Beaucoup de Bruit pour rien de William Shakespeare. Mise en scène de Maïa Sandoz et Paul Moulin © Kenza Vannoni

Maïa Sandoz invite Shakespeare à de granguignolesques ripailles

En résidence au théâtredelacité à Toulouse, Maïa Sandoz et Paul Moulin adaptent la plus connue des comédies de William Shakespeare, Beaucoup de bruit pour rien. Donnant au texte un coup de jeune, les deux metteurs en scène proposent une version burlesque et extravagante de l’œuvre. Le spectacle en devenir invite à de folles et encore un peu vertes agapes.

Maïs Sandoz et Paul Moulin lors des répétions au ThéâtredelaCité de Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare © Kenza Vannoni

Après Gérard Watkins et son tragicomique Hamlet, c’est au tour de Maïa Sandoz et son complice Paul Moulin, impayable Mastromas dans l’adaptation que la metteuse en scène avait faite en 2016 de l’œuvre de Dennis Kelly, de s’attaquer à une pièce du grand Shakespeare. Sur le plateau de la grande salle, les neuf comédiens s’affairent, rangent les accessoires, se préparent à un filage. Déjà en costumes, ils observent les quelques spectateurs s’installer, s’adressent à eux, jouent avec eux. Imperceptiblement, le spectacle commence. L’hôte des lieux, le seigneur de Messine, Léonato (détonnant Gilles Nicolas), s’apprête à accueillir Don Pedro (Serge Biavan), et ses hommes, de retour victorieux de la guerre. 

Une longue fête 

Tout en joie, en verve, Léonato a préparé de beaux dîners, de belles soirées festives, espérant ainsi marier sa charmante fille, la douce et pure Hero (Mélissa Zehner) au beau second du prince d’Aragon, le ténébreux Claudio (Soulaymane Rkiba). Pour contrebalancer la trop insipide histoire des deux tourtereaux, William Shakespeare s’amuse à réunir en contrepieds deux beaux esprits, qui s’affrontent à coups d’escarmouches verbales, faute de pouvoir déclarer leur flamme. Ainsi la fougueuse Béatrice (épatante Aurélie Vérillon) à la langue bien pendue et le fanfaron Benedict (Paul Moulin), s’égratignent, se mordent, se blessent refusant de s’avouer amourachés de l’autre.

Un oiseau de mauvais augure
Maxime Coggio dans Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare. Mise en scène de Maïa Sandoz et Paul Moulin. © Kenza Vannoni

Tous ces cœurs qui palpitent, battent à l’unisson, s’en est trop pour le très noir et très méchant frère du prince, Don Jean (Maxime Coggio). Tout juste pardonné de ses perfides actions, il s’ennuie à mourir. En quête de vilénies, aidé de son acolyte Borachio (détonante Mathilde-Edith Mennetrier), il s’attache à salir le trop beau tableau. Jeu de dupes, quiproquos vont venir perturber la bonne marche des heureux événements. Mais tout ceci n’est que romance, l’amour finit par triompher. 

Une traduction au goût du jour 

S’attelant à adapter la plus fameuse comédie du dramaturge anglais, Maïa Sandoz et Paul Moulin ont pris le parti de rajeunir le propos, de l’ancrer dans notre époque. Ainsi confinement et « fake news » s’invitent au cœur de la ritournelle donnant à la pièce un sympathique coup de jeune. Jouant sur les différents registres qu’offrent l’œuvre, les deux comparses signent une mise en scène burlesque, clownesque parfois grotesque. Encore en rodage, le spectacle a encore un peu de mal à trouver son rythme, à doser ses envolées loufoques, saugrenues. Il manque encore à l’ensemble un peu de rondeur, de chair. Le jeu de séduction et de mots particulièrement savoureux au cœur de cette bluette shakespearienne n’est qu’esquisse et demande à être un peu plus soutenu pour séduire.

Folle gourmandise 
Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare. Mise en scène de Maïa Sandoz et Paul Moulin. © Kenza Vannoni

En attendant de pouvoir présenter leur version de Beaucoup de bruit pour rien au public, Maïa Sandoz et Paul Moulin peaufinent leur mise en scène, cisèlent le jeu des comédiens. Face aux incertitudes actuelles, il est d’autant plus difficile pour les artistes de travailler sereinement, d’être dans des conditions idéales de création. Leur volonté, leur acharnement à ne pas lâcher, à coûte que coûte faire vivre l’art dramatique, ne peut qu’être salué. Oublions donc là nos petites anicroches et félicitons la compagnie du Théâtre de l’Argument de continuer à se battre pour le théâtre de demain.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Toulouse 

Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare
Répétitions ouvertes aux professionnels au théâtredelacité
1 rue Pierre Baudis
31000 Toulouse
Durée approximative 1h50

Date de tournée à confirmer 
13 mars 2021 à l’EMC, St-Michel-sur-Orge 
Les 24 et 25 mars 2021 à La Piscine, Châtenay-Malabry 
Du 30 mars au 1er avril, à la MC2, Grenoble 
Le 6 avril 2021 à L’Équinoxe, Châteauroux 
Le 20 mai 2021 aux 3T, Châtellerault 
Les 6 et 7 octobre 2021 à L’Agora, Scène Nationale de l’Essonne 
Du 14 au 16 octobre 2021 au Théâtre 71, Malakoff 

Mise en scène de Maïa Sandoz et Paul Moulin assistés de Clémence Barbier
Avec Serge Biavan, Maxime Coggio, Christophe Danvin, Mathilde-Edith Mennetrier, Gilles Nicolas, Paul Moulin, Soulaymane Rkiba, Aurélie Vérillon & Mélissa Zehner
Traduction et adaptation de Clémence Barbier, Paul Moulin, Maïa Sandoz & Paolo Sandoz
Création lumière de Bruno Brinas
Création sonore et musicale de Christophe Danvin
Mise en espace sonore de Jean François Domingues & Samuel Mazzoti
Scénographie et costumes de Catherine Cosme
Collaboration chorégraphique de Gilles Nicolas assisté de Stan Weiszer
Collaboration artistique de Guillaume Moitessier

Crédit photos © Kenza Vannoni

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