Bells and Spells_Thierree_Richard_©Haughton2_@loeildoliv

Aurélia Thierrée, la plus exquise des voleuses

Au théâtre de l’Atelier, Victoria Thiérée-Chaplin convie sa fille Aurélia Thiérée et Jaime Martinez à musarder, avec légèreté et délicatesse, au cœur du songe onirique d’une vieille dame rêvant à ses folles années de jeunesse, à ses fantasmes inavoués de kleptomane angélique. Un poème vivant fait de bric et de broc dont se délectent, émerveillés, petits et grands.

Dans une salle d’attente un peu vieillotte, trois étranges personnages attendent leur tour. La sonnette retentit. C’est le signal. L’un d’entre eux quitte la pièce pour laisser sa place à un nouvel arrivant. Ainsi de suite, un ballet s’improvise, chacun virevoltant d’un siège à un autre. La machine s’enraye. Tous disparaissent laissant seule, désorientée une femme sans âge (éblouissante Aurélia Thiérrée) engoncée dans de miteuses couvertures. Perdue, un brin hagarde, elle cherche à quitter ce lieu bien singulier. Elle plonge son regard dans une très ancienne carte postale. Comme happée par ses souvenirs, par ses fantasmes d’antan, elle traverse le mur du temps, des songes. En un clin d’œil, elle est redevenue la belle damoiselle qu’elle était. 

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Robe longue couverte de strass, elle danse, tournoie, se laisse emporter par la musique au bras d’un singulier cavalier (étonnant Jaime Martinez) sorti de nulle part. Commence alors une folle farandole, qui égrène furtivement des instants de vie tous plus poétiques et insolites les uns que les autres. Jeune fille éthérée, enchanteresse, elle se transforme en une kleptomane virtuose, une voleuse de haut vol. Incapable de résister aux objets qui l’attirent comme un aimant, elle finit par se fondre en eux, à être aspirée par leur force magnétique. Ainsi, aussitôt, un tableau convoité, elle se glisse comme par magie à même la toile. Une robe admirée, elle s’en trouve aussitôt vêtue. 

Subjugué, hypnotisé par cette féerie rétro faisant la part belle à l’imaginaire, le spectateur se laisse totalement emporté par la beauté des images, le charme désuet des saynètes qui s’enchaînent avec une aisance prodigieuse. Et pourtant, tout est fait de façon très artisanale. On aperçoit çà et là les coutures, les tours de cette incroyable performance, ce qui donne d’ailleurs à l’ensemble, un je ne sais quoi d’envoûtant, de fabuleux. 

Bells and Spells_Thierree_atelier_© Richard_Haughton3_@loeildoliv

Pas de deux, solo de claquettes, combat à l’épée chimérique ou jeu du chat et de la souris, Aurélia Thiérrée, lumineuse, enfantine, et Jaime Martinez, épatant, bouleversant, donnent vie aux illusions singulières, fantasmagoriques, de Victoria Thiérrée-Chaplin, toujours aussi inspirée après le très beau Murmures des murs. D’un rien, elle produit un tableau de Velasquez, d’un abat-jour un diadème. Au-delà de toute réalité, marchant sur les pas de son illustre père, elle crée un petit prodige, un miracle de poésie et d’humour.

Avec Bells and Spells, littéralement des cloches et des sorts, mère et fille invitent petits et grands à un moment suspendu, hors du temps, où tout est propice aux rêves. Un bijou onirique !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Bells and spellsde Victoria Thierrée Chaplin
Théâtre de l’Atelier
Place Charles Dullin
75019 Paris
Jusqu’au 14 mai 2019
du mardi au Samedi à 21h00 et le dimanche à 15h00
durée 1h10

Avec Aurélia Thierrée, Jaime Martinez

Crédit Photos © Richard Haughton

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