Raphaëlle Boitel féérise le clair-obscur

La chute des anges de Raphaëlle Boitel © Marina Letvitskaya

Au Théâtre du Rond-Point, pour les fêtes de fin d’année, la chorégraphe circassienne invite avec La Chute des anges, à une balade poétique et cinématographique entre ciel et terre. 

Noir dans la salle, noir sur scène. Pas un bruit, pas un souffle ne viennent interrompre un silence assourdissant. De temps à autre, un faisceau lumineux balaye le plateau, en scrute les moindres recoins. L’ombre chinoises d’un homme, exécutant quelques pantomimes, une gestuelle très saccadée, se dessine. Maîtrisant jusqu’au vertige le clair-obscur, Raphaëlle Boitel plonge le spectateur dans une sorte de transe entre clarté flamboyante et sombres ténèbres. Hybridant les formes, conjuguant les arts vivants, elle affirme un style traversé par tout un bréviaire qui emprunte autant au cirque, au théâtre qu’à la danse. 

Anges en suspension
La chute des anges de Raphaëlle Boitel © Marina Letvitskaya

De cour, de jardin, des spots éclairent l’espace scénique. Hommes et femmes sans tête, pardessus noirs accrochés à des cintres virevoltants, se tortillent, se trémoussent au son enveloppant d’une musique dont le tempo va crescendo. Danses de Saint-Guy, frénésies du mouvement, les corps accélèrent la cadence jusqu’à l’épuisement. Fin de partie, le noir et le silence emportent tout. Seule, agenouillée, une jeune femme résiste. Cri intérieur, visage déformé, la rage au ventre, elle refuse de sombrer dans l’obscurité, l’oubli. Jouant des rythmiques et s’appuyant sur les magnifiques lumières de Tristan BaudoinRaphaëlle Boitel multiplie les tableaux, passe d’agrès ancrés dans le sol à d’autres volants dans les airs. Parfois, la machine s’emballe, perd le spectateur dans quelques brumes nébuleuses, quelques itérations en quête de sens, mais toujours la beauté du geste, la virtuosité de l’écriture, la beauté plastique de l’ensemble l’emporte en un songe d’une nuit entre paradis et enfer. 

Poésie cinématographique 
La chute des anges de Raphaëlle Boitel © Marina Letvitskaya

De ses années passées aux côtés d’Annie Fratellini et de James Thierrée, la chorégraphe circassienne a gardé le goût de la discipline, de l’art de faire spectacle, de faire poésie avec les corps. S’inspirant du Caravage, de ses fameux clairs-obscurs, de l’outrenoir lumineux de Soulages, elle esquisse des images faites de sensations, d’émotions plus qu’elle ne conte une histoire. Refusant les cases, l’artiste pluridisciplinaire signe une œuvre très cinématographique, où les travellings en noir et blanc succèdent aux plans fixes, suspendus. Avec ingéniosité et maestria, elle emporte ses sept interprètes – Alba FaivreClara HenryLoïc LevielEmily ZuckermanTristan BaudoinNicolas LourdelleLilou Hérin en alternance avec Sonia Laroze – , tous excellents, dans un monde de rêve, une dystopie noire transcendée par des éclats lumineux, incandescents, porteurs d’espoir !

Avec La chute des anges, Raphaëlle Boitel clôt magnifiquement l’ère Jean-Michel Ribes au Rond-Point. Pourquoi se priver, lyrisme et rêverie vous feront quitter 2022 en douceur porteurs de belles promesses pour l’année à venir. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore 

La Chute des anges de Raphaëlle Boitel
Théâtre du Rond-Point 
2bis av Franklin D. Roosevelt
75008 Paris

Jusqu’au 31 décembre 2022
durée 1h10

Mise en scène et chorégraphie de Raphaëlle Boitel
Collaboration artistique, scénographie et lumières – Tristan Baudoin
Avec Alba Faivre, Clara Henry, Loïc Leviel, Emily Zuckerman, Tristan Baudoin, Nicolas Lourdelle, Lilou Hérin en alternance avec Sonia Laroze
Plateau, machinerie, complice à la scénographie – Nicolas Lourdelle
Musique originale, régisseur son et lumières d’Arthur Bison
Costumes de Lilou Hérin

Crédit photos © Marina Leviteskaya

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.