Du sang neuf à Suresnes Cité Danse 

Carolyn Occelli - Suresnes Cité Danse © Arnaud Kehon

Au Théâtre de Suresnes Jean Vilar, Carolyn Occelli, nouvellement nommée à la direction du lieu, suit les traces de son prédécesseur Olivier Meyer, tout en apportant à la programmation sa propre patte, féminine, audacieuse et ancrée dans le temps présent. Pour cette 31e édition du célèbre festival de danse, elle fait le choix de mettre en avant l’hybridation des formes, des temps participatifs et de beaux moments festifs. 

Comment s’est passé la passation avec Olivier Meyer ? 

Carolyn Occelli : Dans la joie et la bonne humeur. Il y a trois ans, j’ai intégré l’équipe en tant que Secrétaire générale. Il y a eu avec Olivier, une vraie complicité qui s’est installée au fil du temps. Quand il a été question de son départ, c’est tout naturellement que j’ai postulé. Ma nomination à la tête du théâtre s’inscrit donc dans une continuité. Nous avons pu prendre le temps de préparer autant auprès des publics, des artistes que de l’équipe, son départ et mon arrivée dans la confiance et le respect mutuel. Il y a entre nous quelque chose de l’ordre de la filiation. C’est assez rare, pour le souligner. C’est une vraie chance. 

Dans le cadre du Festival Suresnes Cité Danse, comment reprend-on le flambeau, après trente éditions orchestrées par Olivier Meyer ? 
Affranchies d'Amelia Salle - Suresnes Cité danse - Edition 31 © Duy-Laurent-Tran

Carolyn Occelli : Je crois que, dans mon cas, la réponse est double. Il était important de faire évoluer la manifestation, de l’ancrer encore un peu plus dans le temps présent, dans le territoire, tout en conservant une continuité, un fil conducteur. Et en parallèle, il fallait aussi apporter de la nouveauté, apporter autre chose, que l’on ressente un peu ma patte, mon regard sur la danse. Ma grande chance, c’est que dès l’origine, le festival n’était pas que Hip Hop. C’est donc assez facile de poursuivre cette histoire tout en allant à la découverte de nouvelles hybridations autour des danses urbaines et des chorégraphies contemporaines. Cela a du sens quand on regarde la manière dont évolue ces dernières années l’art vivant, où les disciplines se conjuguent, s’entremêlent et souvent se métissent. La danse peut ainsi rencontrer le théâtre, le cirque mais aussi la magie nouvelle. En suivant cette direction, on peut, il me semble, poursuivre l’histoire du festival tout en offrant aux spectateurs et artistes de nouvelles perspectives. 

Quels sont les nouveaux axes que vous souhaitez prendre ? 
Leïla Ka © Kaita de Sagazan

Carolyn Occelli : L’idée n’est pas temps de prendre de nouveaux axes, mais bien d’en accentuer certains. La plupart des sujets, des thématiques qui me tiennent à cœur sont déjà présents, mais je trouvais important d’aller encore plus loin. J’ai fait notamment très attention à mettre en avant la partition des femmes chorégraphes et interprètes dans cette 31e édition. J’ai d’ailleurs fait le choix d’un week-end 100% féminin, au cours duquel, Leïla Ka présentera trois pièces courtes, deux solo et un duo dans la petite salle et Amelia Salle sa nouvelle création pour cinq interprètes, Affranchies, dans la grande salle. Après, j’ai voulu, comme je vous le disais, que le festival soit traversé par plus de transdisciplinarité. C’est dans ce cadre que j’ai proposé à Nicolas Sannier de jouer Home, un spectacle au croisement de la danse, du cirque et de la magie nouvelle, à Christina Towle de présenter Bounce Back, une œuvre qui puise dans la gestuelle du Basket comme source chorégraphique. Par ailleurs, je souhaitais que la manifestation soit festive et participative, qu’il est de vrais moments de partage, de joie. Je reste persuadée que le divertissement n’est pas qu’un sucre rapide, qu’il ait aussi riche d’une substance plus longue à digérer, plus nourrissante que ce que l’on pense. C’est notamment ce que je suis allée chercher avec Facéties de Christian et François Ben Aïm, une pièce à l’écriture ciselée tout en légèreté, gourmandise et drôlerie, avec Hasard de Pierre Rigal, mais aussi avec Portrait de Medhi Kerkouche qui ouvre le bal de cette 31e édition de Suresnes Cités Danse. En parallèle, je voulais aussi impulser une dimension collective. C’est pour cette raison que je co-organise, le 4 février, avec la compagnie Flies un battle et que, le lendemain, nous invitons grands-parents, parents et enfants sur le dancefloor pour une boom géante. L’important est de mettre en mouvement les spectateurs, de donner envie aux habitants du quartier, du territoire de venir partager des moments conviviaux et artistiques. La danse on la regarde, on la traverse, on l’effleure, on la vit.  

C’est nouveau cette volonté de faire que les festivaliers ne restent pas dans une posture attentiste, mais deviennent acteurs de la manifestation ? 

Carolyn Occelli : Quelques ateliers étaient déjà proposés, on intensifie juste le mouvement avec une dimension plus participative. 

Comment avez-vous pensé la programmation ? 

Carolyn Occelli : j’ai cherché un équilibre entre des artistes émergents et d’autres déjà bien repérés. Je crois que s’il est important de faire la part belle à la création, il est aussi nécessaire de faire vivre les répertoires des compagnies, de permettre aux œuvres de tourner et ainsi de ne pas être que dans la consommation rapide. Sur les onze pièces proposées, cinq sont des créations. Par ailleurs, quand j’ai réfléchi à la programmation, j’avais envie de présenter le travail d’une jeune chorégraphe et danseuse que j’estime, comme Leïla Ka, mais aussi l’œuvre de Pierre Rigal, qui a depuis longtemps ses habitudes à Suresnes. En conjuguant ainsi les styles, les formes, j’ai imaginé des parcours de spectateurs pour leur permettre à la fois de voir des artistes phares de la danse contemporaine comme de nouveaux talents. L’objectif est de développer ce principe sur les prochaines éditions. 

Vous ouvrez le festival avec la dernière création de Medhi Kerkouche… 
Portrait de Medhi Kerchouche - Suresnes Cité Danse © Julien Benhamou

Carolyn Occelli : Je suis très fière de ce choix. Mettre en avant le jeune directeur du CCN de Créteil, un enfant de Suresnes, dont la mère habite près du Stade et le père juste à côté du théâtre, au cœur de la Cité jardin, est une évidence. Son parcours est assez atypique, mais il a su s’imposer par son talent, sa volonté, sa pugnacité et sa gentillesse. C’est un bel exemple de réussite. Son ancrage local est un plus pour le festival. Dans le même esprit, la venue de Fouad Boussouf, tout nouveau directeur du Phare – CCN du Havre, avec deux de ses créations, Yës et Âmes, me semblait s’imposer, d’autant qu’il n’a jamais été programmé ici.  

Pour cette première édition que vous avez entièrement programmée qu’avez-vous voulu impulser ? 

Carolyn Occelli : un peu d’audace, un brin de fantaisie, un soupçon de métissage et beaucoup de créativité. J’ai aussi souhaité qu’un certain nombre de spectacles programmés aient leur première en Île-de-France, chez nous. C’est important pour montrer la vitalité du festival, son éclectisme, sa capacité à se renouveler, à évoluer, à prendre le pouls de l’art vivant, à être toujours en mouvement, à l’écoute des artistes et du public. 

Que peut-on vous souhaiter ? 

Carolyn Occelli : Une longue vie au festival. 

Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

31e édition du Festival Suresnes Cité Danse
du 6 janvier au 5 février 2023
Théâtre Jean Vilar
16 Place de Stalingrad
92150 Suresnes

Tout le programme est à consulter sur le site du théâtre

Crédit portrait © Arnaud Kehon
Crédit photos © Duy-Laurent-Tran, © Kaita de Sagazan

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