L’idée géniale de Sébastien Castro va cartonner

Une idée génial de Sébastien Castro ©Emilie Brouchon

Avec sa première pièce, J’ai envie de toi, le comédien Sébastien Castro nous avait emballés. Sa deuxième, L’idée géniale, prouve qu’aujourd’hui nous pouvons clamer haut et fort qu’un grand auteur de théâtre de boulevard est né.

Qu’est-ce qu’une idée géniale ? A priori quelque chose qui devrait permettre de réussir et changer la face du monde. Celle qui germe dans la tête d’Arnaud est plutôt tordue. Et c’est tant mieux. Lors de la visite d’un appartement, ce professeur de français a l’intuition que sa compagne a craqué pour Cédric, l’agent immobilier. Il soupçonne même un début de liaison. Voici la base très classique de la pièce. L’adultère ! Il lui faut récupérer son bien. Comment faire ? Il trouve la solution dans le RER où il croise le sosie du putatif amant. Son idée lumineuse est de se servir de Thomas pour se débarrasser de l’autre. En théorie, son piège est parfait, mais dans la pratique cela ne va pas l’être du tout. Les quiproquos et les rebondissements vont se déchaîner !

Jeu de miroir et de chausses trappes
Une idée géniale de Sébastien Castro. © Émilie Brouchon

L’idée des sosies est une trouvaille, pas nouvelle soit, mais toujours excellente. Comme dans le film de Pierre Tchernia avec Michel Serrault, La Gueule de l’autre, Castro joue sur les différences de caractère. Car oui, on a tous quelqu’un qui nous ressemble quelque part, mais ce n’est qu’une histoire de physique ! Thomas et Cédric sont aux antipodes ! Le premier est un loser naïf, cousin peu éloigné de cet Emmerdeur de François Pignon, héros cher à Francis Veber. Le second est un séducteur à qui tout réussit. Pour corser l’affaire, l’auteur a rajouté un troisième, Jules, plombier de son état et jumeau de Thomas. La comédie diaboliquement bien troussée est en place et, attention, la tête va vous tourner !

Un pour trois

Sébastien Castro est, bien sûr, impayable dans ces trois personnages. Avec ses airs à la Droopy, Thomas est son double. Le comédien excellent dans ce registre des andouilles sympathiques. Il est tout aussi bon en Jules, le gars bien terre-à-terre. Il est surprenant dans le personnage de Cédric. Montrant ainsi que sa palette de jeu ne se réduit pas aux emplois dans lesquels on le cantonne. Avec grand talent, l’acteur passe de l’un à l’autre avec la dextérité d’un Arturo Brachetti ! Entre deux grands éclats de rire sa prestation nous a laissés baba d’admiration !

La précision Suisse
Une idée géniale de Sébastien Castro. © Émilie Brouchon

Pour que tout cela fonctionne, il faut que la mise en scène soit réglée comme une pendule. On peut compter sur le savoir-faire de ces deux horlogers de grande précision que sont José Paul (J’ai envie de toi, Time Square, Berlin-Berlin…) et Agnès Boury (Créatures, La presse est unanime, Le fils du comique…) ! De vieux complices qui ont si souvent œuvrer ensemble (Jacques a dit, La Sainte-Catherine…). S’appuyant sur le décor ingénieux de Jean Hass et les lumières de Laurent Béal, ils ont concocté une machine infernale. Tous les ressorts du bon boulevard sont remontés à bloc. C’est un véritable tourbillon, avec de beaux claquements de porte et des effets de surprise. On n’a pas le temps de reprendre notre souffle ! Quant à leur direction d’acteur, elle est tout aussi redoutable. D’autant qu’ils se sont distribués dans deux rôles.

Piège mortel

José Paul est impayable dans le personnage d’Arnaud, cet homme d’une mauvaise foi sans nom, qui n’a rien de sympathique et pourtant pour lequel nous éprouvons de l’empathie. On songe à Jean Poiret qui excellait dans ce répertoire. Nous nous sommes régalés à le regarder se prendre les pieds dans ces filets ! Plus il s’embourbe et plus on s’amuse. Agnès Boury en voisine envahissante et totalement à côté de la plaque est hilarante. Chacune de ses apparitions est attendue. Celle en robe de deuil (ouvrage de la costumière Juliette Chanaud) produit son effet. Dans le personnage de la belle Marion, qui comprend vite la situation et s’amuse à voir s’enfoncer l’homme de sa vie, Laurence Porteil est comme toujours impeccable d’humanité et de légèreté. Quand le théâtre de boulevard atteint ce niveau d’excellence, on ne boude pas son plaisir et on y court !

Marie-Céline Nivière

Une idée géniale de Sébastien Castro.
Théâtre Michel
38, rue des Mathurins
75008 Paris.
Du 19 août au 31 décembre 2022.
Du mardi au samedi à 21h, samedi et dimanche à 16h30.
Durée 1h30.

Mise en scène de José Paul et Agnès Boury,
assisté par Guillaume Rubeaud.
Avec Sébastien Castro, José Paul, Laurence Porteil, Agnès Boury.
Décor de Jean Hass.
Lumières de Laurent Béal.

Costumes de Juliette Chanaud.

Crédit photos © Emilie Brouchon

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