Le Fantasio pop rock du très prometteur Emmanuel Besnault

Après son excellent Fourberies de Scapin, la compagnie de l’Éternel Été, dirigée par Emmanuel Besnault, revient au Lucernaire avec une version très étonnante et réjouissante de Fantasio d’Alfred de Musset. Romantisme et rock font bon ménage dans un tourbillon coloré.

Emmanuel Besnault s’est emparé de l’œuvre de Musset avec un regard qui risque de surprendre les puristes, mais se pose comme une véritable réflexion sur le sens de cette pièce. Qui est Fantasio ? Un joyeux drille pour qui un verre de vin vaut mieux qu’un sonnet ? Un être insouciant qui ne prend rien au sérieux et accumule les dettes ? Une cigale qui se refuse de devenir fourmi Musset le dit, c’est un garçon qui a le mois de mai sur les joues et le mois de janvier dans le cœur ! C’est-à-dire un jeune homme joyeux, voire fantasque, qui prend la vie comme elle vient certains jours et peut, les autres jours, sombrer dans la mélancolie et le désespoir. Ce qui somme toute reflète l’état d’esprit de la jeunesse.

Choix de vie

Fantasio d’Alfred de Musset Mise en scène d'Emmanuel Besnault © Andreas Eggler

Que faire de son existence lorsque l’on ne peut se projeter dans le futur ? Fantasio va voir la sienne bouleversée par un hasard de la vie. Il croise la route du cortège funèbre de Saint-Jean, le bouffon du roi et décide, sur un coup de bravache, de prendre sa place au palais. Ajoutons à cela une princesse que l’on veut marier de force à un prince fat et ridicule, une supercherie à la Marivaux, une menace de guerre, un passage en prison, et ce qui aurait dû n’être qu’une potacherie de plus à son actif va amener le jeune poète rêveur à changer et à trouver un sens à sa destinée.

Du baroque allemand à la Commedia dell ‘arte italienne

Ce que l’on retiendra avant tout de la proposition d’Emmanuel Besnault, c’est la fougue avec laquelle il s’est emparé de ce texte. Nous ne sommes pas dans une version romantique et surannée. Il a transposé l’action à Venise, où dans un endroit qui lui ressemble fort, et non plus en Allemagne. La légèreté italienne à la commedia dell’arte et les jeux de masques siéent à la fable, car, même sous les habits de lumière et de fêtes, on peut s’ennuyer du monde. La scénographie est superbe. Côté cour, un embarcadère avec ses pontons rouge et blanc donnant sur un canal. Côté jardin, un praticable de théâtre, et selon l’ouverture du rideau, il devient une pièce du palais où une scène de cabaret. Jouant sur des lumières qui passent du sombre aux lumineux, l’ambiance, à l’instar des sentiments de Fantasio et même des autres protagonistes, prend des allures de fête ou de cauchemar. Ce qui est renforcé par les quelques standards de rock, cette musique qui symbolise la rupture générationnelle, et qui est interprétée en live.

Une troupe dirigée au cordeau

Fantasio d’Alfred de Musset Mise en scène d'Emmanuel Besnault ©Valentin Perrin

Quant à sa mise en scène, tout en mouvement, elle est d’une efficacité redoutable. Sa direction d’acteur est précise et vivifiante. Les personnages apparaissent comme des marionnettes que la vie manipule. Les scènes se déroulent dans une belle limpidité et l’on ne perd rien à l’action et aux propos de Musset. Dans le rôle-titre, cheveux en bataille, l’enfance au bout du cœur, les interrogations dans le regard, Benoît Gruel est formidable. Le fidèle Spark, l’ami plein de bon sens est interprété par Deniz Tükmen (qui joue également la gouvernante). Le fait que cela soit une fille qui endosse ce rôle masculin fonctionne très bien. L’épatante Élisa Oriol est une princesse originale, qui, même si la lecture lui a fait perdre la raison, n’a rien d’une jeune fille en fleur. Sous ses airs de pirate, Manuel Le Velly est parfait en sournois et risible Prince de Mantou. Et quelle belle idée d’avoir distribué Lionel Fournier, qui a tout du jeune premier, dans le rôle du valet qui doit se faire passer pour son maître. La troupe fait entendre toute la fureur de vivre de la jeunesse.

Marie-Céline Nivière

Fantasio d’Alfred de Musset
Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris

Du 26 janvier au 27 mars
Du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h ou 17h
Durée 1h20

Mise en scène et scénographie d’Emmanuel Besnault
Avec Lionel Fournier, Benoît Gruel, Elisa Oriol, Deniz Türkmen, Manuel Le Velly
Assistante à la mise en scène, masques et accessoires Juliette Paul
Lumières de Cyril Manetta
Costumes et maquillages de Valentin Perrin

Crédit photos © Andreas Eggler et © Valentin Perrin

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.