En « queer » d’identité

A l’occasion du Festival Art & Déchirure du CDN de Rouen-Normandie, Nicolas Petisoff raconte sa jeunesse rock’n roll, les aléas de son existence d’enfant adopté, la découverte de son homosexualité dans un spectacle intime et percutant. Dépassant les clichés, réparant ses fêlures, il se livre avec générosité et touche juste. 

Casquette vissée sur la tête, Nicolas Petisoff déambule sur scène. Son regard dans le vague s’arrête parfois sur une silhouette, celle d’un homme, d’une femme qui s’installe. Jamais, il ne s’attarde. Toujours en mouvement, il ne sait pas rester en place. Derrière lui défilent les images d’un petit garçon filmé en super 8. Une voix off les commente. Attendri, ému, Nicolas Petisoff, s’assoie sur un tabouret, racle sa gorge et de sa voix douce entame son récit. 

Enfant turbulent, il a grandi dans la banlieue de Limoges, élevé par une mère un brin neurasthénique et un père alcoolique. Très tôt, il se sent différent comme s’il ne faisait pas partie du tableau initial, comme s’il avait été adopté. Conforté par des bribes d’information entendu çà-et-là, il s’invente d’autres parents. Pourquoi ne serait-il pas l’enfant caché d’un tsar russe ? La vérité est tout autre, moins fantastique, plus banale, plus trivial. 

Entre les crises du paternel, sa violence, le petit Nicolas pousse. Il devient un adolescent rebelle. Il découvre son amour pour les garçons dans les pages lingerie pour hommes de La Redoute. Il boit, fume, se drogue. Il s’éloigne mais revient toujours. Quelles que soient ses origines, il est le fils de la famille. Il soutient sa mère, aide son père à se sevrer. Tout semble s’arranger, même l’adoption, secret de polichinelle, trop longtemps tue, n’est plus un problème. L’homosexualité passe mal, mais après tout on l’a voulu. L’amoureux est gentil, on l’accepte.

Avec une belle émotion, Nicolas Petisoff se met à nu. Il ne cache rien de ses dérives, de ses blessures. De Limoges à Rennes, en passant par Toulouse, il se construit, s’assume, se libère de ses fantômes. L’écriture est simple, le style sobre, vivant. Avec sa bouille ronde, ses yeux séducteurs, il attrape le public, l’entraîne avec lui sur le chemin de la résilience, de l’acceptation de soi. 

Accompagné sur scène par le musicien Guillaume Bertrand, qui signe la bande son, juché sur une estrade rappelant les parpaings, avec lesquels il construit son identité, le carrelage du pavillon de banlieue où il fait ses premiers pas, Nicolas Petisoff croque la vie à pleines dents et fait vibrer intensément cette confession intime, cet hymne à la tolérance. 

Guidé par le regard amical et tendre d’Emmanuelle Hiron, la complicité de Denis Malard, le comédien s’affranchit de son texte et révèle avec émotion sa part d’humanité, de générosité. Chapeau l’artiste pour cette attendrissant leçon d’amour. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Rouen


Parpaing de Nicolas Petisoff
Festival Art & Déchirure
CDN de Rouen-Normandie
Espace Marc Sangnier
1 Rue Nicolas Poussin
76130 Mont-Saint-Aignan
Jusqu’au 21 novembre 2019
Durée 1h00 environ 

Tournée 
Le 31 mars 2020 au DSN Dieppe – Scène nationale 
Les 1er & 2 avril 2020 au Festival Mythos, Rennes 
Juillet 2020 au Festival Off, Avignon 

Mise en scène de Nicolas Petisoff
avec Nicolas Petisoff
collaboration artistique, régie son, régise lumière de Denis Malard
Musique de Guillaume Bertrand
direction d’acteur d’Emmanuelle Hiron
construction scénographie de François Aubry
conseil en écriture de Ronan Chéneau

Crédit photos © Pierre Bellec

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