Esprit simple pour grande humanité

Du Rond-Point, en passant par le Lucernaire, Avignon le Off et de nombreux théâtres de France et de Navarre, voilà dix ans que Bernard Crombey promène sa Motobécane. Il le pose aujourd’hui au théâtre de Belleville pour notre plus grand bonheur.

Aujourd’hui la pièce s’appelle Monsieur Motobécane. Ce petit changement de titre est finalement une précision. Ce n’est pas la mobylette l’héroïne de l’histoire, mais Victor, un ouvrier agricole picard qui parcourt les routes de sa région sur sa mobylette bleue. D’où son surnom. Ce gaillard n’a pour tout bagage intellectuel que son innocente candeur. « A pas été à l’école longtemps le ch’tio ». Dans le Midi on dirait de lui qu’il est un peu Fada. Victor n’a pas d’âge, c’est un grand enfant qui n’a aucune arme pour devenir adulte. C’est pour cette raison que Bernard Crombey peut continuer à l’incarner. Car les ans passés ont patiné la fragilité de cet Ugolin Picard.

Pour écrire ce texte bouleversant, tiré d’un fait divers, l’auteur et comédien s’est inspiré du Ravisseur de Paul Savetier. Le sujet demeure tristement toujours d’actualité. Un homme est incarcéré pour avoir recueilli Amandine, une petite fille battue par sa mère. « Voulait pas d’mal à la petiote », le Victor lui apporte juste de l’aide. Il n’aurait jamais fait de mal à une mouche. Mais il n’est pas comme les autres Victor, alors sans la moindre preuve qu’il y ait eu de mauvais gestes, il se retrouve accusé et mis au ban d’une société qui n’avait jamais voulu de lui. Dans sa « chambre avec des barreaux », il se révolte avec ses mots à lui, simples et maladroits. « J’écris à la grande injustice que je n’ai rien fait de mal ! ». Rédigé dans le style chatoyant et poétique qu’est cette langue picarde, ce texte sent l’ivresse, la générosité, la dureté de la vie… C’est d’une belle humanité.

Tout en tendresse et réalisme, Bernard Crombey interprète avec dextérité cet homme pas comme les autres pris dans la spirale d’une situation qui l’a dépassé. Ce grand corps maladroit arpente la scène, nous regarde avec toute sa naïveté, sa simplicité. Il nous touche. Nous nous partageons entre le rire et l’émotion. C’est magnifique.

Marie Céline Nivière


Monsieur Motobécane de Bernard Crombey d’après Le Ravisseur de Paul Savatier
Théâtre de Belleville
16, passage Piver 
75011 Paris
Jusqu’au 31 janvier 2020


Mise en scène Catherine Maignan et Bernard Crombey, avec la complicité de Maurice Bénichou
avec Bernard Crombey
Scénographie et lumière d’Yves Collet

Crédit photos © DR

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