Frig, fantasmes erotico-trash pour exorciser une rupture

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aff_frig_Antony Hickling_@loeildoliv

Dans Frig, dernier de sa trilogie « queer », Antony Hickling exorcise une rupture amoureuse à travers des fantasmes sadomasochistes

L’amour, ça fait mal surtout quand l’autre sonne le glas d’une histoire que l’on espérait éternelle. Meurtri, blessé dans son cœur, seule la douleur physique, l’humiliation, l’avilissement le plus total, réel ou rêvé, permet de dépasser la souffrance, la douleur qui étreint l’âme. C’est en tout cas le chemin métaphorique qu’emprunte Antony Hickling dans le dernier volet très radical de sa trilogie « queer ». Attention, objet cinématographique expérimental, poétique et singulier.

Le coup de foudre, ce moment hors du temps, où tout se fige, où rien ne compte que l’autre, son regard, son visage, ses lèvres, la rencontre des corps. Loin des histoires de cul, des plans d’un soir, d’une envie de sexe, c’est un accord parfait, des sensibilités qui se reconnaissent, deux cœurs qui sont à l’unisson. C’est beau comme ces travellings sur des fleurs tous pétales dehors qui accompagnent cette sorte d’ivresse poétique où les mots sonnent étonnamment justes. Mais tout se gâte. L’amour s’en va laissant une plaie béante que rien ne comble, n’apaise.

frig_antony Hickling_2_Copyright Cinéma Saint-André des Arts_@loeildoliv

Biño Sauitzvy offre son corps à toutes les douleurs © Cinéma Saint-André des Arts

Face à cette terrible peine, ce chagrin que faire ? Antony Hickling, hanté par sa propre histoire, ainsi que par les images violentes d’une communauté LGBTQI+ persécutée, torturée dans de nombreux pays, par les agressions homophobes, lesbophobes, transphobes en pleine recrudescence, imagine comme un exécutoire l’avilissement sexuel du corps par une séance de supplices sadomasochistes hardcores. C’est le chapitre central de cette performance filmée où rien n’est épargné au corps « objetisé » de son acteur fétiche, Biño Sauitzvy. S’inspirant de Salò ou les 120 Journées de Sodome, l’un des chefs d’œuvre de Pier Paolo Pasolini, il fait subir à l’amant délaissé, les pires tourments, un calvaire qui ne peut s’achever que dans l’anéantissement total de l’homme amoureux pour laisser place à nouvel être, peut-être un peu moins naïf mais toujours en quête de passion, d’émotion, de sentiment romantique.

frig_Antony Hickling_Copyright Cinéma Saint-André des Arts_@loeildoliv

subissant tous les outrages, l’amant délaissé s’apprête à renaître © Cinéma Saint-André des Arts

Renaissance de ses cendres, de ses chairs à vif, dépecées, il est à même de reprendre goût à la vie, d’être purifier par la blancheur immaculée d’un liquide séminal aux vertus fécondantes autant que libératrice. Traversant les bucoliques contrées d’une forêt peuplée de faunes, d’individus en tout genre qui communient avec la nature, il est prêt à revenir à la vie, à affronter le monde d’aujourd’hui tant dans sa beauté sauvage que dans la rectitude de ses mœurs, l’âpreté de ses vicissitudes.

S’affranchissant des codes scénaristiques classiques, entremêlant à l’image, poésie fantasmagorique, onirisme gore et lyrisme pastoral, Antony Hickling signe un bien étrange long métrage qui s’apparente plus à une expérience cinématographie, un objet d’art insolite et curieux, qu’à un film traditionnel. S’appuyant sur ceux qui ont construit son identité d’artiste atypique et unique, tel Pollock, Sade, Shakespeare, Jarman ou Dante, il invite à une plongée opprimante autant que rédemptrice dans les zones d’ombre de chacun, dans les fêlures qui constituent toute la complexité de notre humanité.

Au-delà de sa dimension filmique, Frig est un moment indéfinissable, hors des normes, un acte outrancier émaillé de belles et captivantes fulgurances. A voir pour ceux qui n’ont pas froid aux yeux.

Par Olivier Frégaville-Gratian d’amore

Frig d’Antony Hickling
Sortie nationale le 28 novembre 2018
Avec Gaëtan Vettier, Thomas Laroppe, Biño Sauitzvy, André Schneider, Luc Bruyère, Alvaro Lombard & François Brunet
Pays France
Année 2018
Scénario d’Antony Hickling
Image de Laure Cornet &Antony Hickling
Montage de Victor Toussaint
Musique de Jeremie Lapeyre
Production Hickling & Allen Films

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