Robyn Orlin rend hommage aux Rickshaws de Durban dans une danse arc-en-ciel explosive

We wear our wheels with pride… de Robyn Orlin © Jérôme Séron

Dans le cadre du festival Montpellier Danse, la chorégraphe sud-africaine présente deux de ses œuvres emblématiques de son écriture traversée par une dimension politique et engagée. D’un côté, elle remet au goût du jour, un solo, créé en 1994, sur les sans-abris new-yorkais, de l’autre, elle rend hommage aux conducteurs de rickshaws de son enfance, qui ne dépassent que rarement les 35 ans. 

Curieuse, attentive aux autres, au monde qui l’entoure, Robin Orlyn, n’est jamais loin. Toujours discrète, on peut la croiser dans un coin du foyer, sur le parvis du théâtre. Encore faut-il être fin observateur. Souriante, chaleureuse, Heureuse de rencontrer les gens, de saisir un peu de leur histoire, d’écouter, elle fait partie de ces grands artistes souriants, chaleureux, tout simplement humains. Elle est dans la vie comme dans son travail. S’inspirant de ce qu’elle voit de nos sociétés, elle imagine des œuvres fortes, qui derrière les couleurs vives, les atmosphères festives, dénoncent les errances de nos sociétés, les manquements. Mettant à l’honneur dans des shows explosifs, ou plus intimes, les oubliés, ce que l’on ne veut pas voir, elle lutte à sa manière, donne la parole aux invisibles, à ceux qui sont à la marge des normes. 

Danse de Carton 
In a corner the sky surrenders…, un projet de Robyn Orlin © Lucia Ianelli pour Montpellier Danse

En 1994, marquée par le bal quotidien des cartons que s’échange les SDF new-Yorkais au coin des rues, Robyn Orlin imagine un solo qui s’articule autour d’un immense emballage pour frigo devenu maison, lieu de vie, de partage. Remisée un temps, jamais présentée en Europe, la pièce rejoint le dense répertoire de la chorégraphe. La crise sanitaire et économique va changer la donne. Devant l’augmentation des inégalités, les images de la pauvreté de plus en plus prégnantes, elle se décide à reprendre cette performance et à en confier l’interprétation à Nadia Beugré. Gestes minimalistes, présence irradiante dans sa tenue d’or, de lumière, la danseuse et chorégraphe ivoirienne donne vie aux exclus dans un show tout en extravagance retenue. Bien que le propos sous-jacent, évoqué en filigrane, gagnerait à une écriture plus resserrée, une grammaire plus soutenue, il n’en reste pas moins, une évidence : le monde a changé, on ne peut plus fermer les yeux, une aire de solidarité doit voir le jour. 

Des forçats du quotidien 
We wear our wheels with pride… de Robyn Orlin © Jérôme Séron

À l’Opéra comédie, c’est une toute autre ambiance qui attend les festivaliers. Continuant à explorer son pays natal, ses coutumes, sa réalité difficile autant que complexe, les conséquences toujours prégnantes de l’Arpartheid, Robyn Orlin nous entraîne dans le Durban d de son enfance à la rencontre des chauffeurs de rickshaws. Rivalisant d’ingéniosité pour décorer leur engin, leur coiffe, ils arpentaient les rues, semblaient voler dans les airs. Mi-démons, mi-anges, ils laissaient dans le sillage des trainées de couleurs, de lumières. Mais comme toujours, chez la chorégraphe, il y a des failles dans le beau, l’explosion de sons, de mouvements, dans la riche palette de teintes. Ici, ce sont leurs conditions de travail qu’elle dénonce, leur incapacité à vivre au-delà de 35 ans, tant leurs corps sont fatigués, usés. 

Un peu d’Afrique du Sud à Montpellier

Pour donner vie à ces hommes, ces femmes que souvent le client ne voit pas, elle a fait appel aux jeunes danseurs de Moving Into Dance Mophatong et à la divine chanteuse Anelisa Stuurman. En un rien de temps, avec ce qu’il faut de technologies, vidéos, images surimprimées servant de fond de scène, ils captent l’attention du public, l’invitent à un voyage immobile vers un ailleurs, où la vie est joyeuse, bien qu’harassante, où la mort est présente, mais pas funeste. Sorte de comédie musicale version zulu, We wear our wheels with pride… est un beau moment de partage, une ouverture troublante sur une autre culture, une autre réalité. Lumineuse, survoltée autant que ténébreuse, la partition que signe Robyn Orlin se termine en bœuf. La salle debout chante et frappe des mains au diapason des jeunes artistes que Montpellier Danse, désespérait d’accueillir depuis trois ans. Clairement, le rendez-vous, longtemps repoussé en raison du covid, valait la peine d’attendre !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Montpellier

Festival de Montpellier Danse

In a corner the sky surrenders…, un projet de Robyn Orlin, créé en 1994 et repris en 2022
Théâtre des 13 vents – Grammont
2733C Avenue Albert Einstein, 
34000 Montpellier
Durée 1h00 

Reprise 
9 au 12 novembre 2022, Chaillot – Théâtre National de la Danse, Paris, France 

Avec Nadia Beugré
Costumes de Birgit Neppl
Reconstruction du décor – Annie Tolleter
Directrice technique – Beatriz Kaysel Velasco e Cruz
Musique live et son de Cedrik Fermont
Lumières de Romain de Lagarde

We wear our wheels with pride… de Robyn Orlin 
Opéra Comédie
Place de la Comédie 
34000 Montpellier 
durée 1h00

Tournée
20 au 21 août 2022, Tanz Im August, Berlin, Allemagne
5 au 6 novembre 2022, Roma Europa, Rome, Italie 
9 au 12 novembre 2022, Chaillot – Théâtre National de la Danse, Paris, France
15 novembre 2022, Le Volcan, Le Havre, France
18 novembre 2022, Kinneksbond, Mamer, Luxembourg
22 au 24 novembre 2022, TNB, Rennes, France
28 novembre au 4 décembre 2022, Théâtre Garonne, Toulouse, France 

Avec les danseurs de Moving Into Dance Mophatong : Sunnyboy Motau, Oscar Buthelezi, Eugene Mashiane, Lesego Dihemo, Sbusiso Gumede et Teboho Letele 
Vidéo d’Eric Perroys
Costumes de Birgit Neppl 
Lumière de Romain de Lagarde 
Musique originale d’UkhoiKhoi avec Yogin Sullaphen et Anelisa Stuurman

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