Retour à la mer 

Je venais voir la mer de Nicolas Girard-Michelotti - Mise en scène de Nicolas Petisoff - Hervé Rey © Pauline Le Goff

Aux Plateaux Sauvages, Hervé Rey, seul en scène, se glisse dans la peau d’un quidam, un homme quelconque, qui un soir de pluie, revient dans une ville de bord de mer. Esseulé, trempé, frigorifié, il cherche un refuge, un endroit pour se sécher, sonne à la première porte venue, pour attendre la fin de l’ondée. Depuis le seuil de la maison, où il s’est mis à l’abri, il tente d’initier un dialogue avec la femme qui y habite, de nouer un lien. Derrière la banalité des paroles qu’il essaye d’échanger avec elle se cache une autre vérité, un autre récit. Ces deux-là semblent se connaître, une histoire les unit, mais un événement les a depuis longtemps éloigné. Les mots coulent, roulent, butent aux non-dits. Les phrases courent, volent, mais souvent restent en suspens faute de réponse. L’ondée ne s’arrête pas, le jeu de cache-cache est terminé. La vérité doit éclater.

Initié par le comédien Hervé Rey, ce projet, singulier à plein d’égard, que ce soit par le sujet abordé, par la force du texte ou l’épurée mise en espace, se nourrit de chemins de vie qui se croisent, de confrontation avec une violence intrinsèque dans le fait d’être un homme dans nos sociétés. D’un côté, il y a la rencontre avec le jeune et talentueux Nicolas Girard-Michelotti, dont on avait déjà apprécié la plume dans la présentation de la maquette au Grand Parquet, de sa pièce, Barbie sur le récif. De l’autre, il y a celle avec Nicolas Petisoff, révélé en 2019 par son poignant seul-en-scène autobiographique, Parpaing. De cette émulation est né, dans le cadre des lectures mises en ligne par le Théâtre du Lucernaire en mars et avril 2020, un court texte plein de promesses, qui, suite à deux semaines de résidence aux Plateaux Sauvages, a pu s’étoffer, grandir et donner vie à une œuvre troublante, humaine, qui tente de rebattre les cartes d’une autre masculinité. 

Construit comme un monologue aux apparences anodines, un jeu de pistes où s’entremêlent passé et présent, Je venais voir la mer invite à suivre les méandres du parcours initiatique d’un homme en proie aux doutes, au peur de ne pas être à la hauteur du rôle qu’on lui a assigné depuis la naissance, de mâle viril, cherchant dans ses errances, sa propre identité. Habitée avec une belle humanité par la présence lumineuse d’Hervé Rey que souligne la mise en scène au cordeau de Nicolas Petisoff, la plume précise, saccadée, viscérale de Nicolas Girard-Michelotti éclate en mille morceaux et révèle sa complexité poétique sur scène. Une révélation !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore 

Je venais voir la mer de Nicolas Girard-Michelotti
Les Plateaux Sauvages
5 rue des Plâtrières
75020 Paris
Jusqu’au 19 novembre 2022
Durée 1h10 environ

Mise en scène et conception scénographique de Nicolas Petisoff
Création vidéo de Victor-Hadrien
Création musicale et sonore de John M. Warts
Création lumière de Pierre-Émile Soulié
Dispositif scénographique et construction de François Aubry dit Moustache assisté de Félix Lhomann

Crédit photos © Pauline Le Goff

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