...How in salts desert is it possible to blossom... de Robyn Orlin, Garage Dance Ensemble et uKhoiKhoi © Pierre Gondard
...How in salts desert is it possible to blossom... de Robyn Orlin, Garage Dance Ensemble et uKhoiKhoi © Pierre Gondard
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Robyn Orlin : une danse explosive et colorée en réponse à toutes les barbaries

En ouverture du Festival de Marseille, juste avant Montpellier Danse, la chorégraphe s’associe avec la jeune génération d’artistes sud-africains et fait pousser des fleurs chamarrées sur le sol aride de son pays, ravagé par la violence.  

Sur le Vieux-Port, à la Criée, le coup d’envoi de la 29e édition du Festival de Marseille a été donné vendredi 15 juin par Marie Didier. Éclectique, ouvert sur le monde et ses problématiques, le cru 2024 promet de belles découvertes, des œuvres puissantes et des performances survoltées. En ces temps sombres, si la question de la violence, de ses mécanismes et ses conséquences sur nos vies sont au cœur de la programmation, c’est le contexte politique qui prend le dessus. Dans une annonce sobre, courte, la directrice de la manifestation et Robin Renucci, directeur du Théâtre national, ont tenu à rappeler les risques pour la culture et pour nos libertés d’une victoire de l’extrême droite aux législatives anticipées. 

La menace est réelle, l’inquiétude grandissante, mais place aux spectacles. L’art, endroit de réflexions et de résistance par excellence, doit rester un phare dans la tempête, une lueur d’espoir face aux populismes. Après L’Âge de nos idées, la performance déroutante du collectif Dream Come True, dont fait partie l’artiste néerlandais, Yan Duyvendak, autour de la différence, Robyn Orlin invite à un voyage à Okiep, ancienne région minière de la province sud-africaine du Cap-Nord. 

...How in salts desert is it possible to blossom... de Robyn Orlin, Garage Dance Ensemble et uKhoiKhoi © Pierre Gondard
© Pierre Gondard

Au centre du plateau de la grande salle de La Criée, différents instruments de musique trônent sur des praticables. Pour cette nouvelle création, iconoclaste et engagée, la chorégraphe johannesbourgeoise a fait le choix de travailler avec une toute nouvelle génération d’artistes, les danseurs du Garage Dance ensemble et les musiciens du groupe uKhoiKhoi. De cette collaboration fructueuse est née l’envie de mettre en lumière les maux qui rongent la société sud-africaine. En partant de l’histoire particulière de la ville d’Okiep, ils esquissent un instantané dansé des drames communs que la frustration, conséquence de la pandémie et des confinements successifs, a fait ressurgir. 

Terre de contraste, aride mais riche de sa culture, de son humour, Okiep n’en est pas moins emblématique d’une colonisation qui a laissé en profondeur traces et stigmates. À ce premier traumatisme, dont l’Apartheid est la partie émergée de l’iceberg, d’autres blessures sont venues  gangréner une humanité chancelante. Violence de genre, barbaries, crise économique n’ont fait que meurtrir et assécher un sol déjà hostile et stérile. Comment ne pas sombrer ? Comment panser ces plaies physiques autant que psychologiques ? Réponse par la danse, en faisant refleurir l’espoir, là où tout avenir possible semble utopique. 

...How in salts desert is it possible to blossom... de Robyn Orlin, Garage Dance Ensemble et uKhoiKhoi © Pierre Gondard
© Pierre Gondard

Chamarrée, dynamique, l’écriture de Robyn Orlin agit comme un baume au cœur, une manière de dédiaboliser l’inacceptable, l’insoutenable. Musiques entraînantes, chants envoûtants, vidéos hyper colorées, tous les ingrédients sont réunis pour que le mal soit repoussé, pour que la vie l’emporte. Portant une succession de couches de vêtements, comme autant de protections contre la violence, les cinq interprètes — Byron Klassen, Faroll Coetzee, Crystal Finck, Esmé Marthinus et Georgia Julies — s’emparent de la scène, dansent à en perdre le souffle et font de leur corps, de leur énergie, de leur force intérieure un rempart à la barbarie. 

Prenant le temps d’installer son propos, quitte à laisser encore apparaître les coutures, de trouver le bon endroit pour, une nouvelle fois, dénoncer inégalités, racisme, sexisme et violences sexuelles, la chorégraphe sud-africaine finit par toucher juste et par faire de ses luttes une fête commune. C’est d’ailleurs debout, dansant et frappant en cadence des mains, que la salle salue la performance. Un peu de douce folie dans un monde de brutes ! 


…How in salts desert is it possible to blossom… de Robyn Orlin, Garage Dance Ensemble et uKhoiKhoi
Festival de Marseille
La Criée -Théâtre national de Marseille
30 Quai de Rive Neuve
13007 Marseille
jusqu’au 16 juin 2024

Tournée 
22 et 23 juin 2024 au Théâtre des 13 vents dans le cadre de Montpellier Danse
27 et 28 juin 2024 au Théâtre Garonne, Toulouse
 16 et 17 novembre 2024 au Romaeuropa festival 2024, Rome 

28 et 30 novembre 2024 à Chaillot, Théâtre national de la Danse dans le cadre du au Festival d’Automne-Paris 
4 et 5 décembre 2024 au Manège, Reims 

Conception de Robyn Orlin avec Garage Dance Ensemble et uKhoiKhoi
Avec 5 danseur·ses de la compagnie Garage Dance Ensemble – Byron Klassen, Faroll Coetzee, Crystal Finck, Esmé Marthinus, Georgia Julies
Musique originale de uKhoiKhoi – Yogin Sullaphen, Anelisa Stuurman
Costumes de Birgit Neppl
Direction technique – Thabo Walter
Vidéos d’Eric Perroys
Conception Lumière de Vito Walte

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