Marie Molliens, cie Rasposo © Ryoicchii

Marie Molliens ou l’art aérien de la suspension

Enfant de la balle, descendante d’une lignée de femmes artistes, Marie Molliens a plusieurs cordes à son arc. Auteure, metteuse en scène, fildefériste et voltigeuse, elle dirige depuis 2012 la compagnie familiale, Rasposo. Dans le cadre de la 17e édition de Village de Cirque, elle présente, Pelouse de Reuilly, sa dernière et onirique création Oraison. Une poétique procession funèbre pour un cirque qui rêve de demain !

Oraison, Cie Rasposo. Marie Molliens. © Laure Villain

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ? 
Mon plus lointain souvenir de spectacle est la vision exiguë de mes parents faisant rire les passants, à travers l’osier de la grande malle, où mon frère et moi étions cachés avant d’apparaître à la grande surprise du public, évidemment ! J’attendais alors le moment où j’étais présentée comme « funambule sur peaux de banane », mon père alignait des peaux de banane sur le pavé et je traversais méticuleusement cette ligne, telle une équilibriste à grande hauteur, je me souviens alors des clameurs du public lorsque mon pied venait à glisser et à s’échapper de la ligne. Je crois que c’est là que j’ai rencontré la première fois, l’effroi délicieux que le cirque offre réciproquement au spectateur et à l’acrobate. Celui-là même, cette onde nerveuse qui est aujourd’hui encore un des fondements de mon travail.

Quel a été le déclencheur de votre carrière ?
J’avais 8 huit ans et j’ai été invité à travailler dans un cirque avec mon numéro de voltige équestre sur mon shetland en première partie du numéro d’Eva Shakmundes, la grande écuyère, égérie de Bartabas dans les années qui ont suivi.
C’était ma première expérience de cirque sous chapiteau, moi, fille de saltimbanque. Odeur de vrai cirque : l’odeur de sciure mélangée à celle du canon à chaleur, odeur des chevaux, du plastique de la caravane, mais surtout l’odeur de mon rouge à lèvre à paillette. Tout y était. Ainsi, avec les artefacts traditionnels du cirque comme souvenir d’enfance, je garde aujourd’hui inévitablement un profond amour et un respect sincère pour le cirque classique.

Oraison, Cie Rasposo. Marie Molliens. © Ryoichii

Qu’est ce qui fait que vous avez choisi d’être artiste ?
Comme Obélix, je suis tombée dedans quand j’étais petite !

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
J’ai été très marquée par les spectacles de Mauricio Célédon et son teatro del silencio. C’était et c’est toujours pour moi, un rendez-vous incontournable au festival d’Aurillac. J’aime l’énergie latine, la hargne de son point de vue d’auteur-metteur en scène, sa colère, la puissance visuelle sans concession de ses tableaux, qui mêlent danseurs, comédiens, circassiens, musiciens, ce sont des œuvres « totales ». 

Quelles sont vos plus belles rencontres ?
Celles du public.

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ?

Il est essentiel pour moi, dans le fait qu’il n’y existe aucune limite entre mon métier et ma vie personnelle. Dans la manière que j’ai choisi de faire du cirque, tout se mélange, heures de travail et temps familiaux. Il n’y pas de séparation. Je travaille avec mon compagnon, nous sommes toute l’année sur la route avec mes enfants et leur grand-mère. L’équipe qui est en tournée avec nous, fait partie de la même tribu aussi. C’est une recherche d’équilibre amérindienne en quelque sorte !

Qu’est-ce qui vous inspire ?
Les électrochocs visuels de Castellucci , les tripes déversées d’Angélica Liddell, l’aura majestueuse de Gipsy Grüss, les acteurs monstrueux comme Lars Eidinger, les grandes figures impertinentes du théâtre de rue, Fellini, Artaud, Deleuze…

De quel ordre est votre rapport à la scène ?
La piste est l’endroit de ma colère.

À quel endroit de votre chair, de votre corps situez-vous votre désir de faire votre métier ?

C’est mon corps tout entier qui a besoin de son shoot d’adrénaline, côtoyer la mort chaque jour. C’est là, la puissance du cirque pour celui qui le fait.

Oraison, Cie Rasposo. Marie Molliens. © Ryoichii

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?
Avec une meute de cinquante chiens de chasse : énergie brute et primaire, puissance viscérale et instinct sauvage.

À quel projet fou aimeriez-vous participer ?
Avoir un cirque itinérant aujourd’hui, c’est un projet fou.

Si votre vie était une œuvre, quelle serait elle ?
Les saltimbanques de Picasso

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Oraison de Marie Molliens
Cie Rasposo

Printemps des Comédiens

Village de cirque 17e édition
Pelouse de Reuilly
Samedi 18 septembre 2021 à 21h
Dimanche 19 septembre 2021 à 15h
vendredi 24 septembre 2021 à 21h
Samedi 25 septembre 2021 à 19h
Dimanche 26 septembre 2021 à 15H30

Crédit photos © Ryoichii et © Laure Villain

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