Le Malade imaginaire ou le silence de Molière d’après la pièce Le Malade imaginaire de Molière et le livre Il Silenzio di Molière de Giovanni Macchia © Philippe Chancel
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Le retour aux sources d’Arthur Nauzyciel

Des Amandiers à La Villette, Arthur Nauzyciel présente, 25 ans après sa création, sa première mise en scène, autour du Malade imaginaire.

Au TNB, dont il est le directeur, Arthur Nauzyciel remonte, plus de 25 ans après sa création, sa toute première mise en scène, où il réunit avec une belle habilité l’ultime pièce de Molière et la confession de sa fille Esprit-Madeleine Poquelin, imaginée par le dix-septièmiste italien Giovanni Macchia.

Arthur Nauzyciel sait ménager ses effets, installer une ambiance, donner le ton à sa vision d’une œuvre. C’est donc par le haut des gradins que l’on pénètre dans la salle, , au centre de laquelle, au milieu du public, se tient, sur une estrade noire, le fauteuil du maître. Rappelant bien évidemment celui où Molière trépassa, et qui est conservé dans une vitrine à la Comédie-Française, il est autant un trône, qu’un poste d’observation, qu’une mise en abîme de la tragi-comédie à venir. En s’emparant du Malade imaginaire, il y a 25 ans au Théâtre de Lorient, le directeur du TNB ne s’est pas contenté de monter un énième Molière, mais s’est appliqué avec une acuité et une sensibilité, qui depuis on fait sa marque de fabrique, à donner à la dernière œuvre du dramaturge français une dimension testamentaire. 

Les fantômes du passé 
Le Malade imaginaire ou le silence de Molière d’après la pièce Le Malade imaginaire de Molière et le livre Il Silenzio di Molière de Giovanni Macchia © Philippe Chancel
© Philippe Chancel

En recréant sa première mise en scène dans le même décor fait de fins panneaux amovibles de lin, rappelant quelques maisons traditionnelles japonaises, avec les mêmes lumières de Marie-Christine Soma, les mêmes costumes toujours aussi stylisés de Claude Chestier et de Pascale Robin, et avec une partie de la distribution originelle, Arthur Nauzyciel invoque les fantômes du passé pour mieux appréhender l’avenir. Se glissant dans la peau du docteur Diafiorus, rôle joué à l’époque par son père, depuis disparu, et invitant une partie des comédiens de la troupe sortante de l’école Du TNB à le rejoindre sur scène, il boucle un cycle et en ouvre un tout autre tourné définitivement vers l’avenir et une nouvelle génération d’artistes. Avec une certaine ironie et une belle clairvoyance sur l’œuvre de Molière, il convoque au plateau l’auteur, le comédien et le père qui à l’orée de sa mort, qu’il sent imminente, tente une dernière tentative de réconciliation avec lui-même et les siens. Ainsi, Argan se dédouble, son mal imaginaire, devient chez le dramaturge un poison, une gangrène qui le ronge. Face à lui sa fille, Esprit-Madeleine Poquelin, recluse par choix dans un convent, vient hanter son ultime repos en se libérant du poids qui pèse depuis son enfance sur son épaule, le dégoût du théâtre, l’incapacité à endosser le seul rôle de fillette qu’il a écrit pour elle et la blessure des pamphlets sur sa possible naissance incestueuse. 

Une œuvre au noir
Le Malade imaginaire ou le silence de Molière d’après la pièce Le Malade imaginaire de Molière et le livre Il Silenzio di Molière de Giovanni Macchia © Philippe Chancel

Définitivement tragique, ce Malade imaginaire ne laisse, qu’à de rares endroits,place à la pantomime. Ciselée dans une pierre de mélancolie et d’humeur noire, la mise en scène d’Arthur Nauzyciel met en miroir Molière et son double, les caricatures des personnages avec leurs égos. Bien que dirigés au cordeau, la jeune troupe a bien du mal, notamment dans la première partie du spectacle, à trouver ses marques face à un Laurent Poitrenaux tour à tour emphatique, tonitruant ou nostalgique, et une Catherine Vuillez toute en verve rageuse avant de sombrer dans des mimiques enfantines. Seule l’épatante Raphaëlle Rousseau brûle les planches. Grimaçante ou sérieuse, elle emporte le reste de la distribution dans son sillage, ainsi que l’adhésion du public, qui décontenancé par l’entrée en matière décalée, se laisse séduire par cette proposition surprenante dont on ne peut nier la puissance dramatique. Nauzyciel est définitivement un grand homme de théâtre. Comme tous il a des faiblesses, mais sait habilement en jouer pour signer une création à l’os et offrir une version sans pareil d’un classique mille fois montés. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Rennes

Le Malade imaginaire ou le silence de Molière d’après la pièce Le Malade imaginaire de Molière et le livre Il Silenzio di Molière de Giovanni Macchia 
Théâtre Nanterre-Amandiers – CDN 
7 Av. Pablo Picasso, 92000 Nanterre.
Du 26 janvier au 10 février 2024.
Durée 2h30 environ.

TNB – Théâtre National de Bretagne 
1 rue Saint-Hélier
35000 Rennes
Jusqu’au 16 mai 2023 
durée 2H30 environ

Tournée
Les 13 et 14 décembre 2023 au Foirail à Pau
Du 17 au 19 janvier 2024 à la Comédie de Reims – CDN 
Du 26 janvier au 10 Février 2024 au Théâtre Nanterre-Amandiers – CDN 
Le 21 février 2024 à la Maison de la Culture – Scène nationale à Bourges 
Les 13 et 14 mars 2024 à la Comédie de Caen – CDN de Normandie 
Du 3 au 5 avril 2024 Points Communs – Scène nationale – Cergy-Pontoise
Les 11 et 12 février 2024 au Bateau Feu – Scène nationale de Dunkerque 
Du 24 au 27 avril 2024 à La Villette – Paris 

Mise en scène et adaptation d’Arthur Nauzyciel assisté de Raphaël Haberberg et Théo Heugebaert 
Avec Hinda Abdelaoui, Aymen Bouchou, Valentin Clabault, Maxime Crochard, Arthur Nauzyciel, Laurent Poitrenaux, Arthur Rémi, Raphaëlle Rousseau, Salomé́ Scotto et Catherine Vuillez 
Scénographie de Claude Chestier 
Costumes de Claude Chestier et Pascale Robin 
Lumières de Marie-Christine Soma 
Création sonore de Xavier Jacquot 
Régie générale – Jean-Luc Briand 
Régie plateau – Quentin Viandier 
Régie son de Florent Dalmas

Régie lumière – Christophe Delarue 
Habillage – Charlotte Gillard 

Répétition lors de la résidence de création au TNB, août 2022 © Philippe Chancel 

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