Les Fourberies du Scapin de Molière. mise en scène de Denis Poadalydès. © Christophe Raynaud de Lage

Les fourberies de Scapin diablement bien troussées au Français

Cheveux hirsutes, visage et geste de pantomime, voix de velours roublarde, Benjamin Lavernhe se glisse, au Français, avec virtuosité dans la peau de Scapin, valet bouffon et facétieux. Pris dans ses drolatiques rets, ses belles fourberies, saisi par sa présence lumineuse, on est totalement happé par son jeu fougueux que la mise en scène virevoltante de Denis Podalydès souligne avec drôlerie et malice. Hilarant !

Dans un décor de grandes palissades rouges et de vieux filets de pêche, rappelant quelques ports industriels laissés à l’abandon, deux fils de bonne famille, Léandre (lumineux Gaël Kamilindi) et Octave (fringant Julien Frison), s’adonnent à leurs amours naissantes avec Zerbinette (charmante Adeline d’Hermy) et Hyacynthe (poignante Pauline Clément). Profitant de l’absence de leur paternel respectif, Géronte (extraordinaire Didier Sandre) et Argante (épatant Gilles David), chacun conclut avec sa belle un pacte menant à l’hyménée. 

Un valet bien frondeur
Les Fourberies du Scapin de Molière. mise en scène de Denis Poadalydès. Didier Sandre et Gilles David. © Christophe Raynaud de Lage

Mais, nous sommes chez Molière, roi de la farce et de la comédie, quelques grains de sable vont venir enrayer la trop belle mécanique des amants bienheureux. C’est bien sûr sans compter sur les interventions intempestives, fâcheuses et pernicieuses de l’empêcheur de tourner en rond qu’est Scapin (excéptionnel Benjamin Lavernhe), le valet zélé, malicieux et incontrôlable de Léandre. Loin d’avoir dit leur dernier mot, les deux atrabilaires compères sont bien décidés à remettre leur progéniture dans le droit chemin.

Une mise en scène au cordeau

Pour mettre en branle la machine Molière, il faut un orfèvre, un ciseleur de texte, un metteur en scène inspiré, culotté et aguerri. En confiant les rênes à son comparse, Denis PodalydèsEric Ruf, qui signe ici la très belle scénographie, ne s’y est pas trompé. Le résultat est bluffant. Dépoussiérant la comédie à l’italienne, lui redonnant ses lettres de noblesse, jouant une partition parfaitement équilibrée, vivante, ressuscitant le texte afin de l’ancrer dans notre présent, il embarque ses comédiens dans un tourbillon bouillonnant et vibrant. Il les pousse à donner le meilleur d’eux même, à se surpasser. S’appuyant sur les ressorts comiques de la pièce, revenant aux sources de son écriture, il signe un spectacle époustouflant, captivant qui casse l’image de farce mineure dans les œuvres de l’auteur pour en dévoiler toute la puissance comique, toute la beauté.

Une troupe en folie
Les Fourberies du Scapin de Molière. mise en scène de Denis Poadalydès. Benjamin Lavernhe et Adeline d'Hermy. © Christophe Raynaud de Lage

Parfaitement millimétrée, huilée, la mécanique de ces Fourberies est emportée par la troupe virtuose et survoltée de la Comédie-Française. Tous campent à merveille leur personnage et nous enchantent de leur jeu éblouissant. Mais c’est le duo Didier Sandre – Benjamin Lavernhe, maître – valet qui retient tout particulièrement l’attention. A contre emploi, l’élégant et sémillant sociétaire se glisse avec gourmandise dans le rôle d’un vieux « grigou » mal dégrossi, mal embouché. Hilarant dans ses façons de répéter à l’envi « Que diable, allait-il faire dans cette galère ? », il ravit un public conquis. 

Benjamin Laverhne au sommet de son art
Les Fourberies du Scapin de Molière. mise en scène de Denis Poadalydès. Didier Sandre et Benjamin Lavernhe. © Christophe Raynaud de Lage

Avec sa silhouette un brin dégingandée, ses gestes félins, Benjamin Lavernhe irradie littéralement la scène. Il n’incarne pas, il est Scapin, un Scapin nonchalant, retors, tout autant grand prince, que loubard à la petite semelle. Totalement habité par son personnage, il se régale et offre un festival de mimiques, de pantomimes qui séduit, ensorcèle. Tournoyant, envahissant l’espace, n’épargnant pas sa peine, cette nouvelle étoile montante du Français brille de mille feux. 

En ouvrant sa saison avec ce classique revisité, la maison de Molière fait mouche et offre un divertissement savoureux qui n’en est pas moins du très grand théâtre. Et gageons, au vu des applaudissements fournis, que ces Fourberies de Scapin aux petits oignons feront date… Bravissimo !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore pour Attitude Luxe

Les Fourberies du Scapin de Molière. mise en scène de Denis Poadalydès. © Christophe Raynaud de Lage

Les fourberies de Scapin de Molière
Création février 2017 à la Comédie-Française
Place Colette
75001 Paris
Durée 1h45

Mise en scène de Denis Podalydès assisté d’ Alison Hornus
Scénographie d’Éric Ruf assisté de Dominique Schmitt
Costumes de Christian Lacroix
Lumières de Stéphanie Daniel
Son de Bernard Valléry
Maquillages de Véronique Soulier-Nguyen
Collaboration artistique et chorégraphique : Leslie Menu
avec Bakary Sangaré, Gilles David, Adeline d’Hermy, Benjamin Lavernhe, Pauline Clément en alternance avec Claire de La Rüe du Can, Didier Sandre, Julien Frison, Gaël Kamilindi et les comédiennes de l’Académie de la Comédie-Française Maïka Louakairim et Aude Rouanet

Crédit photos © Christophe Raynaud de Lage, Coll. de la Comédie-Française

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