Le Ciel de Nantes de Christophe Honoré Célestins - Théâtre de Lyon  © Jean Louis Fernandez

Le Ciel de Nantes, le détonnant album de famille de Christophe Honoré

Aux Célestins à Lyon, avant d’investir dans quelques jours l’Opéra de Lausanne – Théâtre de Vidy Hors les murs, puis au printemps prochain l’Odéon à Paris, Christophe Honoré convoque, au plateau, les fantômes de sa folle famille maternelle. Entre passé et présent, il esquisse, avec une belle sensibilité, les portraits ciselés et hauts en couleur d’êtres déchirés par la vie. Un moment de théâtre fragile et profondément humain. 

Dans une salle obscure désuète autant que décatie imaginée par le talentueux Mathieu Lorry-DupuyChristophe Honoré invite les membres de sa famille maternelle, morts ou vivants, à venir revisiter l’histoire de leur vie. Des bombardements qui obscurcissent le Ciel de Nantes en 1943 à aujourd’hui, le réalisateur et metteur en scène plonge dans les dédales de sa mémoire pour faire ressurgir des bribes de souvenirs, des petits riens, des moments volés, qui, au fil du temps, ont construit l’homme qu’il est devenu.

S.O.S fantômes

Le Ciel de Nantes de Christophe Honoré
Célestins - Théâtre de Lyon 
© Jean Louis Fernandez

Depuis longtemps, l’idée de réaliser un film sur son enfance, sur les siens, sur sa mère, sa grand-mère, tant aimées, hante ses rêves. Quelques essais, quelques lignes tracées sur du papier, mais rien ne vient vraiment. Il manque toujours quelle chose, une authenticité, une sincérité, une présence difficile à retrouver, à combler. Comment (re) donner vie à ceux que l’on a connus et dont la disparition a laissé un grand vide ? Comment ne pas trahir leur histoire ? Grâce à la magie du théâtre, cette manière de rendre réelle la fiction, Christophe Honoré convie, à la projection de ce long métrage tant de fois imaginé, ébauché, les fantômes du passé. Il leur donne la parole, leur offre l’occasion de dire leur vérité. Revenus d’outre-tombe à travers le corps de sept comédiens habités, ils rejouent les scènes tant de fois ressassées, insufflent au plateau une troublante et palpable intensité. 

Une fresque familiale 

Elle n’est pas triste la famille Puig, nom de jeune fille de la mère du metteur en scène. Elle est même plutôt déjantée. Elle en a des secrets, des cadavres dans le placard. Rien d’extravagant, bien sûr, mais des anecdotes salées. Comme on dit, il y a du dossier, de la matière à fiction. Croquant avec tendresse oncles, tantes, grand-mère, grand-père et mère, Christophe Honoré immerge le spectateur au plus près de ces personnages tour à tour truculents, complaisants, pétulants, fragiles et terriblement humains. Il ébauche des trajectoires de vie qui se fracassent au quotidien, à la maladie, à la mort, à des existences déchirées. 

Héritages et transmission

Le Ciel de Nantes de Christophe Honoré
Célestins - Théâtre de Lyon 
© Jean Louis Fernandez

En brossant le portrait de ses proches, le metteur en scène questionne notre rapport à la famille, à ce que l’on transmet, la trace qu’on laisse en héritage. Entremêlant passé et présent, fantasmes et réalités, scènes vécues et inventées, il fait du plateau un lieu de tous les possibles, où vivants et morts se retrouvent, se confrontent, où jaillissent des êtres de chair disparus depuis longtemps, des émotions résurgentes, des images que la pellicule n’a jamais réussi à capter.  

Famille de cœur 

Afin de retrouver les siens, ceux du même sang que lui, Christophe Honoré fait appel à son autre famille, celle de cœur qui le suit dans ses projets cinématographiques, comme théâtraux. Au fil de l’eau, Il tisse ainsi des liens singuliers et profonds entre les fantômes et leurs incarnations. L’inénarrable Marlène Saldana est impayable en mater familia – son pas de deux sur Sheila est savoureux. Le ténébreux Harrison Arévalo excelle en grand-père au sang chaud. L’épatant Jean-Charles Clichet joue les oncles conciliants face au bouillonnant Stéphane Roger que l’alcool fait vite monter dans les tours. Chiara Mastroianni, pour son premier rôle au théâtre, est lumineuse en tante paumée. Tout en retenue fébrile, Youssouf Abi-Ayad incarne subtilement un Christophe Honoré en proie aux doutes. Enfin offrant à son frère Julien Honoré – incroyable de sincérité – la délicate tâche d’incarner leur mère, le metteur en scène des Idoles et du Côté de Guermantes signe, avec Le Ciel de Nantes, un spectacle sur le fil du rasoir, fragile et délicat, un moment de théâtre à déguster lentement tant il résonne singulièrement dans les histoires de chacun.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Lyon

Le Ciel de Nantes de Christophe Honoré
Célestins - Théâtre de Lyon 
© Jean Louis Fernandez

Le Ciel de Nantes de Christophe Honoré
Célestins – Théâtre de Lyon 
4 rue Charles Dullin 
69002 Lyon
Jusqu’au 13 novembre 2021
Durée 2h15

Tournée
Du 19 au 23 novembre 2021 à l’Opéra de Lausanne, Théâtre Vidy hors les murs 
les 1er et 2 décembre 2021 à La Coursive Scène Nationale, La Rochelle 
Les 8 et 9 décembre 2021 à La Filature, Mulhouse
Du 15 au 17 novembre 2021 à La Comédie de Reims 
Du 6 au 13 janvier 2022 au Grand T, Nantes
les 19 et 20 janvier 2022 à l’Hippodrome de Douai
les 27 et 28 janvier 2022 au TAP, Poitiers
les 3 et 4 février 2022 à Bonlieu Scène Nationale, Annecy
les 9 et 10 février 2022 à l’Espace Malraux, Chambéry
16 et 17 février 2022, Scène nationale d’Albi
Du 23 au 25 février 2022 à La Criée, Théâtre National, Marseille 
du 5 mars au 3 avril 2022 à l’Odéon, Théâtre de l’Europe, Paris 

Mise en scène de Christophe Honoré assisté de Christèle Ortu 
Avec Youssouf Abi-Ayad, Harrison Arévalo, Jean-Charles Clichet, Julien Honoré, Chiara Mastroianni, Stéphane Roger et Marlène Saldana
Scénographie de Mathieu Lorry-Dupuy
Lumière de Dominique Bruguière assistée de Pierre Gaillardot
Vidéo de Baptiste Klein
Son de Janyves Coïc 
Costumes de Pascaline Chavanne assistée de Oriol Nogues 
Construction décor – Théâtre Vidy-Lausanne

Crédit photos © Jean-Louis Fernandez

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