Anais Muller et Bertrand Poncet, duo follement absurde

Dans le cadre du festival Impatience 2021, le duo Anais Muller et Bertrand Poncet, dont le Un jour, j’ai rêvé d’être toi, découvert en 2018 au Théâtre du Train Bleu à Avignon, nous avez enchanté, présente, au Théâtre de Sartrouville, leur dernière création, Là où je croyais être il n’y avait personne, une évocation détonante de Duras. Laissez-vous séduire par ce petit bijou de loufoquerie, par ces deux artistes hors-normes et par leur univers délirant. 

Là où je croyais être il n’y avait personne d’Anaïs Muller et Bertrand Poncet
Cie Shindô d’Anaïs Muller et Bertrand Poncet
Cie Shindô © Charles Chauvet

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ?
Anais
: J’ai dû voir des marionnettes, mais je ne m’en souviens pas.  
Bertrand : Alors moi, j’avais une peur bleue des clowns, on ne pouvait pas m’emmener au cirque, sans que je finisse par hurler.

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ?
Bertrand : Au collège, j’étais amoureux d’une fille qui s’appelait Amandine, elle faisait du théâtre. J’ai supplié ma mère de m’inscrire à son cours de théâtre. Elle avait mal entendu « théâtre », et m’a inscrit, pensant bien faire, à un cours de danse classique.
Anais : Quand j’étais au lycée, on m’a proposé de participer à un atelier théâtre, j’ai immédiatement refusé, pensant que c’était has been. Puis j’ai vu une voyante, à la piscine municipale de Saint Rémi de Provence, qui m’a conseillée d’en faire.

Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédien.ne, metteur-se en scène et auteur.e ?
Anais : J’avais pensé à devenir boulangère. 
Bertrand : Enfin, faut se réveiller tôt le matin. 
Anais : En même temps, c’est stable, t’as ton salaire qui tombe chaque mois.
Bertrand : C’est vrai que c’est moins angoissant. 
Anais : Tu vends du pain. 
Bertrand : C’est peut-être mieux.

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez- vous ?
Anais : En primaire, je jouais une fée, et j’embrassais un camarade déguisé en rat. Les frontières étaient déjà trouble.
Bertrand : Au lycée, on avait monté La visite de la Vieille dame, de Dürrenmatt, je jouais à un moment, un chevreuil qui traversait la scène, en sautillant; c’est resté, on en parle encore…

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Bertrand : L’attaque du 11 septembre, non, je plaisante.
Anais : Tu peux pas dire ça. 
Bertrand : De tout façon aujourd’hui, tu peux plus rien dire.
Anais : Moi, le brame d’un cerf, dans les bois. 
Bertrand : Tu réponds pas vraiment à la question.
Anais : Bah si, c’est la nature.

Quelles sont vos plus belles rencontres ?
Bertrand : Toutes celles qui se sont bien terminées. 
Anais : Idem.

Là où je croyais être il n’y avait personne d’Anaïs Muller et Bertrand Poncet © DR

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ?
Anais : Ca donne du sens à ce qui n’en a pas. 
Bertrand : On s’est mis à écrire nos spectacles, non par nécessité, non par cupidité, non par orgueil.
Anais (embarrassée) : Enfin si peut-être un peu.
Bertrand (avec conviction) : Enfin, faut bien vivre.
Anais (avec émotion) : Tout est vain, tout sert à rien, ça plutôt qu’autre chose. 
Bertrand (las) : Anais a une pelle, et moi un marteau piqueur. On creuse des trous.  
Anais (incrédule) : Sans savoir pourquoi.

Qu’est-ce qui vous inspire ? 
Bertrand : La mort.
Anais : La vie.

De quel ordre est votre rapport à la scène ?
Bertrand : D’être toujours en retard, toujours à côté. 
Anais : Non, mais sérieusement, à la lisière. 
Bertrand : En périphérie, oui.
Anais : Et pourtant, savoir rester au centre.  
Bertrand : Oui au coeur de l’action.

À quel endroit de votre chair, de votre corps, situez-vous votre désir de faire votre métier ?
Anais : Le cœur et les yeux. 
Bertrand : Le périnée

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?
On préfère garder le secret.

Là où je croyais être il n’y avait personne d’Anaïs Muller et Bertrand Poncet © DR

À quel projet fou aimeriez-vous participer ?
Un débat de 12h entre Freud et Lacan. Ange interpréterait Lacan, Bert, Freud. Ça finirait en séance de torture, Lacan arrachant les ongles de Freud, Freud arrachant les yeux de Lacan. Ça s’appellerait : « Confessionnal ou la bite guide le monde »

Si votre vie était une œuvre, qu’elle, serait-elle ?
Anais : Pauline à la plage.
Bertrand : Pour répondre à cette question, il faudrait que je réfléchisse longtemps avant de trouver la bonne réponse et on a pas le temps, faut qu’on aille bosser.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Là où je croyais être il n’y avait personne d’Anaïs Muller et Bertrand Poncet
Cie Shindô
Théâtre de Sartrouville et des Yvelines–Centre dramatique national
place Jacques-Brel – BP 93
78505 Sartrouville cedex
Les 4 et 5 décembre 2021
Durée 1h15

Un jour j’ai rêve d’être toi d’Anaïs Muller et Bertrand Poncet

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