Surexpositions de Marion Aubert. Mise en scène de Julien Rocha. Célestins - Théâtre de Lyon. Fabrice Gaillard & Margaux Desailly © OFGDA

Surexpositions, la légende Dewaere rêvée par Marion Aubert et Julien Rocha

Aux Célestins, derrière les portes closes au public, la création continue. Salle Célestine, Julien Rocha et son équipe répètent Surexpositions, une évocation esquissée de Dewaere, l’acteur, l’homme, le mythe. Loin des projecteurs, Marion Aubert signe un texte sensible, intime et humain, qui donne corps à toute une époque, celle des Valseuses, du Café de la Gare et de Série noire. Reportage dans les coulisses d’une œuvre en devenir. 

Le soleil brille sur la Capitale des Gaules. Quelques badauds profitent de la chaleur quasi-printanière de cette fin de mois février, pour s’installer sur les marches devant le Théâtre des Célestins. Dans leur dos, on peut lire les appels du secteur à la réouverture des lieux culturels. Depuis plus de cent jours, les salles de spectacle semblent dans le coma faute de public. C’est mal connaître la pugnacité, la persévérance des artistes. En coulisses, les compagnies répètent, préparent l’avenir, l’après couvre-feu. Souriant, affable comme toujours, Pierre-Yves Lenoir ne cache pas ses inquiétudes face à l’incertitude. « Pour éviter l’embolie, s’exclame-t-il, on commence à reporter certains spectacles dont nous sommes coproducteurs sur la saison 2022-2023C’est le cas de Surexpositions, d’ailleurs qui répète actuellement en Célestine. »

Retouches  plateau
Surexpositions de Marion Aubert. Mise en scène de Julien Rocha. Célestins - Théâtre de Lyon. © OFGDA

Survêtements, tenues décontractées, les deux comédiennes et les deux comédiens s’échauffent. Ils répètent la deuxième partie du spectacle, avant le filage prévu en fin de journée. Tout n’est pas encore calé. Il faut encore placer quelques lumières, fixer des déplacements, des sorties. En chef d’orchestre très décontracté, Julien Rocha s’installe au premier rang. Il observe les mouvements, s’inquiète d’un portable inopinément disparu, d’une attitude, d’un accessoire égaré, d’une perruque mal rangée. La technique est prête, le régisseur est à son poste. Les acteurs sont en costumes. Le travail de finition peu commencer. 

Une évocation, une rêverie 
Surexpositions de Marion Aubert. Mise en scène de Julien Rocha. Célestins - Théâtre de Lyon. Fabrice Gaillard © OFGDA

Qui était Dewaere ? Un enfant de la balle, un artiste maudit, un acteur puissant brûlant la vie par les deux bouts, un homme rongé par ses démons. Difficile à dire. « Très étonnement l’idée de s’attaquer à cette figure du cinéma, raconte Julien Rochavient que souvent dans les discussions que j’ai pu avoir avec d’autres artistes, on se rattache à sa personnalité, à sa présence unique, à sa manière d’être pour qualifier le jeu de tel ou tel acteur. C’est une sorte de mantra, d’évocation puissante. Dewaere est vraiment un acteur « borderline » pour lequel on a autant d’admiration que de répulsion. Du coup, ce qui nous intéressait c’est d’explorer les limites jusqu’auxquelles un comédien peut aller, jusqu’où il accepte de se cramer les ailes. » Pour Marion Aubert, à quile metteur en scène, qui travaille sur cette figure emblématique depuis 2015,a commandé ce texte, la personnalité de l’artiste, son aura est avant tout l’évocation d’une période singulière, particulière dont il est le symbole. 

Réinventer l’homme
Surexpositions de Marion Aubert. Mise en scène de Julien Rocha. Célestins - Théâtre de Lyon. Cédric Verschambre en Bouchitey © OFGDA

Sur scène, Cédric Verschambre, habillé d’une robe de flamenca, danse une parade amoureuse pour Fabrice Gaillard, beau torero moulé dans un pantalon blanc. L’image est familière, elle rappelle une séquence de La Meilleure Façon de marcher de Claude MillerBouchitey, terrorisé à l’idée que soit dévoilé son goût pour le travestissement fait face à un Dewaere sensuel, charnel et ambiguë. Le moment, totalement revisité par Marion Aubert, est intense, palpable. Voyage à travers le temps, l’espace, toute une époque révolue semble à portée de main, tellement palpable, tellement vibrionnante. Toute la singularité du projet, son intérêt, réside sur le jeu des ressemblances, des discordances. Bien sûr, tout est là, proche de la réalité, et pourtant rien n’est tout à fait vrai, ni tout à fait faux. L’ambivalence au cœur du spectacle fonctionne à merveille, on se laisse prendre au jeu, séduit par les apparitions quasi surnaturelles de Myriam Boyer, de Coluche, de Corniau, de l’irremplaçable Annie Girardot et de l’unique Jeanne Moreau. « Que l’on connaisse ou pas les personnages qui hantent cette évocation, que l’on connaisse l’univers du cinéma de ces année-là, explique Julien Rochale texte de Marion (Aubert) raconte une histoire, une époque. Elle s’est appropriée totalement es films, les dialogues. Même s’il est question de Miou-Miou, de Depardieu ou de Moreau, il n’a jamais été dans notre intention de coller à la vérité, à la réalité. Par exemple, ce qui est intéressant dans le trio d’acteurs des Valseuses, c’est l’ambiance qui se dégage de l’œuvre, mais aussi des coulisses de ce cinéma-là. C’est une forme de liberté, que j’envie, car il peut m’arriver de me sentir étriquer dans le monde d’aujourd’hui. »

Ombre et lumière
Surexpositions de Marion Aubert. Mise en scène de Julien Rocha. Célestins - Théâtre de Lyon. Margaux Desailly en Marie Trintignant © OFGDA

Héroïnomane, colérique, violent, fanfaron, terriblement passionné, troublant de nature, tellement de choses on était dite sur l’homme, le comédien, tellement de fantasmes lui ont collé à la peau, lui donnant des airs de « bad boy » romantique, de « looser » flamboyant. Où commence la légende ? où s’arrête le mythe ? Quelle importance. Inconnu de toute une génération, vénéré des uns, méprisé des autres, Dewaere renaît sous la plume de Marion Aubert, dont la pièce vient d’être publié aux Éditions Acte Sud Papiersmagnifiquement fragile, terriblement animal. Il fallait de l’audace, un brin de folie pour donner vie aux mots de l’autrice, aux aller-retours permanents entre hier et aujourd’hui, entre faits véridiques et illusions. Julien Rocha s’y attèle généreusement, éperdument. Dirigeant ses comédiens avec dextérité, tendresse et humour, il passe l’artiste des Valseuses, de Préparer vos mouchoirs de l’oubli aux pleins feux des projecteurs, de l’intimité à l’universalité, d’un temps révolu à la contemporanéité. On aime se perdre dans ces faux semblants, dans cette esquisse énigmatique. « Ce qui es fascinant avec Dewaere, souligne le metteur en scène, c’est que ses mouvements personnels ont ressurgi dans son art, brouillant ainsi les pistes, ouvrant d’innombrables perspectives. C’était un homme plein de failles, à qui l’écran donnait une force, une intensité incandescente. »

Des comédiens surréalistes
Surexpositions de Marion Aubert. Mise en scène de Julien Rocha. Célestins - Théâtre de Lyon. Johanna Nizard en Jeanne Moreau. © OFGDA

De Saint-Brieuc, où un rond-point arbore fièrement sa statue, aux loges d’artistes, en passant par la maison de ou le plateau de Série noire, de la vie privée qui se confond avec celle irréelle des plateaux de cinéma, Dewaere est de tous les plans, de tous les travellings, de tous les flashbacks. Inscrit dans la chair de Fabrice Gaillard – l’air de ressemblance est troublant – , il foule les planches qui grincent de la Célestine, suite à un dégâts des eaux. Peu d’effets, juste une perruque, et le tour est joué. Tout comme son personnage, il n’essaie pas d’imiter, naturellement, il est. Face à lui, la lumineuse Margaux Desailly est une Miou-Miou boudeuse à souhait, une Marie Trintignant enfantine, une Elsa Chalier vampirisante, le détonnant Cédric Veschambre, un Depardieu tonitruant, un Corniau hirsute, l’extraordinaire et gouailleuse Johanna Nizard, une iconique Moreau, un déroutant Miller.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Lyon

Surexpositions de Marion Aubert. Mise en scène de Julien Rocha. Célestins - Théâtre de Lyon. Fabrice Gaillard © OFGDA

Surexpositions de Marion Aubert
Répétions et filage aux Célestins – théâtre de Lyon
Spectacle reporté sur la saison 2022/2023


Mise en scène de Julien Rocha
Avec Margaux Desailly, Fabrice Gaillard, Johanna Nizard et Cédric Veschambre
Dramaturgie d’Émilie Beauvais, Julien Rocha 
Conseils dramaturgiques – Christian Giriat
Scénographie de Clément Dubois
Lumière de Nicolas Galland
Son de Benjamin Gibert
Vidéo d’Étienne Arnaud
Costumes –de Marie-Fred Fillion
Perruques de Cécile Kretschmar
Préparation physique (résidence 1) – Vidal Bini
Régie générale – Clément Breton
Régie son et vidéo – Étienne Arnaud, Victor Pontonnier
Production – Compagnie Le Souffleur de verre

Crédit photos © OFGDA

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