Le songe d’une nuit d’été au Français… Entre onirisme élégant et bouffonnade acidulée

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Le songe d’une nuit d’été de William Shakespeare s’installe au Français pour une deuxième session ©Christophe Raynaud de Lage /collection Comédie-Française

Qu’il est doux ce rêve éveillé auquel nous convie la troupe de la Comédie-Française, le temps d’une soirée… Grâce à la mise en scène originale et décalée de Muriel Mayette-Holtz, la comédie féérique de William Shakespeare trouve ici un souffle nouveau, entre délicatesse, jovialité et cocasserie… Un délice à ne manquer sous aucun prétexte.

L’argument : À Athènes, Thésée s’apprête à célébrer ses noces avec Hippolyta, la reine des Amazones. Dans la forêt avoisinante, Obéron, roi des fées, se dispute avec Titania, sa femme, au sujet de leurs nombreuses conquêtes passées et présentes. Ajoutons deux couples d’amoureux contrariés – Hermia, amoureuse de Lysandre mais promise à Demetrius, lequel est aimé d’Helena – et des artisans partis répéter une tragédie pour les noces de leur roi, sous la baguette du truculent Bottom. Tout ce petit monde finit par se retrouver dans la forêt, où les sortilèges d’Obéron, aidé par le lutin Puck, vont semer la confusion au cours d’une nuit dont personne ne saura vraiment si elle est un rêve, un jeu, ou un fantasme. Un songe ?

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Deux Jeunes filles, Hermia et Hélèna pour un seul jeune homme Lysandre sur la scène de du Français ©Christophe Raynaud de Lage / collection Comédie-Française.

La critique : Confortablement installés dans la prestigieuse salle Richelieu de la Comédie-Française, les portes à peine refermées, les spectateurs sont conviés, sans préambule, aux noces de Thésée, duc d’Athènes – Michel Vuillermoz, élégamment vêtu d’un pyjama et d’une robe de chambre, est tout en grandiloquence, clinquant et autorité naturelle- et d’Hippolyta, reine des Amazones – Julie Sicard, magnifiquement affublée d’un drapé léopard, est légère et parfaitement acidulée. Entre les sièges, les deux monarques et leur cour déambulent, adressant des paroles chaleureuses aux personnes qu’ils rencontrent. En effaçant, dans cette partie éveillée du songe, la distance entre les comédiens et les spectateurs, Muriel Mayette-Holtz réussit, avec maestria, une partition sans fausses notes et pleine d’espièglerie. Avec beaucoup de dérision et de finesse, elle se joue des codes et navigue entre scène théâtrale et improvisation feinte.
Il n’y a plus de public, mais une salle remplie de courtisans attendant les fastueuses festivités. Au lieu de cela, on assiste à la plainte implorante d’un père Egée qui souhaite que sa fille Hermia (Suliane Brahim, touchante et rayonnante dans un joli déshabillée de soie), amoureuse de Lysandre (Sébastien Pouderoux, sexy en diable dans une sorte de maillot de bain 1900 en satin, est malicieusement envoûtant), épouse Démitrius (Noam Morgensztern, tout aussi charmant dans le même accoutrement, est quant à lui sobre et parfaitement juste), qu’elle ne peut souffrir et pour qui, son amie Héléna (Adeline d’Hermy, espiègle et faussement candide) soupire. Mais la nuit gagne, la cour se couche, offrant aux jeunes amoureux contrariés la possibilité de fuir la ville dans la forêt voisine.

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Louis Arène, fabuleux Puck, à l’écoute des souhaits du Roi Obéron (Christian hecq) ©Christophe Raynaud de Lage / collection Comédie-Française.

Habité par les fées, les faunes et les elfes, ce lieu féérique est rythmé par les facéties et farces du roi Obéron, fantastique et cabotin Christian Hecq, et de sa femme Titania, étonnante, facétieuse et flamboyante Martine Chevallier. En prenant le contre-pied des mises en scène habituelles qui jouent sur la profusion de décors, Muriel Mayette-Holtz joue la carte de l’ultra sobriété et du minimalisme : une grande bâche de plastique blanc, agrémentée de deux ou trois troncs d’arbres symboliques, réalisés dans la même matière. L’immaculé de décor, qui met en avant le texte poétique et drôle de William Shakespeare, traduit ici par François-Victor Hugo, est un blanc-seing  à chacun de ses comédiens, hors pairs. Mais très vite, notre attention est focalisée sur Louis Arène qui interprète un Puck – lutin farceur à la botte du roi des fées – délirant, barré et désopilant, dont le talent explose et illumine la scène, donnant lustre, fraîcheur, et légèreté enfantine à cette pièce féérique. L’autre véritable surprise vient des  épatants élèves-comédiens du Français- certains étant sociétaires – (Stéphane Varupenne, Benjamin Lavernhe, Pierre Hancisse et Valentin Rolland) emmenés par Jérémy Lopez, qui interprète un Bottom, fat à souhait et absolument irrésistible. Véritables joyeux lurons, ils s’en donnent à cœur joie pour donner, avec beaucoup de justesse, dans l’amateurisme comique et ridicule des apprentis comédiens qu’ils incarnent.
Dans cet univers original et cocasse, les facéties et les singeries de cette troupe d’excellence s’enchaînent, évitant le plus souvent les temps morts. La magie de la mise en scène de l’ancienne administratrice de la Comédie-Française, réside dans le jeu gourmand et gourmet de ces comédiens qui se délectent, avec un plaisir communicatif, de la prose de Shakespeare, ainsi que dans le contraste voulu, tant dans les décors que dans les costumes, entre éveil et rêve.

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Titania et Obéron dans le Songe d’une Nuit d’été mis en scène par Muriel Mayette-Holtz ©Christophe Raynaud de Lage /collection Comédie-Française

Ce Songe d’une nuit d’été, particulièrement burlesque et extravagant – les costumes, imaginés par la talentueuse Sylvie Lombart renforcent ce sentiment -, nous ravit par sa douce fraîcheur et par l’humour qui s’en dégage…

Le Songe d’une nuit d’été
De William Shakespeare
mise en scène Muriel Mayette-Holtz.
Avec Martine Chevallier, Michel Vuillermoz, Julie Sicard, Christian Hecq, Stéphane Varupenne, Suliane Brahim, Jérémy Lopez, Adeline d’Hermy, Christian Blanc, Noam Morgensztern, Louis Arene, Benjamin Lavernhe, Pierre Hancisse, Sébastien Pouderoux.

A la Comédie-Française – Salle Richelieu
jusqu’au 31 mai 2015
Voir les horraires sur le site de la Comédie-Française

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2 Comments

  1. Bonjour,
    Votre article est très intéressant.
    Je souhaite toutefois préciser quelques informations :
    -Le personnage qui doit épouser Hermia au début de la pièce se nomme Démétrius et non Démétrios.
    -Stéphane Varupenne est le dernier sociétaire en date du Français.
    Par ailleurs, Pierre Hancisse, Jérémy Lopez et Benjamin Lavernhe y sont pensionnaires.
    Parmi les artisans vous avez omis deux élèves comédiens : Thomas Guené et Ewen Crovella.
    Veuillez bien vouloir noter qu’il y a également trois élèves comédiennes parmi les fées : Claire Boust, Charlotte Fermand et Solenn Louer.
    -Elliot Jenicot ne figure pas dans cette reprise de 2015 mais c’est Christian Blanc qui reprend son rôle.
    Bien à vous.

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