Tigran Mekhitarian © Élise Augustynen
© Élise Augustynen
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Tigran Mekhitarian, amoureux fougueux du théâtre

Le comédien et metteur en scène revient à la Factory – Théâtre de l'Oulle, dans le Off, avec sa relecture pertinente du "Dom Juan" de Molière. Pour l'occasion, il revient sur son parcours et sa relation au théâtre.

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ?
J’étais tout petit, peut-être six ou sept ans. Ça devait être le soir de la fête de la musique. Je marchais en famille, en tenant la main de ma mère, sur la promenade des Anglais, à Nice. Et sur une scène, j’ai vu une chanteuse blonde, un bras dans le plâtre, qui chantait avec tellement de passion qu’il était impossible de ne pas s’arrêter pour l’écouter. Je me souviens de ses yeux, de son investissement et de son énergie hors du commun. Elle était passionnée. Et plus de vingt ans après, cette image me marque encore. La passion lorsqu’elle est vécue, marque les esprits !

Dom Juan © Cédric Vasnier
Dom Juan de Molière © Cédric Vasnier

Quel déclencheur vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ?
En classe de terminale, j’étais en échec scolaire, incapable d’obtenir mon bac. Un soir mon professeur de théâtre m’a dit qu’il existait des écoles à Paris qui pouvaient former au métier de comédien. J’en ai parlé à ma mère. Elle a été immédiatement d’accord, mais à la condition que j’obtienne mon bac. Motivé par cette vie utopique, j’ai donc arrêté d’aller en cours et travaillé de chez moi les trois derniers mois de l’année. J’ai finalement réussi à avoir mon bac ! Et j’ai pu monter à Paris pour commencer ma formation au cours Florent. Tous frais payés par les soins de ma mère.

Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédien ?
Ce n’est pas un choix. C’est une question de survie. Ça te tombe dessus et tu choisis de te battre pour y arriver. Mais l’envie d’être comédien n’est pas un choix. Le choix est le travail mis en place pour y arriver.

Le premier spectacle auquel vous avez participé et le souvenir que vous en retenez ?
En étant élève pendant sept ans au Conservatoire d’art dramatique de Menton, j’ai pu faire quelques scènes par ci, par là. L’expérience qui m’a le plus marqué à cette époque était une sorte d’opéra où nous étions trois à jouer Belle et Sébastien, il me semble, entourés d’un magnifique orchestre et de danseurs et danseuses classiques dans le Grand théâtre du Palais de l’Europe. 2500 personnes qui nous regardaient… J’étais heureux et me sentais à ma place sur scène.

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Philippe Torreton en Scapin dans Les Fourberies de Scapin de Molière mis en scène par Jean-Louis Benoît à la Comédie-Française en 1998. J’ai découvert cette captation sur YouTube lors de mes premières années à Paris. Et grâce à cette découverte, j’ai été réconforté dans la pensée qu’un Molière n’était pas obligatoirement chiant et pompeux. Mais pouvait être contemporain, concret, juste, rythmé, puissant. Ce jour-là, Torreton a changé ma vie ! C’est à partir de là que j’ai voulu mettre en scène cet auteur.

ADN © Ema Martins
ADN de Dennis Kelly, mise en scène de Marie Mahé © Ema Martins

Quelles ont été vos plus belles rencontres ?
Difficile de mettre en avant une rencontre plus qu’une autre. Car j’ai eu la chance de travailler avec beaucoup de monde dans ce métier, ne serait-ce qu’en tant qu’acteur, pour de nombreux metteurs et metteuses en scène différents. Mais aussi parce que j’ai travaillé avec beaucoup de comédiens et comédiennes qui m’ont énormément apporté et appris. J’ai fait de magnifiques rencontres qui m’ont poussé à créer et à collaborer sur de nombreux projets, mais ces mêmes rencontres, parfois, étaient aussi avec le temps mes plus grandes déceptions. Il n’y a pas de règle : j’aime le théâtre, mais ce milieu me fait peur et je le trouve profondément malsain… Ma plus belle rencontre reste Molière. Et j’ai été heureux de travailler sous la direction d’Alexandre Astier qui était l’une de mes idoles !

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ?
Mon métier c’est ma vie. Je ne me sens vivant, nécessaire que lorsque je travaille. Il y a du bon et du mauvais là-dedans. Mais pour être simple, sans ce métier, mon monde s’effondrerait. Ce n’est pas un équilibre, c’est mon tout.

La vie devant soi© MATTHIEU EDET LA VIE DEVANT SOI S1-5_Simon delattre_@loeildoliv
La vie devant soi d’après Romain Gary, mise en scène de Simon Delattre © Matthieu Edet

Qu’est-ce qui vous inspire ?
Les autres. La vie. Des petits rien de tous les jours. Les livres, les films. Les réactions de mes amis, les morales de ma mère, le courage de mes oncles, l’innocence de mes neveux… La vie, en somme. Mais aussi la haine. Ma colère a toujours été un moteur pour moi.

De quel ordre est votre rapport à la scène ?
Presque de l’ordre religieux. C’est sacré. Important. Essentiel. La scène est ce qui nourrit mon cœur, en bien ou en mal, en tout cas c’est ce qui m’anime. C’est de la survie.

À quel endroit de votre chair, de votre corps situez-vous votre désir de faire votre métier ?
Dans mon cœur.

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?
Je n’ai pas d’envie précise. Je laisse faire les rencontres que la vie m’offre.

À quel projet fou aimeriez-vous participer ?
J’aimerais jouer Cyrano de Bergerac dans une mise en scène qui met le sens du texte en avant.

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ?
Dom Juan de Molière.


Dom Juan de Molière
Festival OFF d’Avignon
La Factory – Théâtre de l’Oulle
19 place Crillon
84000 Avignon
Du 29 juin au 21 juillet 2024 à 14h05, relâche les mardis.
Durée 1h15

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