aile. Les bons mots, les répliques mordantes et les quiproquos ne suffissent pas à relever la sauce de cette comédie gentillette où se joue, tout de même l’honneur d’une femme. Saluons toutefois, une certaine ingéniosité dans la mise en scène. En incluant les changements de décor dans la continuité du jeu, Sachs évite ainsi les noirs entre chaque acte. Et c’est une réussite.

Kean05_theatre 14_©Photo Lot_@loeildoliv

On ne peut rien reprocher aux comédiens, tous impeccables. Ils ne s’épargnent pas, ils mouillent leur chemise, font des roulades et, vaille que vaille, s’épuisent à (re)donner son ton fantaisiste à ce boulevard qui résonne comme un hommage lointain au grand Shakespeare. Alexis Desseaux, en tête, joue la carte du charme teinté d’une pointe de cynisme et cela fonctionne plutôt bien, même si le costume de Kean semble un peu trop grand pour lui. Face à lui, Frédéric Gorny est admirable en prince coureur de jupons, compagnon de débauche, secrètement en admiration devant le grand acteur. Enfin, Eve Herszfeld est comme toujours impayable. Multipliant les rôles, trois en tout, elle donne une couleur différente à chacun, à la fois drôle et touchante. Disons-le sans détour, chacune de ses entrées est un délice pour nos zygomatiques.

Malgré l’ensemble quelque peu suranné, quelques longueurs, Kean n’en reste pas moins un sympathique divertissement.

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


aff_kean-thratre 14_dec-2018_4288@loeildoliv

Kean d’Alexandre Dumas
Au Théâtre 14
20, avenue Marc Sangnier
75014 Paris
Jusqu’au 23 février 2019
Les mardis, vendredis et samedis à 20h 30, les mercredis et jeudis à 19h00, et les samedis séance supplémentaire à 16h
Durée 1h50 environ

Adaptation Jean-Paul Sartre
Mise en scène d’Alain Sachs assisté de Corinne Jahier
Avec Alexis Desseaux, Pierre Benoist, Peter Patt, Sophie Bouilloux, Jacques Fontanel, Frédéric Gorny, Eve Herszfeld, Justine Thibaudat et Stéphane Titeca
Costumes de Pascale Bordet assistée de Solenne Laffitte
Décors de Sophie Jacob
Lumières de Muriel Sachs
Musique de Frédéric Boulard

Crédit photos © Photo Lot

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Latest from Chroniques

Artaud à la folie

Au Lavoir Moderne Parisien, Florian Pâque évoque Antonin Artaud dans sa pièce
Go to Top