Smile, une œuvre en noir et blanc brillante comme un soleil

Smile © Jérémy Nebot

S’inspirant de Charlie Chaplin, Nicolas Nebot et Dan Menasche signent avec Smile une fable sentimentale des plus délicates sur la création artistique. Sa grande originalité ? Elle est présentée en noir et blanc. L’effet est prodigieux.

On ne l’aura jamais imaginé, mais ils l’ont fait ! Un spectacle en noir et blanc, ou pour être plus juste, dans les tons sépia des vieux films muets et des photos d’antan. Techniquement, c’est admirablement bien fait. Tout est une affaire de maquillage, de costumes (Marie Crédou) et du jeu de lumières (signé du grand Laurent Béal). Mais il serait dommage de ne s’arrêter qu’à cette prouesse technique. Ce spectacle possède d’autres qualités. Car pour que la forme ait du sens, il faut qu’il y ait du fond !

« Smile though your heart is aching »
Smile © Jérémy Nebot

L’action se passe en 1910, à Londres, dans le West End, quartier des théâtres. Une jeune artiste de music-hall a rendez-vous au Mitz, qui, à une lettre près, aurait pu être le Ritz ! La demoiselle attend fébrilement la vedette montante de la troupe, qui lui plaît beaucoup. Celui-ci arrive en retard et en chaussettes ! Maladroit et timide, le jeune homme n’arrive pas à exprimer ses sentiments. Tous les deux comptent sur l’aide du charmant et enjoué barman pour arriver à faire avancer les choses. Cette soirée pas comme les autres va changer leur vie, et même l’histoire.

Nicolas Nebot et Dan Menasche ont imaginé une histoire qui, bien que n’ayant jamais eu lieu, semble véridique. Le jeune homme n’est autre que Charles Spencer Chaplin. L’artiste appartient depuis deux ans à la troupe de comiques de Fred Karno. Il est déjà considéré comme « l’un des meilleurs artistes de pantomimes jamais vus ». En septembre 1910, il s’apprête à partir pour les États-Unis avec la troupe. Mais avant, il veut enfin avouer sa flamme à cette jeune fille qui fait battre son cœur. Pour lui dire sans mots ce qu’il ressent, il improvise les premières notes de ce qui deviendra Smile, ébauche la silhouette du vagabond moustachu au chapeau melon. Acceptera-t-elle ses avances ? Partira-t-elle avec lui ? Est-ce que Chaplin serait devenu Charlot si le cours des choses avait pris une autre voie ?

Les feux de la rampe

Les auteurs ont traité, cette aventure en nous proposant de voir comment ces trois personnages ont vécu cette soirée. Ce qui donne trois fois la même scène, mais vue sous des angles différents. À chaque tableau, le décor bouge la montrant ainsi autrement ! Certains passages sont même passés en accéléré. Cela pourrait sembler rébarbatif, or, il n’en est rien. Ces trois versions permettent finalement de n’en voir qu’une. C’est fort bien construit. Et vous saurez pourquoi, finalement, Charlie est arrivé en chaussettes !

Puis, les lumières basculent dans les tons du technicolor. Nous venons de faire un saut dans le temps. La nostalgie étant ce qu’elle doit être, l’immense Chaplin revient au Mitz. Le barman est toujours là. Mais pas elle ! Pourtant, son souvenir est, lui, bien présent. Chacun a suivi sa destinée. Pour l’un, ce fut la gloire, pour le second, la routine et pour elle, une toute autre histoire. Ainsi est faite la vie.

Smile © Jérémy Nebot
Comme si on y était

Dans ce bel écrin qu’est la scène de la Nouvelle Ève, sous l’envoûtante mélodie de Smile, la mise en scène de Nicolas Nebot est formidable d’inventivité. L’imagerie mise en place fonctionne. Le récit est limpide. On comprend les enjeux et les personnalités de chacun des personnages. Quelle bonne idée d’avoir installé le spectacle dans ce charmant cabaret : c’est comme si nous étions nous aussi des clients du Mitz !

C’est certain, on attend au tournant le comédien qui doit incarner Charlie Chaplin. La prestation d’Alexandre Faitrouni nous a captivés, bouleversés et transportés. Cet artiste remarquable nous avait déjà ému aux larmes dans Nos années parallèles de Stéphane Corbin, séduit dans 31 de Gaétan Borg et Stéphane Laporte et amusé dans Love Circus de Stéphane Jarry. Dans un jeu des plus précis, il esquisse la silhouette, la timidité, les maladresses et la créativité débordante de celui que l’on considère aujourd’hui comme un génie.

Dans le rôle de la jeune actrice, la pétillante Pauline Bression, découverte dans Histoire d’amour de Michalik, est à croquer ! La comédienne possède la grâce et la classe d’une Virginia Cherill (Les lumières de la ville) ou d’une Paulette Godard (Les temps modernes). Ses éclats de rire, comme le sourire qui éclaire son visage, sont des plus délicieux. Dan Menasche (Mamma mia!, Chance!, Dirty Dancing) est extrêmement touchant dans le rôle du barman, celui qui a rêvé de devenir artiste et qui restera derrière son comptoir. On sort du spectacle le sourire aux lèvres. Bravo !

Marie-Céline Nivière

Smile de Nicolas Nebot et Dan Menasche
La Nouvelle Ève
25, rue Pierre Fontaine
75009 Paris.

Jusqu’au 2 avril 2023.
Du jeudi au samedi à 19h30 (à partir du 26 janvier suppl. le dimanche à 15h30 ou 19h30), relâche du 24 décembre au 17 janvier.

Durée 1h15.

Mise en scène et scénographie de Nicolas Nebot
assisté de Mahdi Garrigues et Kevin Kerivel.
Avec Pauline Bression, Dan Menasche, Alexandre Faitrouni (en alternance avec Grant Lawrens).
Musique de Dominique Mattei.
Lumière de Laurent Béal.
Costumes de Marie Crédou.

Crédit photos © Jérémy Nebot

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