Conchita Paz, l’Ophélie virevoltante du duo Garrraud-Saccomano

Conchita Paz dans Institut Ophélie © Jean-Louis Fernandez

Au T2G jusqu’au 23 janvier 2023, puis en tournée dans toutes la France, la comédienne, issue de la troupe permanente du Théâtre des 13 vents de Montpellier, joue les passe-murailles et les voyageuses du temps dans la très féministe pièce d’Olivier Saccomano, mise en scène par Nathalie Garraud. Révélation de cet Institut Ophélie, Conchita Paz habite la scène de sa présence éclatante autant que tellurique. Rencontre.

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ? 
Un Molière joué sur la place du village ou j’ai grandi. Les costumes, l’énergie du jeu, il s’y passait quelque chose qui m’a rendue dingue sans que je ne comprenne pourquoi. 

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ? 
Enfant, je poussais la table du salon pour faire des imitations d’hommes politiques. Toute l’attention se portait alors sur moi, sur ma capacité à faire rire. Quand les amies de ma mère finissaient par dire « c’est un clown », j’avais gagné.

Institut Ophélie, une pièce de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano © Jean-Louis Ferrnandez

Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédienne ? 
Adolescente, je penchais vers la peinture, vers ces heures solitaires et répétitives, mais le rêve secret était le jeu. Choisir le théâtre m’a permis d’entrer en contact avec les autres, d’apprendre véritablement à parler, de chercher à saisir cette première sensation si étrange : qu’est-ce qui circule entre la scène et la salle ?

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ?
Ce n’est pas un spectacle, mais un poème à l’école. J’avais tout prévu, le costume, les accessoires, la voix, … Un grand plaisir à dire ce poème, à produire un imaginaire que je voulais très concret et un vague malaise aussi, j’en avais fait beaucoup trop. 

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Orphéon de François Tanguy, le Théâtre du Radeau. Trop magnifique pour en dire quoi que ce soit. 
La chambre d’Isabella de Jan Lauwers, Needcompany.

Quelles sont vos plus belles rencontres ? 
La rencontre avec la troupe dans laquelle je suis encore aujourd’hui. Menée par une metteuse en scène, Nathalie Garraud et un auteur, Olivier Saccomano. Les premières années dans la troupe ont été comme une seconde école. On a appris ensemble à préciser ce qui constitue pour nous le jeu, le rapport aux spectateurs, à se plonger longuement dans des recherches dramaturgiques diverses. J’y ai appris qu’il était possible que le travail du jeu soit un art, un endroit de création autonome et interdépendant, notamment par le biais de l’improvisation. 
L’acteur Florian Onnéin avec qui je partage toutes ces questions.

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ? 
Une possibilité de suspension dans la précipitation générale.
Un endroit protégé où la pensée a toute sa place.
L’expérience offerte à mon corps et à mon esprit de traverser des situations et des rapports inconnus. 

Qu’est-ce qui vous inspire ? 
Une lecture, une peinture, un film, une discussion dans laquelle s’est glissée une pensée obsédante. Je vais parfois chercher du côté de la danse un vocabulaire lié à la composition que je ne trouve pas au théâtre. Regarder mes partenaires travailler, aussi. Chercher à comprendre, à nommer en voyant les autres faire.

De quel ordre est votre rapport à la scène ? 
J’oscille entre euphorie et désespoir. Je cours après une légitimité, un besoin de consolation impossible à rassasier. J’ai entendu toute mon enfance « ce n’est pas pour nous », les études, l’argent, les livres,… Faire du théâtre, c’est réaliser un rêve. Je n’avais rien à faire là et j’y fais (presque) tout. C’est une grande joie. 
En réfléchissant à cette question, je pense au petit moine de Brecht dans La vie de Galilée
Au plateau, ma première interrogation, c’est l’espace, la scénographie, les circulations et les rapports que cela dispose. 

Institut Ophélie, une pièce de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano © Jean-Louis Ferrnandez

À quel endroit de votre chair, de votre corps, situez-vous votre désir de faire votre métier ? 
Où se situe la pensée, quelque part entre la tête et la plante des pieds…

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ? 
La pudeur m’interdit de les citer.

À quel projet fou aimeriez-vous participer ?
J’aimerais que Beckett, Kafka et Virginia Woolf écrivent un texte fleuve. On proposerait alors aux Tg Stan, à Daniel Janneteau, Joël Pommerat, Françoise Bloch, Marthaler et quelques autres d’en faire de multiples mises en scène sur une durée d’environ 10, 15 ans. 
Je jouerais aux côté de Dominique Reymond, Olivia Colman, Laurence Chable et Geena Rowlands. Maguy Marin viendrait régulièrement nous aider ainsi que Loïc Touzé. Et bien-sûr, François Tanguy passerait quand il voudrait. 

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ? 
En ce moment, une peinture de Mickael Borremans. Une composition de signes et de personnages mystérieux et légèrement opaque à moi-même.

propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Institut Ophélie, une pièce de Nathalie Garraud et Olivier Saccomano
création en octobre 2022 au Théâtre des 13 vents
Durée 1h35

Tournée 
Du 12 au 23 janvier 2023 au T2G, Centre dramatique national de Gennevilliers
Le 7 mars 2023 au Liberté, Scène nationale de Châteauvallon
Les 14 et le 15 mars 2023 à L’Empreinte, Scène nationale Brive-Tulle
Du 23 au 25 mars 2023 à La Comédie, Centre dramatique national de Reims
Les 30 et 31 mars 2023 au Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence
Les 13 et 14 avril 2023 au Théâtre du Grand Marché, Centre dramatique national de l’Océan indien, La Réunion
Les 19 et 20 mai 2023 aux Halles de Schaerbeek, Bruxelles

Texte d’Olivier Saccomano
mise en scène de Nathalie Garraud Assistée de Romane Guillaume
avec Mitsou Doudeau, Zachary Feron, Mathis Masurier*, Cédric Michel*, Florian Onnéin*, Conchita Paz*, Lorie-Joy Ramanaidou*, Charly Totterwitz* et Maybie Vareilles
scénographie de Lucie Auclair et Nathalie Garraud
costumes de Sarah Leterrier
lumières de Sarah Marcotte
son de Serge Monségu
* Troupe Associée au Théâtre des 13 vents

Crédit photos © Jean-Louis Fernandez

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