Lalalangue, le chant d’espoir d’un vilain petit canard

Lalalangue © Antoine Agoudjian

Frédérique Voruz est issue de la troupe du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine. En bon enfant du Soleil, suivant les pas de l’aîné Philippe Caubère, la comédienne a décidé de faire une thérapie scénique. Lalalangue, prenez et mangez-en tous raconte une histoire familiale. Celle qui peut détruire mais qui de toutes les manières façonne. Il suffit de savoir faire avec ou de s’en sortir du mieux qu’on peut.

Pour le psychiatre Jacque Lacan, la « lalangue » est un néologisme qui recoupe le champ lexical du dictionnaire familial et de ses traumas. Il le relie même à la langue maternelle, celle de notre origine, à savoir la mère. Et celle de la petite Frédérique est pire que la Folcoche d’Hervé Bazin ! Voruz n’est pas dans le règlement de compte, mais dans la compréhension, celle qu’il faut pour se reconstruire.

Marie-Madeleine rêvait d’escalader des montagnes ! Sa première grimpette sera sa dernière ! Une chute fatale, que son époux, en mauvais premier de cordée, n’a pas rattrapée. La jeune fille y perd une jambe et les jumeaux qu’elle attendait. Sur son lit d’hôpital, elle se promet de se venger sur tous les enfants à venir. Ils seront huit et l’ogresse a tenu sa parole. Surtout avec ses filles ! Pourtant, on saisit bien que cette femme n’a pas été seulement amputée d’une jambe. Que depuis sa naissance, elle a été mutilée par une mère mal aimante. C’est édifiant !

Mise en scène par Simon Abkarian, avec précision et de très bonnes idées, Frédérique Voruz livre ce que Mnouchkine nomme une « confession héroïque ». Jouant sur le registre du grotesque, quand elle aborde sa mère, son père et sa psy, prenant des accents plus subtils lorsqu’il est question de la gamine qu’elle a été, la comédienne nous fait passer de la stupéfaction aux éclats de rire. On attend avec impatience, le second volet, Le grand jour, où il sera question de l’enterrement de sa mère. Pour ce spectacle, qui n’est plus un seul en scène, elle a obtenu le Prix théâtre 13, jeunes metteurs en scène 2022. Il sera présenté au Théâtre du Soleil à partir du 15 février 2023.

Marie-Céline Nivière

Lalalangue, prenez et mangez-en tous, écrit et interprété par Frédérique Voruz.
Théâtre du Rond-Point.
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt
75008 Paris.
Du 8 au 27 novembre 2022.
Du mardi au samedi à 20h30, dimanche 15h30, relâche le 11 novembre.
Durée 1h20.

Mise en scène de Simon Abkarian.
Conseil artistique de Franck Pendino.
Création lumières de Geoffroy Adragna.
Création son de Thérèse Spirli.

Livre édité par Harper Collins France.

Crédit photo © Antoine Agoudjian

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