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Un cocu magnifique à la Huchette

En plein quartier latin, à quelques encablures du Marais, de ses beaux hôtels particuliers du XVIIe siècle, Étienne Launay insuffle la vie au Montespan, plus célèbre cornu de France. Adaptant à la scène, avec la complicité de Salomé Villiers, le roman de Jean Teulé, il signe le récit fou d’un amour blessé, une fresque historique romanesque parfaitement ciselée. 

Qui ne connaît pas la Montespan ? Elle est l’une des femmes, les plus célèbres de son temps. Maîtresse de Louis XIV, esprit vif, railleur, elle a régné sur le cœur du Roi et sur la cour de Versailles durant plus de dix ans. Avant d’être la favorite, la charmante Françoise, fut l’épouse du sieur de Pardaillan, un cadet de Guyenne, sans le sou, mais très à cheval sur son honneur. C’est son histoire que Jean teulé, conte dans roman, qu’adapte à la Huchette, Salomé Villiers et Étienne Launay.

Un amour fou

Le Montespan de Jean Teulé. Adaptation de Salomé Villiers. Mise en scène d'Étienne Launay © Fabienne Rappeneau

Tout commence par un coup de foudre dans les froids couloirs du Châtelet en janvier 1663. Le beau jeune homme (épatant Simon Larvaron), futur Marquis de Montespan, assiste au jugement par contumace de celui qui a décapité son frère lors d’un duel. Il croise le regard de la trop belle Françoise de Rochechouart de Mortemart (lumineuse Salomé Villiers), fiancée du meurtrier en fuite. Désargentés malgré leur haut lignage, ils se marient le mois suivant, vivent de peu, s’endettent au jeu, s’amusent, s’aiment à la folie. Dans les beaux salons du Marais, dont ils sont les coqueluches, elle, qui ne se fait plus appeler par préciosité, qu’Athénaïs, brille par son esprit particulièrement aiguisé, lui, à ses côtés, irradie par sa belle prestance. 

En quête de gloire 

Afin de tenir leur rang et ne plus vivre dans la misère, le fougueux Marquis part à la guerre, espérant s’y faire fameusement remarquer. Malheureusement pour lui, c’est sa charmante épouse, mère de deux enfants en bas âge, qui attire tous les honneurs en devenant, malgré de nombreuses préventions et réticences, la Favorite du Roi. En un rien de temps, le couple n’est plus. L’homme doit s’effacer devant son royal rival. 

Un coup d’éclat

Le Montespan de Jean Teulé. Adaptation de Salomé Villiers. Mise en scène d'Étienne Launay © Cédric Vasnier

C’est mal connaître le bouillant Marquis. Il cédera sa place mais pas sans un dernier éclat. Traînant dans tout Paris, dans tout Versailles, sa triste figure, il fait ses adieux à la cour en grand deuil, celui de son amour perdu. Un éclat, que ne goûte guère le Roi Soleil et qui lui coûte l’exil à vie sur ses terres de Guyenne. Amoureux transi de sa chère épouse, il vit reclus espérant son retour. L’affaire des poisons, et tout particulièrement les messes noires auxquelles, elle se prête afin de préserver la tendresse du monarque, achèvera son crédit. Plus question de réconciliation, dans une dernière lettre, il la congédie refusant à jamais de la revoir. 

Ça dépote à la Huchette

S’appuyant sur la très belle adaptation de Salomé Villiers, du roman de Jean TeuléÉtienne Launay réussit l’exploit de résumer pas moins de 40 ans d’histoire en 1H40 et de faire défiler sur le tout petit plateau de la Huchette, 26 personnages en 21 lieux différents. Menant sa mise en scène comme un conte épique, une fresque romanesque, il nous guide à grand galop dans l’alcôve des puissants, dans les méandres réflectifs et passionnels du plus grand cocu de l’histoire de France. C’est du grand art, un vrai régal ! 

Trois comédiens survoltés 

Le Montespan de Jean Teulé. Adaptation de Salomé Villiers. Mise en scène d'Étienne Launay © Fabienne Rappeneau

Avec peu d’accessoires, les scènes, les situations et les années s’enchaînent. Le rocambolesque fait suite au sensible, à l’intime, au burlesque, à la droiture, à l’examen de conscience. Droit dans ses bottes, jouant les grands seigneurs fiers et amoureux, Simon Larveron est incroyable de justesse, d’intensité. Face à lui, se partageant les autres rôles, Salomé Villiers est incroyable de sensualité, de gouailles, Michael Hirsch de drôlerie, de bouffonerie. Le trio fait des étincelles et nous entraîne non dans les arcanes du pouvoir mais bien dans celle de l’amour bafoué, de la passion, de l’âme d’un gentilhomme… Bravo ! 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Le Montespan de Jean Teulé
Théâtre du Gymnase
38, boulevard de Bonne Nouvelle
75010 Paris
Du 7 octobre au 31 décembre 2022
Jeudi, vendredi, samedi à 21h, dimanche 16h
Durée 1h25


Festival Avignon OffCondition des soies
13, rue de la Croix 84000 Avignon
Du 7 au 30 juillet 2022 à 16h, relâche les 11, 18, 25 juillet
Durée 1h30


Théâtre de la Huchette
Rue de la Huchette
75005 Paris
du mercredi au samedi à 21h, séances supplémentaires le samedi à 16h
Durée 1h40

Mise en scène d’Étienne Launay assisté de Laura Christol
Adaptation de Salomé Villiers
Avec Salomé Villiers, Michaël Hirsch et Simon Larvaron
scénographie d’Emmanuel Charles
Costumes de Virginie H
Lumière de Denis Koransky
création sonore de Xavier Ferri
Régie d’Yves Thuillier

Crédit photos © Cédric Vasnier et © Fabienne Rappeneau

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