La tragédie de Macbeth à la recherche du drame perdu

Errant dans les majestueux et décatis décors de l’Opéra Macbetto de Verdi, créé en 2016, les âmes mortes de la plus courte tragédie de Shakespeare hantent les lieux, dansent dans une folle farandole orchestrée joliment par Frédéric Bélier-Garcia. Si l’on peut regretter que l’ensemble manque de corps, on se laisse emporter par la choralité des scènes et la présence lumineuse de Dominique Valadié.

Dans une immense salle de quelques demeures abandonnées depuis longtemps, sous une verrière en ruine, une étrange silhouette apparaît. Telle une ombre fantomatique, elle erre dans cette espace vide, une lettre à la main. C’est Lady Macbeth (irradiante Dominique Valadié) qui dévore pensive les nouvelles du front que vient de lui envoyer son cher époux (sombre Stéphane Roger), parti à la guerre pour le compte de son suzerain, Duncan, le roi d’Écosse.

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Sur le chemin victorieux du retour, d’étranges créatures et d’envoûtantes sorcières prédisent au fidèle Macbeth, un futur radieux le menant tambour battant sur les marches du trône. Enivré par ce présage, grisé par le pouvoir à venir et secondé par son ambitieuse épouse, il tue, massacre tout ceux qui ose se mettre sur son chemin. Alors que son mari est devenu sanguinaire, obnubilé par les dires de ses devineresses, Lady Macbeth sombre dans la folie, dévorée par ses démons intérieurs. Assailli par les fantômes de ses victimes, Macbeth perd pied. Acculé, attaqué de toute part, il défie avec panache ses ennemis et son destin jusqu’à sa funeste fin.

S’inspirant du travail qu’il avait fait sur Macbetto de Verdi, il y a deux ans, et dont il réutilise la scénographie créée par Jacques Gabel et la découpe, Frédéric Bélier-Garcia signe une mise en scène opératique et grandiose qui pêche par excès de fastes. Enchaînant les tableaux somptueux en clair-obscur rappelant quelques peintures de Fragonard, de Caravage ou de Hopper, il semble oublier l’essence même de la pièce, le drame d’une vie rongée par l’avidité du pouvoir, la cruauté d’un monde où le meurtre fait loi.

Si l’ensemble manque de passion, de corps, il faut reconnaître à Frédéric Bélier-Garcia, un talent incomparable pour faire vibrer les chœurs, les foules en colère. Entraînant sa troupe composée d’une quarantaine de comédiens, qu’ils soient professionnels, amateurs ou élèves du Centre dramatique national, sur les airs ténébreux, sombres de Verdi, il investit magistralement la scène et éblouit le spectateur par des images saisissantes d’une rare beauté.

Après deux heures d’un show majestueux qui transcende l’art scénique, ne nous reste en tête que des impressions éblouissantes, étincelantes. Malgré tout, ce spectacle pharaonique laisse un goût de légère insatisfaction et nous rappelle ô combien la malédiction qui pèse sur cette tragédie de Shakespeare semble bien difficile à éviter.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


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La tragédie de Macbeth de William Shakespeare
Le Quai – Angers
Cale de la Savatte
49100 Angers
jusqu’au vendredi 23 mars 2018
du lundi au vendredi 20h00, samedi à 18h00 et relâche le dimanche

La criée – Théâtre national de Marseille
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
du 28 au 30 mars 2018
Le Mercredi à 19h00 et le jeudi et vendredi à 20h00
Durée estimée 2h00

Traduction d’Yves Bonnefoy
Mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia
Avec Dominique Valadié, Stéphane, Jean-Charles Clichet, Sébastien Eveno, Louise Chevillotte, Grégoire Lagrange, Blandine Madec, Christophe Gravouil avec la participation des élèves des Conservatoires de région et d’artistes amateurs
collaboration artistique : Caroline Gonce
scénographie de Jacques Gabel assisté de Clarisse Delile
lumière de Roberto Venturi assisté de Valentina Venturi
costumes de Sarah Leterrier
son et création musicale de Sébastien Trouvé
vidéo de Pierre Nouvel
maquillage de Catherine Nicolas
stagiaire à la mise en scène : Laura Monfort

Crédit photos© Pascal Victor / ArtcomPress

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