Les grandes et vibrantes Coupures de la compagnie La poursuite du bleu

Coupures © Jules Despretz

Après le théâtre de Belleville, la Scala-Provence, le spectacle de la Compagnie émergente, La poursuite du bleu, s’installe au Théâtre de l’Œuvre. Portant une réflexion sur notre monde d’aujourd’hui, qui prépare celui de demain, Coupures, est à voir absolument.

N’ayez pas peur du démarrage ! Une comédienne nous interpelle. Sa question est simple : sommes-nous certains qu’en tant que citoyens, nos voix comptent vraiment ? Avons-nous le sentiment, qu’après une élection, on nous demande encore notre avis ? Et celui-ci est-il vraiment pris en compte ? Ce petit intermède sert d’entrée en matière. Soyons clairs ce n’est pas un spectacle où le spectateur est amené à interagir ! Il a juste un rôle à jouer, celui des citoyens d’une commune qui vont assister à une réunion où il leur est demandé de voter pour où contre l’installation d’antennes-relais dans leur commune. Et pour cela, il faut écouter cette histoire qui raconte le pourquoi du comment.

L’hymne de nos campagnes
Coupures © Jules Despretz

L’action se passe dans ces campagnes, éloignées de tout. Ce n’est pas une zone blanche mais presque. À notre époque ne pas avoir correctement accès à internet et en soit une coupure avec le monde. La tension est grande, car à la surprise de bien des administrés, Frédéric, le jeune maire, tout nouvellement élu vient de donner, sans aucune consultation, son accord. Tout le spectacle va nous amener à comprendre pourquoi cet écolo engagé, agriculteur moderne, jeune père de famille, en est arrivé à cette décision.

Les tourbillons de la vie moderne

Paul-Eloi Forget et Samuel Valensi, qui signent le texte et la mise en scène, nous entraînent alors dans un tourbillon qui nous emporte et nous soulève. Les auteurs ne font pas une leçon de morale et c’est là toute la force de leur spectacle. Ils nous amènent, nous citadins de la grande ville, à découvrir les réalités du monde rural confronté aux temps modernes. Les fractures sont nombreuses. Quant aux combats, ils sont souvent perdus d’avance. Il y a les lois Européenes, celles du pays et des régions, la grande distribution, les attentes des consommateurs, etc. Les rêves d’un monde meilleur et sain se confrontent aux réalités. Et puis, il ne faut surtout pas oublier, les crises, celle du climat, de l’énergie, de l’économie et le fameux GAFAM.

Les temps sont durs et Frédéric les subit comme il peut. Mais, il n’est pas le seul à être pris dans les tourments de la société moderne. Tous les personnages qui composent cette histoire ont leurs raisons d’être ou de ne pas être pour ces antennes-relais. Ces dernières qui même avant leur installation dérèglent les bonnes ondes. Tout nous porte à une réflexion sur notre société et à nous questionner sur nos moyens d’agir en tant que citoyen mais surtout en tant qu’être humain. Le résultat est étonnant, car il bouleverse notre entendement.

Un formidable travail d’équipe

Utilisant le plateau vide, se servant de deux panneaux mobiles, les metteurs en scène inscrivent leur histoire dans une succession de tableaux qui s’enchaînent vivement. Dans un style narratif, presque cinématographique, mené avec brio par une troupe à l’unisson, musique jouée en directe (par Lison Favard en alternance avec Emelyne Chirol), ce spectacle est captivant. June Assal, Valérie Moinet, Michel Dreville (qui va au détour d’un gag vous étonner), Paul-Eloi Forget et Samuel Valensi, au jeu d’une grande justesse et d’une sincérité poignante, nous ont transportés de joie. Celle que procure le théâtre. Ici, il est politique, engagé et engageant et cela fait un bien fou.

Marie-Céline Nivière

Coupures, texte et mise en scène de Paul-Eloi Forget et Samuel Valensi.
Théâtre de l’Œuvre
55, rue de Clichy
75009 Paris.
Du 8 janvier au 30 avril 2023.
Les dimanche à 18h30, les mardis et mercredis à 21h.
Durée 1h30.

Avec June Assal, Michel Derville, Paul-Eloi Forget, Valérie Moinet, Samuel Valensi et Lison Favard en alternance avec Emelyne Chirol.
Composition musicale de Lison Favard.
Création sonore de Julien Lafosse.
Création lumières d’Angélique Bourcet.
Scénographie de Julie Mahieu.
Régie décors Sandrine Lamblin.
Création vidéo de Florian Moreau.
Régie Frédéric Evrard. 
Avec le précieux regard de Nathalie Juvet.

Crédit photos © Jules Despretz.

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