La Tendresse ou la masculinité pris dans les phares de Julie Berès

La Tendresse de Julie Berès © Axelle de Russe

Après s’être intéressée à l’insoumission féminine dans DésobéirJulie Berès questionne, avec La Tendresse, deuxième volet de ce diptyque consacré à la jeunesse, la notion de masculinité chez les jeunes hommes de banlieue. Après une enquête minutieuse et avoir compilé un grand nombre de témoignages, avec la complicité de Kevin KeissAlice Zeniter et Lisa Guez, l’auteure et metteuse en scène aligne, sous les sunlights, tous les poncifs, les clichés sur ce que veut dire être un homme. En fine observatrice, elle mâtine son propos de répliques bien senties, où tolérance, différence, et regard bienveillant sont de mises. 

Façon catalogue, Julie Berès imagine une performance, un genre de show rap, où s’esquisse toute une galerie de « Boys » de cité. L’un après l’autre, les huit artistes se glissent dans la peau d’un tombeur, d’un homo, d’un jeune homme en proie au doute, d’une jeune femme grimée comme un garçon, d’un puceau, d’un hétéro bof, etc. Tous à leur manière cherche le bon modèle, la meilleure façon de se construire de devenir un homme. Se débattant dans un monde en pleine mutation, où le patriarcat à la papa vacille, il tentent de se frayer un chemin entre injonctions familiales, vivre en bande, se conformer à ce que la société attend d’eux et regards de leur copine pour les uns, de leur copain pour les autres. Entre tradition et modernisme, chacun cherche à s’exprimer, quitte à jouer les gros bras, les homophobes crasses, les sensibles, les fragiles jusqu’à la caricature. 

Inscrivant sa réflexion dans les questionnements du mâle d’aujourd‘hui, Julie Berès surligne une forme de bien-pensance, parlant de consentement, d’homosexualité libérée, de travestissement bien vécu. Avec une certaine littéralité, elle croque une masculinité en mal d’identité. Bien que dubitatif quant à la force du propos – le spectacle semblant fait pour un public acquis à la cause – , La Tendresse reste nécessaire sur le fond, sur l’importance de mettre des mots, des images sur notre société qui change, évolue, tend vers une certaine parité. 

S’appuyant sur une troupe de jeunes comédien.ne.s épatant.e.s, de performeur.euse.s virevoltant.e.s et fougueux.ses – tous venant d’univers différents et  tous se confondant jusqu’au vertige avec leur personnage – , Julie Berès signe une œuvre dans le vent, « so hype », qui a les qualités de ses défauts et inversement. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

La Tendresse de Julie Berès 
Espace 1789
2 Rue Alexandre Bachelet
93400 Saint-Ouen
Jusqu’au 11 février 2022

Tournée
Le 23 février 2022 au TRIO…S, Inzinzac-Lochrist
Les 25 & 26 février 2022 aux Scènes du Golfe, Vannes
Les 1er & 2 mars 2022 à La Passerelle – Scène Nationale de St Brieuc
Le 4 mars 2022 au Canal, Redon
Du 16 mars au 1er avril 2022 au Théâtre Gérard Philipe – CDN Saint-Denis
Les 4 & 5 avril 2022 au Festival Mythos / Théâtre L’Aire Libre, Rennes
Les 7 & 8 avril 2022 à la Maison du Théâtre / Le Quartz – Scène Nationale de Brest
Les 12 & 13 avril 2022 au Théâtre de Bourg-en-Bresse
Le 22 avril 2022 au Théâtre de Châtillon
Les 28 & 29 avril 2022 à Châteauvallon-Liberté – Scène Nationale de Toulon
Du 4 au 22 mai 2022 au Théâtre des Bouffes du Nord, Paris

conception et mise en scène Julie Berès
dramaturgie et écriture de Kevin Keiss, Julie Berès et Lisa Guez, avec la collaboration d’Alice Zeniter
avec Bboy Junior (Junior Bosila), Natan Bouzy, Naso Fariborzi, Alexandre Liberati, Tigran Mekhitarian, Djamil Mohamed, Romain Scheiner, Mohamed Seddiki
chorégraphie de Jessica Noita
création lumière de Kélig Lebars assisté d’Edith Biscaro
création son de Colombine Jacquemont 
régie générale – Quentin Maudet
régie plateau – Dylan Plainchamp
scénographie de Goury 
chef atelier de construction – Grand T François Corbal
création costumes – Caroline Tavernier 

Crédit photos © Axelle de Russé

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut