Simon Delgrange © Olivier Allard

Simon Delgrange ou l’art de l’absurde

Co-fondateur du collectif bordelais Les Rejetons de la Reine, dont le premier spectacle, Un Poignard dans la poche, est sélectionné au festival Impatience 2021, Simon Delgrange est actuellement au Rond-Point dans A Bright Room Called Day… (Une chambre claire nommée jour) de Tony Kushner, mise en scène par Catherine Marnas. Ancien élève du l’École supérieure de théâtre de Bordeaux en Aquitaine (éstba), le jeune comédien navigue avec aisance dans différents esthétismes théâtraux. Passant de l’absurde au réalisme, de la romance à la folie, il impose au fil de ses collaborations, une personnalité curieuse et ténébreuse.

A Bright Room Called Day… (Une chambre claire nommée jour) de Tony Kushner
Mise en scène de Catherine Marnas 
Théâtre Bordeaux Aquitaine
 © Pierre Palnchenault

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ?
Je me souviens être allé voir une pièce, très jeune enfant, à la Comédie-Française. Une comédie d’époque, sûrement un Molière, en costumes et perruques. Ce devait être une représentation de Noël car, si je ne comprenais pas grand-chose au spectacle, je me souviens très bien de l’énorme sachet de bonbons et chocolats qu’on y distribuait aux enfants, et que j’avais dévoré pendant toute la représentation !

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ?
Vers l’âge de 7 ou 8 ans, mes parents qui, je crois, s’inquiétaient de ma grande timidité, m’avait emmené voir un psychologue pour enfant. Très en refus de cette rencontre, j’avais décidé de bouder ! Pour montrer ma désapprobation, je ne répondais à aucune de ses questions, et me contentais de dessiner sur un grand tableau noir mis à disposition dans son cabinet. Je me souviens l’entendre dire à mes parents “regardez, peut-être a-t-il besoin de s’exprimer par l’art”. Le cours de théâtre auquel mes parents m’ont inscrit en suivant a été une révélation. Comprendre que je pouvais être quelqu’un d’autre, sortir de moi, qu’il y avait un espace pour m’exprimer. Quand j’ai compris que c’était aussi un métier, j’ai immédiatement voulu devenir acteur, pour jouer Indiana Jones ou dans des westerns…

Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédien ?
Des rencontres avec plusieurs professeurs dans des cours de théâtre amateurs, par la suite, ont transformé ce rêve d’enfant en décision concrète et pragmatique. En réelle détermination. Je n’ai jamais, aussi loin que je m’en souvienne, pensé à un plan B. Je revendiquais le fait de ne pas en avoir. Si j’ai bien sûr douté par moment, c’est la confiance de ces enseignants qui me rechargeait à bloc. J’ai quelques souvenirs très forts de certains professeurs, après avoir travaillé une scène, me disant simplement, mais sincèrement, “c’est bien, Simon”. C’étaient des moments très puissants pour moi, et ce sont ces signes-là, venant de personnes que j’admirais en quelque sorte, qui m’ont déterminé.

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ?
Toujours enfant, je me souviens avoir créé avec mon frère et une amie un petit spectacle en quelques jours pendant des vacances. On faisait payer la place un franc à nos parents, et on y faisait des sketchs des inconnus, des tours de magie, des imitations de pokémons… C’était extrêmement joyeux, mais je me souviens aussi du trac, déjà !

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Mission et Para, deux spectacles du KVS. Le trio David Van Reybrouck, Bruno Vanden Broecke, et Raven Ruëll. Deux énormes claques dont on ne peut pas sortir inchangé. Ils y accomplissent avec brio une des vocations du théâtre selon moi : représenter les monstres, nous amener à les comprendre, à les aimer, et à nous reconnaître en eux. Profondément humain.

Un Poignard dans la poche des rejetons de la Reine
texte et mise en scène de Simon Delgrange
© Pierre Planchenault

Quelles sont vos plus belles rencontres ?
Adolescent, c’est la rencontre avec Laure Dupuy, une professeure qui, de par son exigence et sa bienveillance, m’a fait me décider à embrasser cette voie. Plus tard, c’est la rencontre avec mon école, l’éstba. Pour toutes les révélations opérées par les intervenants, comme Philip Boulay pour n’en citer qu’un. Mais aussi pour la rencontre avec ma promotion. Avec certains d’entre eux, la volonté de faire du théâtre ensemble s’est concrétisée dans la création de notre collectif, les Rejetons de la Reine. Et c’est leur confiance qui me permet de me lancer plus réellement dans le domaine de l’écriture, avec notre premier spectacle, Un poignard dans la poche.

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ?
Je ne pense pas qu’il le soit. Découvrir toujours de nouveaux univers, se mettre en danger au plateau comme dans l’écriture, explorer l’humain (ainsi que moi-même)… Je dirais davantage qu’il est essentiel à mon déséquilibre, et c’est beaucoup plus excitant.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
En tant qu’auteur, ce sont les fragments de conversations dérobés dans la rue, aux terrasses de café… Leur absurdité, leur poésie, ce qu’elles disent de nous. En tant qu’acteur, c’est justement le texte sur lequel je travaille qui m’inspire avant tout, et comment il résonne en moi, ses zones d’ombres…

De quel ordre est votre rapport à la scène ?
Je crois que je m’y sens avant tout chez moi. C’est un rapport de paix, complice, comme avec une sœur que l’on connaît par cœur et qu’on le retrouve toujours comme si l’on s’était quitté la veille. 

Le songe d'une nuit d'été de Shakespeare Colectiif ADN © Adrien Perrot

À quel endroit de votre chair, de votre corps situez-vous votre désir de Faire votre métier ?
En tant qu’acteur, c’est dans mon ventre et dans ma gorge. Dans mes yeux aussi. En tant qu’auteur : tout là-haut dans ma tête.

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?
Je souhaite avant tout faire perdurer les partenariats, amitiés et familles qui sont déjà là. Mais s’il s’agit de nouveaux… Ils sont si nombreux. Travailler avec l’équipe du KVS que j’ai cité plus haut, écrire pour Yolande Moreau, jouer sous la direction de Thomas Ostermeier…

À quel projet fou aimeriez-vous participer ?
Pourquoi ne pas revenir à mes rêves d’enfance, et jouer dans un Indiana Jones ! Le rôle-titre bien sûr. Mais je poserais mes conditions : c’est Spielberg qui réalise, sinon ne comptez pas sur moi.

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ?
Les fugues de Bach.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

A Bright Room Called Day… (Une chambre claire nommée jour) de Tony Kushner
Mise en scène de Catherine Marnas
Théâtre Bordeaux Aquitaine

Jusqu’au 5 Décembre 2021 au Théâtre du Rond-Point

Un Poignard dans la poche des rejetons de la Reine
texte et mise en scène de Simon Delgrange
au JTN du 6 au 7 décembre 2021 dans le cadre du Festival Impatience 2021

Crédit photos © Olivier Allard, © Pierre Palnchenault et © Adrien Parrot

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