Tartuffe de Molière. Mise en scène de Macha Makeïeff. La criée. © Pascal Gely

Tartuffe, gourou noir et illuminé d’un conte cauchemardesque

À la Criée, avant une belle tournée dans l’Hexagone, Macha Makeïeff monte Tartuffe de Molière. En s’attaquant à cette pièce sombre qui dénonce dévots et hypocrites, la metteuse en scène et directrice du lieu signe le portrait sans appel d’une famille bourgeoise gangrenée par son oisiveté. 

Dans le foyer de la Criée, la voix douce, posée de Macha Makeïeff accueille un public venu nombreux. À l’occasion de la première du Tartuffe, la metteuse en scène inaugure en parallèle l’exposition de photographies qui rend hommage, jusqu’au 15 janvier, aux habitants de la cité la Paternelle et fait écho à l’ouvrage de Dalila Guillon-OuanesLa Paternelle : une cité de Marseille, son histoire, ses habitants (Éditions Gaussen, 2020). En ces temps difficiles, l’établissement marseillais fait salle comble. Il est beau de voir les spectateurs attablés au bar, faire la queue pour pénétrer dans la salle, se réjouir, malgré les masques, de revenir au théâtre, de (re) découvrir un classique. 

Famille sous emprise

Tartuffe de Molière. Mise en scène de Macha Makeïeff. La criée. © Pascal Gely

Dans un salon bourgeois, en l’absence du maître des lieux, les habitants se livrent à de folles bacchanales. Musique à fond, danses lascives, tous s’abandonnent au excès de la jeunesse, et ce, malgré les sermons, les envolées lyriques et les regards courroucés de la douairière de la famille. Il faut dire qu’une ombre noire, rapace, aspire depuis peu leur vitalité, leur joie de vivre. Un dévot, gourou confit de préceptes d’un autre temps et de religiosité, a pris possession de l’esprit du patriarche, un homme d’une quarantaine d’années confronté à la vacuité de son existence, et compte bien étendre sa sombre emprise sur toute la maisonnée. 

Un gourou avide de chair 

Cheveux longs couleur jais, vêtu de noir à la manière des prêtres d’antan, entouré d’âmes damnées à la mise similaire, Tartuffe (Xavier Gallais obséquieux et cabotin à souhait) s’immisce partout, forçant chacun à révéler sa part sombre, à commettre un faux pas, à se mettre en défaut. Rien, n’y même la langue avisée et bien pendue de Dorine (étonnante Irina Solano), bonne impertinente, devenue par effet de style, amie de la famille et voyante à ses heures perdues, ne semble entraver ses projets, la main mise complète et entière sur les biens, les secrets d’Orgon, ainsi que sur les formes généreuses de la belle Elmire (Hélène Bressiant), sa seconde épouse. 

Un monde qui vacille

Tartuffe de Molière. Mise en scène de Macha Makeïeff. La criée. © Pascal Gely

En prenant le parti de faire de Tartuffe, le gourou d’une secte aux sombres desseins, qui n’est pas s’en rappeler Thierry Tilly, qui avait totalement mis sous sa coupe les reclus de Monflanquin, Macha Makeïeff dissèque les mécanismes de manipulation mentale qui mène à la dépendance, à la perte totale de volonté. Foisonnante d’idées, sa mise en scène, magnifiquement ciselée par les lumières de Jean Bellorini, a dû mal à trouver en ce soir de première son ton juste. Généreuse, riche, elle déborde et submerge le plateau, faisant ressortir de fortes inégalités de jeu. Mais en plasticienne avisée, elle sait parfaitement mettre en espace et offrir aux spectateurs de beaux tableaux – la scène de la table est d’ailleurs un petit bijou de sensualité et de perversion. 

De belle facture, le Tartuffe de Macha Makeïeff devrait se polir au contact d’un public enthousiasme toujours avide de replonger dans les intemporels de Molière.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore 

Tartuffe de Molière, Un spectacle de Macha Makeïeff
La Criée – Théâtre national de Marseille
30 Quai de Rive Neuve
13007 Marseille
Jusqu’au 26 novembre 2021
Durée 2h30 environ

Tournée
du 1er au 19 décembre au Théâtre des Bouffes du Nord
du 12 au 15 janvier au Théâtre national de Nice
du 22 au 26 février au Quai, CDN d’Angers
du 3 au 19 mars au TNP, Villeurbanne
du 24 au 26 mars au Théâtre Liberté, Liberté-Châteauvallon, Scène nationale de Toulon
du 30 mars au 8 avril au Théâtre National de Bretagne, Rennes
du 13 au 15 avril à la Scène nationale de Bayonne
les 20 et 21 avril à la MAC, Créteil
les 27 et 28 avril à MC Amiens
du 11 au 13 mai à la Comédie de Caen

Mise en scène, décor, costume de Macha Makeïeff
Avec Xavier Gallais, Arthur Igual en alternance avec Vincent Winterhalter, Jeanne-Marie Lévy, Hélène Bressiant, Jin Xuan Mao, Loïc Mobihan, Nacima Bekhtaoui, Jean-Baptiste Le Vaillant, Irina Solano, Luis Fernando Pérez en alternance avec Rubén Yessayan, Pascal Ternisien et la voix de Pascal Rénéric
Lumière de Jean Bellorini
Son de Sébastien Trouvé 
Musique de Luis Fernando Pérez 
Danse de Guillaume Siard 
Coiffure et maquillage de Cécile Kretschmar 
Régie général d’ André Neri 
Assistants mise en scène – Gaëlle Hermant et Sylvain Levitte Assistant dramaturgie de Simon Legré 
Assistante scénographie – Clémence Bezat 
Assistante costume – Laura Garnier
Assistant lumière  – Olivier Tisseyre 
Assistant son – Jérémie Tison 
Diction – Valérie Bezançon 
Graphisme – Clément Vial

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