Olivier Meyer © Didier Plowy

Olivier Meyer fête les trente ans de Suresnes Cité Danse

Au théâtre Jean Vilar de Suresnes, c’est l’effervescence. Depuis quelques jours, l’établissement est en ordre de marche pour célébrer les trente ans du festival hip-hop, qui fait sa renommée à l’internationale. Rencontre avec son fondateur, le directeur du lieu, Olivier Meyer. 

Il y a 30 ans, vous lanciez Suresnes Cité Danse. Quel est votre regard sur ces trois décennies de création durant lesquelles vous n’avez cessé de défendre un style, le hip hop ? 

One Shot d' Ousmane Sy - Suresnes Cité Danse © Dan Aucante

Olivier Meyer : J’ai découvert ce courant dans une ville de la banlieue montpelliéraine. L’artiste new-yorkais, Doug Elkins, y présentait un travail avec des jeunes qui étaient incroyables. Leur fougue, leur vitalité et leur désir de partage m’ont fasciné. Je venais d’arriver à la direction du Théâtre Jean Vilar. J’avais l’envie d’innover, d’aller sur des terrains rarement explorés. Mais, voilà, quand j’ai commencé en 1993, il y avait peu de choses, peu de formes susceptibles, en tout cas en France, d’être présentées dans un théâtre. La plupart des artistes se produisaient dans la rue, hors les murs. Pour la première édition, je suis donc allé de l’autre côté de l’Atlantique, à New York. J’ai passé commandes à des artistes du Bronx notamment. C’était très rock, très inventif. Cela changeait de ce que l’on avait l’habitude de voir. Ce que je trouvais important, c’était de faire le lien entre les hip-hopeurs et le public, d’accompagner un mouvement émergent, de le faire connaître. Ça fait partie de nos missions en tant que directeur et programmateur. 

Rapidement, le festival s’est installé dans le temps comme une référence, comment expliquez-vous cela ? 

Olivier Meyer : Je crois que c’est une histoire de conviction, de volonté de ne surtout pas s’enfermer, de toujours tendre vers une évolution, vers une mixité des arts, des courants. Ainsi, très vite, nous avons fait le choix d’entremêler les styles, de faire s’associer hip-hopeurs et chorégraphes de la danse contemporaine. Les greffes ont pris. Le mélange des techniques, des musiques, s’est opéré avec beaucoup de fluidité.Les échanges réciproques et virtuoses, faits avec beaucoup de respect et d’écoute de part et d’autre, ont le plus souvent donné naissance à de nouvelles productions. 

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

 Symfonia Piesni Zalosnych de Kader Attou © Damien Bourletsis

Olivier Meyer : Déjà, je crois beaucoup au slogan qui sert d’accroche à Suresnes Cité Danse, « le meilleur de la danse des cités ». Nous avons tout fait pour que les nouvelles formes, les danses humaines puissent entrer dans le saint des saints de l’art vivant, qu’est le théâtre. Et c’est déjà beaucoup. Cela étant, je pense que ce que je trouve remarquable, c’est la capacité de tous les artistes que nous avons invités, depuis 30 ans maintenant, à se renouveler, à continuer encore et toujours d’explorer de nouvelles voies, de nouvelles écritures. C’est le cas de Blanca Li que nous avions soutenue en 1996 pour Macadam Macadam, pièce qui depuis a fait le tour de monde, et dont nous accueillons en février la dernière création, Casse-Noisette. Je pense aussi à Kader Attou ou Mourad Merzouki qui en 1994 étaient danseurs pour Jean-François Duroure. Ils en ont fait du chemin depuis. C’est aussi ça Suresnes cité danse, donner sa chance à de jeunes artistes, les soutenir, les voir grandir et obtenir une consécration internationale. C’est pour avoir la chance de ce type d’évolution fantastique que ce festival est important. 

Justement, en trente ans, comment voyez-vous l’évolution du Hip-Hop ? 

Massiwa de Salim Mzé Hamadi Mossig _ Suresnes Cité Danse © Dan Aucante

Olivier Meyer : nous avons vu le mouvement se créer pour devenir un élément, à part entière, de la danse contemporaine. Et je pense sincèrement, modestement, que Suresnes Cité Danse, a participé largement à faire reconnaître cette culture venue des cités comme un véritable art. Ce ne sont pas seulement des performances virtuoses et techniques, mais c’est aussi des propositions artistiques singulières, intéressantes, passionnantes. Clairement, l’’évolution, en trente ans, a été incroyable. Au fil des ans, nous avons vu le public se multiplier. L’intérêt des médias, des institutions a, lui aussi, grandi. Les gamins des cités sont devenus de formidables danseurs, de grands artistes et d’incroyables chorégraphes. 

Qu’est-ce que le hip-hop aujourd’hui ? 

Hip Hop Opening de Saïdo Lehlouh et Bouside Ait Atmane - Suresnes Cité Danse © Dan Aucante

Olivier Meyer : Un style, une forme, un mouvement artistique qui évolue et continue à se renouveler sans pour autant perdre son identité. C’est très difficile d’en définir les contours tant il est divers et varié. La vraie question n’est pas tant ce que c’est aujourd’hui que comment vivre de cet art ? on le sait si on n’est pas programmé, si on n’a pas la reconnaissance du public, de ses pairs et des institutions, c’est très difficile. Avec la multiplication des offres, des propositions, comment se distinguer, comment montrer ce dont on est capable ? Le talent étant rare, c’est à nous directeur, programmateur, diffuseur de découvrir des pépites, de les mettre dans la lumière, de croire qu’il est toujours possible d’aller vers des choses différentes, innovantes, en dehors des sentiers battus. 

Et comment programme-t-on justement les trente ans d’un festival comme Suresnes Cité danse ? 

Siguifin d'Amala Dianor - Suresnes Cité Danse © Anne Vorey

Olivier Meyer : Bien évidemment, au début, j’avais cette folle envie de faire un grand gâteau d’anniversaire. Puis, nous avons travaillé pour tenir une programmation sur six semaines, nous avons envisagé un parcours au cœur du hip-hop d’hier, d’aujourd’hui et de demain. L’important, c’est que nous avons toujours fait en sorte que le festival soit un lieu de production. En tout, cette année, nous avons augmenté la donne avec pas moins de neuf productions, dont deux sont de grandes commandes. Nous avons commencé le 7 janvier avec la création du duo, Saïdo Lehlouh et Bouside Ait AtmaneHip Hop Opening, et nous clôturerons les festivités le 13 février avec Casse-Noisette de Blanca Li. Pour les autres pièces que nous avons suivi notre instinct. Nous sommes fidèles à Suresnes Cité danse. Ainsi nous présentons Siguifin, un travail coordonné par Amala DianorIneffable de Jann GaloisLes yeux fermés… de Mickaël Le MerOne Shot du regretté Ousmane Syqui fut créée l’an passé à huis-clos, ou encore Symfonia Piesni Zalosnych de Kader Attou. En parallèle de cela, nous avons continué à dénicher de nouveaux talents, que nous sommes heureux de présenter à un public de plus en plus aguerri et exigeant. 

Que peut-on vous souhaiter pour les trente prochaines années ? 

INEFFABLE de Jann Galois - Suresnes Cité Danse  ©Gaelle Astier-Perret

Olivier Meyer : De continuer à être curieux, de ne jamais renoncer à découvrir de nouvelles formes, de nouveaux artistes, de ne pas m’enfermer dans un style, une étiquette. L’important est que l’énergie, l’audace et la générosité qui ont fait l’identité du festival se perpétuent à travers les artistes, les spectateurs et la programmation. Nous devons poursuivre ce goût du partage, de l’échange, de la nouveauté. Après, je pense qu’il y aura un temps où je passerai la main à une autre direction. Et c’est très bien ainsi.

Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Suresne Cité Danse, 30 ans en mouvements
Théâtre Jean Vilar
16, place Stalingrad
92150 Suresnes

Jusqu’au 13 février 2022

Crédit photos © Didier Plowy, © Dan Aucante, © Damien Bourletsis, © Anne Vorey et ©Gaelle Astier-Perret

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