Portrait d'Anne Alvaro En Hamlet © DR

Anne Alvaro, ombre ténébreuse d’Hamlet

Voix grave, profonde venant du fond de son être, Anne Alvaro irradie la scène de sa présence unique, à la fois solaire et sombre. Sublimant les mots de Koltès Dans la solitude des champs de coton, adapté magistralement par Roland Auzet, la comédienne se glisse, du 29 juin au 10 juillet 2021 au Théâtre de la Tempête, dans la peau d’Hamlet, prince du Danemark sous la direction de Gérard Watkins. Faisant fi du genre, de l’âge, elle donne à ce personnage de jeune premier torturé, une densité rare, sépulcrale des plus troublantes.

Anne Alvaro dans Hamlet de Shakespeare. Mise en scène de Gérard Watkins. TnBA. © Pierre Planchenault

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ?
Toute petite enfance – colonie de vacances, on prépare « un spectacle », on me me noircit les yeux avec un bouchon de Liège brûlé et je rentre au milieu du cercle – quelqu’un raconte une histoire il est question d’une chinoise qui élève des vers à soie – je fais la pantomime – en écoutant le récit et une musique, une symphonie ? Je suis « en moi » je ne sais pas ce que c’est que l’art, je suis vivante.

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ?
Un peu plus âgé – j’ai neuf ans – sur le plateau de la salle des fêtes de Créteil – je suis la seule élève dans le cours de déclamation du conservatoire qui vient de s’ouvrir – j’ai appris où se trouvent la cour et le jardin, ce qu’est une rampe et une toile de fond – j’ai appris aussi la scène d’Agnès dans l’école des femmes – Alain Souchère, mon professeur me donne la réplique d’Arnolphe depuis la salle, je ne veux plus jamais quitter cet endroit. 

Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédienne ?
Choisi de l’être ça allait de soi – choisi de le rester beaucoup moins – À certains moments de ma vie, j’ai dû revenir à la source pour me ré-engager .

Le premier spectacle auquel vous avez partiicipé et quel souvenir en retenez-vous ?
Poil de carotte (spectacle de fin d’année au conservatoire de Créteil), l’odeur de la colle à perruque – et aussi mon prof traversant la salle et posant sa main sur le plateau me soufflant les premiers mots d’un petit aparté que j’avais complètement oublié de dire tant j’étais plongée dans l’action de bêcher !

Anne Alvaro dans Hamlet de Shakespeare. Mise en scène de Gérard Watkins. TnBA. © Pierre Planchenault

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Le plus grand, je ne sais pas, mais les premiers (dans le désordre)- la comédienne Nuria Espert à la Cité internationale dans Les Bonnes de Jean Genêt mis en scène Victor Garcia suivi du film de sa mise en scène du Balcon à Buenos Aires – La première de 1789 à la Cartoucherie -(il faisait très froid , on applaudissait des pieds et des mains pour se réchauffer ) – Orlando Furioso aux Halles – un spectacle en espagnol dans une cave au festival de Nancy – et puis Le regard du sourd de Bob Wilson (J’avais rejoint la troupe quand ils ont été invité par Pierre Cardin pour jouer à la Gaîté Lyrique, j’ai figuré dans le Regard du sourd cette année là, j’y ai pris part comme on traverse un miroir et la dernière représentation j’y ai assisté depuis la salle : fascination !

Quelles sont vos plus belles rencontres ?
Shakespeare – Denis llorca
Shakespeare – Gérard Watkins

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ?
C’est mon balancier.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
Tout ce qu’on pourrait appeler les hasards de la vie

Anne Alvaro Dans la solitude des Champs de coton de Koltès, mise en scène de Roland Auzet. Bouffes du Nord © Christophe Renaud de Lage

De quel ordre est votre rapport à la scène ?
Dans le désordre et selon .. . Joie, Audace, Vaillance, Violence, Étonnement, Précision et Accueil

À quel endroit de votre chair, de votre corps, situez-vous votre désir de faire votre métier ?
Tout est relié, du squelette à la mémoire

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?
Celle ou celui qui viendra en son temps avec un projet cher à son coeur et qui voudra me le faire partager

À quel projet fou aimeriez-vous participer ?
Je n’ai jamais été attirée par les projets raisonnables.

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ?
J’aimerais que ce soit un jardin extraordinaire avec des canards qui parlent anglais

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Hamlet de William Shakespeare
Mise en scène par Gérard Watkins
Création à huis-clos au TnBA en janvier 2021

Du 29 juin au 10 juillet 2021 au Théâtre de la Tempête

Tournée
Les 19 et 20 janvier 2022 au CDN de Lorient
Du 8 au 10 février 2022 au CDN de Besançon
Du 5 au 8 avril 2022 au TnBA
Du 4 au 6 mai 2022 à la Comédie de Saint-Etienne

Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès
Mise en scène de Roland Auzet
Théâtre des Bouffes du Nord

Crédit photo © DR, ©Pierre Planchenault et © Christophe Raynaud de Lage

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