Les Comédiens de l'AtelierCité

L’AtelierCité, une immersion formatrice dans les réalités des métiers du spectacle vivant

À Toulouse, au cœur du ThéâtredelaCité, sept jeunes comédiens et un metteur en scène en devenir sont en résidence dans le cadre du dispositif d’insertion, intitulé AtelierCité. Ils vivent et vibrent au rythme du CDN. Encadrés par Caroline Chausson, ils suivent actuellement un chantier de création avec Maëlle Poésy autour de la légendaire reine Marie Stuart, d’après la très belle pièce de Linda McLean, Gloire sur la Terre, montée pour la première fois en France. 

Il fait bien beau dans le sud. La cité rose brille de tous ses atours. Les Toulousains profitent des beaux jours, ils arpentent les rues, trainent du côté des berges, dont l’accès est interdit suite à un arrêté préfectoral pour éviter tout rassemblement et casser la transmission galopante de la covid. Non loin de la place du Capitole, le ThéâtredelaCité, immense paquebot de briques, de pierre et de verre semble bien vide. Derrière les vitres du rez-de-chaussée, aucune âme ne semble errer dans le bâtiment fermé au public depuis octobre dernier. Loin d’être à l’arrêt, le CDN continue d’assurer la plupart de ses missions pour préparer l’avenir. C’est par l’entrée de service que l’on pénètre dans le lieu bien silencieux. Masque de circonstance cachant une partie de son visage, Maëlle Poésy, dont on devine le sourire, surgit de l’ascenseur. A sa suite, les couloirs défilent, les bureaux pour la plupart désertés, la plupart du personnel étant en télétravail, ont portes closes. Enfin, derrière une immense tenture noire, le plateau du Cube apparait. 

Espace quadrifrontal noir
Maëlle Poésy et les comédiens de l'AtelierCité © OFGDA

La scène a tout du ring de boxe. En son centre, entourés de chaises de tout côté, trois comédiennes et quatre comédiens s’échauffent. Dans quelques minutes, la répétition va reprendre. Le moment est important, dans moins d’une semaine, c’est la fin du chantier de création avec à la clé une présentation en petit comité, à quelques professionnels. Pour cet atelier, la metteuse en scène a choisi un texte jamais monté en France de Linda McLean. « J’ai découvert l’écriture de cette autrice écossaise, se souvient Maëlle Poésylors des rencontres organisées tous les étés par la Maison Antoine Vitez et l’École du TNS à La Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. L’objectif de cet évènement est de faire découvrir les nouvelles traductions de l’année. En 2018, suite à une lecture que j’ai dirigée, j’ai fait la connaissance de Blandine Pélissier et Sarah Vermande.Tout de suite, le courant est passé entre nous. Elles m’ont donc proposée d’autres textes qu’elles traduisaient à quatre mains, en rapport avec des thématiques qui me touchaient. C’est ainsi que j’ai lu Gloire sur la terre. J’ai été saisie par l’écriture ciselée et poétique, de l’histoire de cette jeune fille qui rêve d’accéder au pouvoir, mais qui en est en permanence empêchée par la misogynie des hommes et des confrontations religieuses, frôlant avec le fanatisme. »

Chœur de femmes vs chœur d’hommes
Les trois comédiennes de l'AtelierCité © Erik Damiano

Sur le plateau, s’opposent une reine et un prêtre réformé, se confrontent comédiennes et comédiens. C’est toute la magie de ce texte vibrant et engagé de Linda McLean, qui fait entrer en résonnance le combat d’une souveraine, trop longtemps reléguée par l’histoire à ses aventures amoureuses et romanesques, et celle d’une femme face à une assemblée d’hommes. « Répondant à une commande du théâtre national d’Édimbourg, explique la metteuse en scène, la dramaturge s’est attachée à rendre, par sa prose astringente autant que lumineuse, la parole politique à Marie Stuart. invisibilisée par l’histoire, elle renaît sous sa plume. A partir des nombreux écrits qu’a laissés son principal opposant, John Knox, sur cette période trouble de l’Écosse, elle reconstitue la pensée d’une femme, étrangère en son pays, d’une souveraine, avec si peu de pouvoir. En s’engouffrant dans cette brèche, elle libère une parole enfouie, tue, oubliée, mais toujours actuelle malheureusement. Étant artiste associée au ThéâtredelaCité, sur le premier mandat de Galin (Stoev), ce qui m’a d’ailleurs permis de monter Sous d’autres cieux, il était convenu que je participe aux chantiers de création des AtelierCité. Quand ce temps est arrivé, j’ai tout de suite pensé à Gloire sur la terre. Au-delà de la puissance du texte, il permettait à tous les comédiens de participer au projet. Ils sont tout le temps sur scène. »

Des élèves au cœur du théâtre 
Les comédiens de l'AtelierCité © Erik Damiano

Entrés l’AtelierCité en septembre dernier, Matthieu Carle, Jeanne Godard, Angie Mercier, Fabien Rasplus, Marie Razafindrakoto, Quentin Rivet, Christelle Simonin et le metteur en scène en herbe Simon-Élie Galibert ont tous des parcours, des histoires différentes. Certains viennent de cours de théâtre privé, d’autres ont suivi un cursus dans le public. L’une se destinait à une carrière d’avocate avant de bifurquer, un autre a déjà une expérience en compagnie. Unis telle une troupe, ils ont en commun la passion des mots, le goût du spectacle vivant. « Depuis sa création, il y a une trentaine d’années sous l’impulsion de Jacques Rosner, alors à la tête du Théâtre Sorano et ancien directeur du Conservatoire supérieur national d’art dramatique, explique Caroline Chausson, responsable du dispositif d’insertion professionnelle, l’Atelier a toujours eu vocation de faire vivre de l’intérieur l’aventure d’un théâtre. Si le travail au plateau est important, le dispositif permet aux jeunes comédiens de découvrir la réalité de nos métiers, de la technique à l’administratif. De Jacques Nichet à Laurent Pelly, chaque directeur du CDN ont fait évoluer le dispositif. Pour Galin (Stoev), fort de son expérience en Europe de l’Est, il était primordial de se placer à l’endroit de l’insertion professionnelle. ». 

Quinze mois dans les coulisses du Théâtredelacité
Les trois comédiennes de l'AtelierCité © OFGDA

La grande spécificité de l’AtelierCité est que les 8 jeunes artistes, qui participent à la vie du lieu, notamment à travers les projets d’actions culturelles, des rencontres avec les artistes invités, sont tous engagés en contrat de professionnalisation. Durant les quinze mois que dure la résidence, ils sont rémunérés au smic.  « C’est un vrai engagement du CDN, souligne Caroline Chausson, car une fois la résidence d’un peu plus d’an terminée, on ne les lâche pas dans la nature, on continue à les accompagner. À l’instar du JTN, on suit leur parcours, on essaie quand c’est possible de les intégrer aux productions que met en place Stéphane Gil, le codirecteur du ThéâtredelaCité. Quand une des équipes que nous suivons engage un comédien issu de l’AtelierCité, le théâtre prend en charge une partie de leur salaire. » C’est notamment le cas pour Mélissa Zehner, élève sortie en 2020, qui joue Héro dans le Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare, adapté par Maïa Sandoz et Paul Moulin, où Maud Gripon dans l’Antoine et Cléopâtre monté par Célie Pauthe. Quant à Thibaut Prigent, autre comédien de la dernière promotion, le CDN a décidé de produire son seul-en-scène, imaginé à la suite d’un chantier de création lors de son année de résidence.

À la découverte de différents esthétismes
Maëlle Poésy et les comédiens de L'atelierCité © OFGDA

A travers les interventions de différents metteurs en scène, les 8 jeunes artistes se confrontent à différents esthétismes. Après avoir participé en décembre au Tartuffe de Molière, mis en scène pour eux par Guillaume Séverac-Schmitz, un spectacle qui pourrait être joué cet été en plein air, ou courant de la saison prochaine, ils mettent cœur et corps dans le travail que leur propose Maëlle Poésy, assistée du jeune Simon-Élie Galibert. Questionnant les intentions de leurs personnages, ils cherchent leurs places sur le plateau, comment servir au mieux le texte. N’hésitant pas à mouiller la chemise, à venir sur scène, la metteuse en scène les guide, les emmène à trouver en eux le bon ton, la juste interprétation. Bonne humeur, rires, les répétitions avancent en grand pas. Ciselant la technique, reprenant les scènes une à une pour mieux les décortiquer, elle entraîne la troupe avec bienveillance et finesse. « Avec la crise de la covid, souligne la jeune femme, le principal problème pour nous tous, et tout particulièrement pour eux, c’est la frustration de ne pouvoir montrer leur travail, de jouer devant un public. C’est d’autant plus dommage, que le dispositif scénique en quadri-frontal imaginé pour Gloire sur la terre, a été pensé pour briser le quatrième mur, pour que les spectateurs puissent être des témoins privilégiés de l’affrontement entre Marie Stuart et John Knox,et que la pièce fait écho avec des problématiques de nos sociétés contemporaines. »

Fin de journée
Christelle Simonin de L'AtelierCité © Erik Damiano

La journée touche à sa fin. Demain, il y a filage. Après un moment de respiration, tous rentrent chez eux, couvre-feu oblige. Passionnés, vibrants, les 8 comédiens ont tout donné d’eux même, chacun apportant aux personnages qu’ils incarnent, douceur fragilité, volonté de fer, pugnacité, violence retenue. Les trois comédiennes donnent à Marie Stuart des couleurs, des teintes très variées, les quatre comédiens esquissent un portrait très kaléidoscopique de ces opposants. Encore en maturation, le spectacle est fort prometteur. On vient à rêver de le voir s’envoler, s’etoffer bien au-delà de la sortie de résidence.  

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Toulouse

Gloire sur la Terre de Linda McLean
ThéâtredelaCité
1 Rue Pierre Baudis, 31000 Toulouse

mise en scène de Maëlle Poésy assisté de Simon-Elie Galibert (élève)
avec les élèves de l’AtelierCité de Toulouse – Matthieu Carle, Jeanne Godard, Angie Mercier, Fabien Rasplus, Marie Razafindrakoto, Quentin Rivet, Christelle Simonin 

Crédit photos © Erik Damiano et ©OFGDA

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