Tendre Carcasse d'Arthur Perole © Nina Flore Hernandez
© Nina Flore Hernandez
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Faire corps avec sa  « Tendre Carcasse »

Présentée au Carreau du Temple dans le cadre du festival June Events, avant d’être programmée aux Hivernales à Avignon en juillet, la dernière pièce d’Arthur Perole questionne notre relation à notre enveloppe charnelle.

Ces quatre interprètes naviguent dans la vingtaine, mais il leur suffit d’ouvrir la bouche ou d’esquisser quelques gestes maladroits pour voir surgir les adolescents qu’ils ont été. Un peu repliés sur eux-mêmes, les mains disparaissant dans la longueur des manches, entre rougissement et impertinence, comme étonnés de se retrouver là à se mettre à nu face au public. 

Arthur Bateau, Matthis Laine Silas, Elisabeth Merle, Agathe Saurel semblent jouer leur rôle, mais quelle est la part de vrai dans ce qu’ils nous racontent ? L’un nous dit être colérique en raison du fort vent qui souffle dans sa région natale, l’autre possède neuf piercings (bientôt dix), l’un est en « sursis capillaire », l’autre se trouve assez « blanche de peau ». Comment démêler dans ces anecdotes personnelles ce qui est fiction et réalité, alors qu’elles résonnent si étrangement dans nos corps et font remonter à la surface nos souvenirs d’adolescence ?

Tendre Carcasse d'Arthur Perole © Nina Flore Hernandez
© Nina Flore Hernandez

Cohabiter avec son enveloppe, éprouver un certain malaise, se juger pas si bien accordé, s’aimer quand même malgré son étrangeté. On peut lire Tendre carcasse d’Arthur Perole comme un questionnement de notre relation à ce corps qui véhicule et traîne de lourds clichés, mais aussi de belles promesses de rêverie, de désir et de création. Une réflexion plus profonde qu’il n’y paraît sur notre rapport à cet autre auquel on veut ressembler, mais dont il faut aussi se détacher.

Progressivement, les mots s’effacent et la gestuelle se fait plus affirmée, plus débridée. Ce qui ressemblait à un groupe de parole loufoque se mue en transe collective. Dépouillés au fur et à mesure de leurs vêtements comme des pelures d’oignon, ils se libèrent enfin, assumant pleinement cette carcasse de moins en moins pesante. Place à la fête avec jeux de lumières et effets de fumée ! Peut-être le lieu ultime d’un lâcher-prise et d’une liesse collective où l’on cesse enfin de se regarder le nombril.

En repensant à la pièce, une chanson oubliée d’Anne Sylvestre remonte à la surface. « Carcasse / Depuis longtemps quoi qu’on y fasse / Et jusqu’à ce qu’on se défasse / Tu restes ma meilleure amie. » DansTendre carcasse, Arthur Perole prône cette réconciliation, cet apaisement. Au fond, cette acceptation de ces singularités, de ces petites manies, de ces obsessions tenaces, avec lesquelles nous apprenons à vivre et qui construisent notre identité.


Tendre carcasse de Arthur Perole (CieF)
Création 9 et 10 novembre 2023 au Pavillon Noir à Aix-en-Provence (13)
Vu le 30 mai 2024 au Carreau du Temple à Paris dans le cadre du festival June Events.
Durée  50 mn

Tournée
6 au 16 Juillet, Les Hivernales CDCN Avignon (84)
8 au 10 octobre 2024 à Châteauvallon, scène nationale Toulon (83)
21 janvier 2025 à Scène 55 à Mougins (06)
7 au 9 mars 2025 à Chaillot – Théâtre Nationale de Danse, Paris (75)
Mars 2025 au festival le Grand Bain – Le Gymnase CDCN Roubaix (59)
14 et 15 mai 2025 à Points communs – scène nationale, Cergy-Pontoise /Val d’OIse (95)

Conception, mise en scène d’Arthur Perole
Chorégraphie d’Arthur Perole en collaboration avec les interprètes Arthur Bateau, Matthis Laine Silas, Elisabeth Merle, Agathe Saurel 
Collaborateur artistique – Alexandre Da Silva
Création lumières – Anthony Merlaud 
Création costumes – Camille Penager 

Créateur sonore – Benoit Martin
Régie lumières – Nicolas Galland

Bande-annonce de Tendre Carcasse d’Arthur Perole © CieF
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